Par - publié le 27 juillet 2006 à 12h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h05 - 9 commentaire(s)
Darren Aronofsky, authentique virtuose qui en deux longs métrages mirifiques a réussi à se faire un nom dans le milieu très fermé du cinéma indépendant US, revient avec The Fountain, une odyssée temporelle aux sombres enjeux dramatiques. Preview et bande-annonce.

Pi, son premier film, était quelque chose comme la version US d'un Tetsuo mixé à Eraserhead sur fond d'équations mathématiques tordues. Sa virtuosité formelle s'exprimait dans l'histoire d'un homme qui cherchait Dieu à travers les chiffres. Dans cette quête d'absolu et de rationnel, le personnage sombrait dans la folie, entendait des sons et des bruits étranges, fantasmait des visions surréalistes (la mémorable scène du cerveau abandonné dans le métro). La mise en scène épousait la subjectivité du personnage à tel point qu'on ressentait ce qu'il voyait, vivait ou fantasmait. Requiem for a dream, son second, était un film magistral parce que d'une cohérence presque maladive. Le message va au-delà du simple spot contre la drogue ; ce qu'Aronofsky sonde, c'est la triste réalité des relations humaines, le gâchis, l'attente de la reconnaissance sociale, l'obsession qui gangrène progressivement le cerveau et la litanie des jours qui passent. Les scènes sont toutes mémorables (l'émission de télé qui entre directement dans l'appartement de Sarah Goldfarb), avec des moments de folie sublimes, des acteurs aux antipodes de ce que l'on connaissait d'eux (Marlon Wayans) ou revenus de loin (Ellen Burstyn), des personnages déchus voués à l'isolement et la solitude qui chantent ensemble le même spleen existentiel et surtout, une musique. Une musique terrible qui colle voire dirige le film dans toute sa splendeur éclatée. Après, période d'étrange flottement.




Après avoir écrit un scénario adapté de la bande dessinée Batman : Year One, de Frank Miller et les rumeurs d'adaptation du Watchmen de Moore et Gibbons et de Ronin de Franck Miller, dont il est un grand fan (l'utilisation du noir et blanc de Pi vient d'ailleurs de Sin City), il décide de s'atteler à The Fountain, le troisième, sera le fruit d'années de travail et de multiples embûches. Film malade ? Pas impossible. C'est cela qui est séduisant chez Aronofsky, c'est un cinéaste intransigeant qui sait le plan qu'il veut. Après une période de trouble où l'avenir du film pouvait être compromis, Aronofsky a réussi à relancer la machine avec les acteurs Rachel Weisz et Hugh Jackman. Dans les seconds rôles, il faut souligner les présences de Ellen Burstyn (simplement inoubliable dans Requiem for a dream) et Sean Gullette (également dans Requiem for a dream dans un rôle bref mais marquant, et surtout premier rôle dans Pi). Il s’agit d’une odyssée d'un homme de cent ans qui se bat pour sauver la femme qu’il aime. Son voyage épique commence au 16ème siècle en Espagne à l’époque des Conquistadors, Thomas Creo (Hugh Jackman) commence ses recherches sur l’Arbre de la Vie (au sens le plus Tarkovskien), une entité légendaire qui garantit la vie éternelle à ceux qui boivent sa sève. Dans le monde d’aujourd’hui, il lutte désespérément pour guérir sa femme aimée Isabelle (Rachel Weisz) du cancer qui la ronge. En voyageant dans le temps, tel un astronaute, Thomas commence à accéder aux mystères de la vie qui l’ont taraudé pendant plus d’un siècle. Quelque part entre Solaris et 2001 ? Peut-être.


Darren Aronofsky est un perfectionniste exigeant. Contrairement à ses deux précédents films, The Fountain est son premier film Hollywoodien ; très vite, le réalisateur s'est trouvé confronté aux anicroches d'une telle superproduction. La raison pour laquelle l'opus met un temps fou à sortir est représentative de cet état d'esprit: le résultat est jugé trop bizarre pour être accessible alors que, paradoxalement, c'est la marque de fabrique du cinéaste qui ne vise aucune forme de consensus. Il a écrit le scénario du film à partir d'une légende Maya selon laquelle les âmes des morts se retrouvent à "Xibalba" pour renaître. Tout commence en enfer. Un conquistador découvre une fontaine de jouvence, devient cancérologue, puis explorateur dans le futur, et poursuit la même quête sur 1000 ans : sauver sa femme de la mort. Après l'affaire Brad Pitt parti tourner Troie de Wolfgang Petersen après quelques tensions avec le cinéaste parce qu'il avait une autre vision du film, Darren Aronofsky a tout d'abord pensé adapter son scénario en bande dessinée. Les éditeurs de DC comics lui ont alors présenté Kent Williams, connu comme graphic novelist (Tell me dark) et peintre émérite. Ce n'est pas une mince référence : son style, qui accorde une grande importance à l'expression des émotions, a influencé de nombreux dessinateurs de bande dessinée dans le monde.




Nouveau rebondissement quelques mois plus tard : la Warner accepte finalement de produire The Fountain avec d'autres acteurs dont les principaux Hugh Jackman et Rachel Weisz. Ainsi, plus que l'adaptation du film, le graphic novel réalisé par Kent Williams devient une oeuvre à part entière traitée selon les codes de la bande dessinée. Aujourd'hui encore, The Fountain conserve un halo de mystère autour de lui, mais les premières images que l'on a pu découvrir grâce au teaser ou à travers la bande annonce sont magnifiques et révèlent en quelques plans la puissance visuelle d'un cinéaste hors pair (Burstyn le qualifie de nouveau Scorsese). Elles appuient à nouveau l'obsession graphique du réal pour les plans symétriques, néanmoins utilisés différemment, pour servir la narration sur trois époques (aujourd'hui, 1500, 2500) façon HHH (Three Times) de l'histoire. Quoiqu'il en soit le projet semble impressionnant, dans sa substance et sa construction technique (les trois mouvements de caméra identiques qui s'enchaînent à chaque époque). Aronofsky a une nouvelle fois fait appel à son compositeur attitré Clint Mansell pour les soins de la bande-son (si c'est du niveau de Requiem for a dream qu'il avait composé avec Kronos Quartet, on est plus que preneur). The Fountain, grand film ? Réponse le 8 novembre prochain.

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