Par Véronique Trouillet - publié le 19 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 19 octobre 2009 à 13h17 - 0 commentaire(s)
Alors que Transformers 2 : la revanche déferle sur le monde, Scott Farrar, superviseur des effets visuels chez Industrial Light and Magic, revient sur la création des Autobots et autres Decepticons dont il a la responsabilité depuis le premier épisode.



Quelles sont les premières étapes de la création d’un robot ?
On commence avec des dessins qui viennent du département artistique. Mais ces dessins ne représentent le robot que de face et de dos. Pour l’avoir de côté, il faut lui donner du volume et donc lui donner sa forme tridimensionnelle finale, dans l’ordinateur. Mais une fois que le robot est en 3D, tout peut encore changer. Pour créer Devastator par exemple, on a pris de gros engins de construction et on a un peu joué avec. On a ainsi changé les roues parce qu’on ne les trouvait pas assez cool. Mais on utilise les vrais engins comme base de travail : on photographie leurs vraies pièces détachées. Sur le premier Transformers, on avait 6 000 photos de pièces détachées et pièces de moteur. On avait des photos de pistons, de freins à disque, d’embrayages… Les dessinateurs s’inspirent de ces photos pour que le résultat final ait l’air réel.



Combien de temps prend la création d’un robot ?
Dans les six mois, et ce quel que soit son temps d’apparition à l’écran. Vous devez créer toutes les pièces sans exception. C’est comme aller dans un atelier de fabrication de pièces détachées, sauf que c’est un atelier virtuel. La construction du robot prend douze à seize semaines, en fonction du personnage. Puis vous travaillez sur les textures, sur la peinture. Certaines de ses pièces ont de quatre à seize couches d’informations dans l’ordinateur pour que leur texture ressemble, par exemple, à du plastique ou à du verre ou à un chrome rutilant ou à de l’acier rouillé. Seize couches pour une pièce, c’est beaucoup. Vous avez aussi les animateurs qui relient toutes les pièces entre elles et ça, ça peut prendre encore plus de temps car il faut que le squelette du robot se tienne. Puis vous pouvez commencer à envisager d’incruster le robot dans le plan et vous continuez à travailler dessus encore et encore. Pendant le tournage, j’ai entre 80 et 100 personnes qui travaillent sur les robots. En fin de postproduction, j’ai jusqu’à 300 personnes.


Comment faites-vous pour que vos robots soient si bien intégrés dans les scènes du film ?
La base des effets spéciaux d’aujourd’hui est la cartographie. Si on veut qu’un personnage, ou quelque soit la chose que l’on crée en images de synthèse, marche sur le sol, grimpe des marches ou se déplace sur une surface, on doit soigneusement mesurer tout l’environnement réel dans lequel il sera incrusté car cet environnement va être recréé dans l’ordinateur. Si les mesures sont mal prises, le pied ne touchera pas le sol et il flottera dans l’air. Si vous prenez les blocs de pierre d’une pyramide, par exemple, ils sont inégaux, ils sont de différentes dimensions, usés par le temps et les éléments. On les photographie donc sous différents angles puis on utilise nos logiciels de calculs qui nous permettent d’en connaître les mesures, de savoir que cette pierre-ci est plus haute, que celle-là est plus basse… Et on recrée une copie de la pyramide dans l’ordinateur. Le personnage une fois incrusté, on a vraiment l’impression qu’il est sur la pyramide. C’est assez sophistiqué et ça permet de réaliser des plans qui ont l’air vrais. Mais on triche aussi parfois en modifiant quelques blocs de pierre…



Ca doit demander une préparation drastique sur le tournage ?
En fait, sur le tournage, on doit être prêt à tout car on a seulement une idée générale du plan final. Pour les scènes concernant les pyramides, on sait qu’on a des vues d’hélicoptère, des vues en plongée, des vues en contre-plongée mais on ne sait pas quels plans seront utilisés dans le montage final. On ne peut donc pas travailler en avance sur un plan, surtout avec Michael Bay. Si on travaille sur un plan qui ne sera finalement pas dans le film, c’est de l’argent perdu. Et c’est beaucoup d’argent.



Sur le plateau, comment représentez-vous la position d’un Autobot pour la caméra et les acteurs, sachant qu’il ne sera ajouté que bien plus tard dans le plan ?
On utilise un outil très sophistiqué : une perche télescopique d’un laveur de vitres (rires). Je crois en la basse technologie pour des effets de haute technologie. Au début, on mettait un visage d’Autobot grandeur nature en carton au sommet de la perche mais elle devenait vite trop lourde pour le technicien qui la tenait. On se contente désormais de la perche et l’acteur en regarde le bout. Ca lui donne son repère. Mais quand vous regardez un visage, vous ne regardez pas qu’à un seul endroit, vos yeux se promènent sur le visage. On travaille donc aussi ça avec l’acteur. Shia LaBeouf est devenu très bon à cet exercice. Il n’y a pas que la qualité des effets spéciaux qui importe, c’est aussi l’acteur qui donne la crédibilité à une scène.

Propos recueillis par Véronique Trouillet
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