A la suite d’une importante activité des croûtes terrestres, les Etats-Unis sombrent subitement sous les eaux emportant dans la mort des centaines de millions de gens. Seuls quelques privilégiés, principalement des politiques et des stars de cinéma ont réussi à échapper à l’horreur du désastre en émigrant notamment au Japon. La semaine suivante c’est au tour de la Chine de disparaître sous les eaux. Très vite le continent européen sombre, suivi de l’Océanie et de l’Afrique. Seul l’Archipel nippon semble épargné. Mais l’afflux d’étrangers sur le sol japonais ne va pas sans poser quelques problèmes, non pas seulement des problèmes de nourriture et de place mais surtout des problèmes culturels, les Japonais ne supportant pas le comportement de ceux qu’ils considèrent rapidement comme des parasites.
THE WORLD SINKS EXCEPT JAPANUn film de Minoru Kawasaki
Avec Kenji Kohashi, Shuuji Kashiwabara, Blake Crawford, Hiroshi Fujioka, Arthur Kuroda
Durée : 1h38
Année : 2006
Pays : Japon
Petite satire qui tire à boulets rouges sur les clichés les plus convenus,
The world sinks except Japan manie avec humour le grotesque du propos (seul l’Archipel nippon échappe aux activités des plaques tectoniques pour des raisons scientifiques bien entendus tirées par les cheveux) et les situations cocasses qui opposent les Japonais aux manies décidément bien étranges des survivants qui affluent du monde entier. C’est simple, l’on n’avait jamais vu autant d’étrangers dans un film japonais, et le comble c’est que ces derniers parlent la langue de l’empereur sans hésitation ! Sans être une grande comédie, le film fait la liste de toutes les tares nippones et se moque avec légèreté de tous ses travers. En effet le Japon est un pays raciste qui aime à humilier les nouveaux arrivants, notamment les officiels Chinois et Coréens qui tout à coup n’hésitent pas à cumuler les courbettes pour mieux se faire voir du premier ministre japonais.

Autre grand sujet du film, le cinéma hollywoodien. Les grandes vedettes qui n’ont pas hésité à utiliser leur jet privé pour fuir la catastrophe, se retrouvent bien malgré elles dans un pays où les codes cinématographiques sont bien à l’opposé du cinéma des grands studios, l’un des acteurs américains venant faire une apparition dans un énième remake des
47 rônins à la télévision, tournant la scène devant des écrans bleus révélant le manque de moyens cruel des productions nippones. Alors que les étrangers sont de plus en plus proscrits à la marge, le cinéma japonais fait de nouveau appel à ses héros typiques en collants pour combattre les fameux monstres atomiques qui ne cessent d’écraser sous leurs pattes les pauvres humains, joués ici par les étrangers justement, les rôles de victimes étant les seules possibilités offertes à ces derniers.
La galerie de personnages cumule les archétypes et les caricatures : le scientifique qui étudie les phénomènes de raz de marée s’enfonce toujours plus loin dans ses explications incompréhensibles et parfois énigmatiques sans répondre toutefois aux questions essentielles des habitants avant de passer de bons moments dans les bras de masseuses occidentales qui réveillent chez lui sa libido débordante, le producteur de télévision japonais moderne qui rentre chaque soir chez lui pour retrouver sa femme fidèle et soumise, le journaliste nippon marié à une américaine qui juge les étrangers comme néfastes et irrespectueux des valeurs nationales ou encore le commandant des armées qui, en échange de l’accueil de millions de réfugiés américains, demandent en contrepartie la restitution des bases militaires de l’ancien vainqueur de la Guerre du Pacifique. Les étrangers ne sont pas épargnés, ils pêchent les fameuses carpes inestimables pour faire des barbecues ou encore ils chantonnent avec vulgarité des chansons japonaises dont ils ne semblent pas comprendre un traître mot.

Le film met en évidence l’incompatibilité des êtres, des nations et des cultures non pas pour soutenir une impossibilité chronique d’une entente possible, mais surtout pour souligner l’arrogance, l’intransigeance et l’intolérance des êtres lorsqu’ils sont en position de domination. Le film est une petite curiosité sans prétention qui, avec des acteurs de renom, une mise en scène plus audacieuse et des moyens de production plus conséquents auraient pu offrir une véritable comédie sociale exportable. A travers ce film qui aurait aimé injecter un côté épique, l’on sent toute la détresse d’un cinéma japonais actuel qui manque de ressources et d’ambition, le film faisant lui-même écho au
kaigu-eiga, ces films de monstres avec un acteur dans un costume écrasant des métropoles de carton-pâte. Lorsque le cinéma japonais se frotte aux catastrophes apocalyptiques il n’a que rarement su se dépareiller de cette tradition cheap du film de science-fiction, loin des moyens colossaux que le cinéma américain peut déployer.
David A.