Peace And Music aujourd’hui avec le nouveau film du cinéaste taïwanais, dont la réputation n’est plus à faire, Ang Lee, Taking Woodstock. Une virée drôle et pimentée dans l’Amérique hippie des années 60, l’histoire d’Eliot Tiber, qui, pour sauver de la misère ses parents dont l’hôtel tombe en ruines, réussit à faire venir dans la petite bourgade de son enfance près d’un demi-million de personnes venues savourer trois jours de musique. Des séquences délirantes et joyeuses, une bouffée d’air frais inattendue, on en ressort heureux, serein et surtout COOL, ce qui est plutôt rare à Cannes, le Festival étant réputé pour ses films moroses, crus, déroutants, plombant le moral des journalistes et des festivaliers. Le cru 2009 est donc plutôt relevé et équilibré, entre des films parfois suffocants, mais de
Là-haut à Taking Woodstock, souvent rayonnants et émouvants.
C’est également avec impatience que nous attendons de découvrir ce soir le premier film français de la compétition, le nouveau
Jacques Audiard,
Un prophète, après quatre ans d’absence depuis De battre mon cœur s'est arrêté. Un film qui devrait lui pour le coup, habillé d’une tonalité sombre la Croisette. Le cheminement d’un jeune prisonnier de 19 ans, fragile, qui va devoir s’endurcir pour survivre. Un récit nous entraînant dans la noirceur du milieu carcéral, une noirceur que le style sensoriel de
Jacques Audiard devrait transcender. Si
Un prophète s’inscrit dans la lignée de
Sur mes lèvres et De battre mon cœur s’est arrêté, le film devrait intéresser notre présidente
Isabelle Huppert à la personnalité artistique plutôt tranchante.
Autre film français ce soir hors compétition, celui de Marina de Van, dont le fulgurant premier long-métrage,
Dans ma peau, avait marqué les esprits lors de sa sortie. L’ancienne muse de
François Ozon, fait ses premiers pas sur la Croisette avec un film attendu pour son casting et la montée des marches de minuit s’annonce particulièrement électrique puisqu’elle sera éclairée par deux éblouissantes brunes au charisme international,
Monica Bellucci et
Sophie Marceau. Présenté hier aux journalistes,
Ne te retourne pas, est le premier film à avoir ouvert les hostilités cannoises. Sifflé, violemment commenté, le film divise une presse qui s’enflamme toujours très facilement sur la Croisette, se délectant de réactions extrêmes, cruelles et irrespectueuses pour les films, c’est ce qui pimente le Festival mais le saupoudre en même temps d’une inhumanité déstabilisante.
L’aventure cannoise suit son cours et les films viennent heureusement briser la monotonie ambiante qui s’est installée sur une Croisette étrangement calme. Il pleut et le tapis rouge était ce matin détrempé lorsque nous l’avons discrètement foulé, après les stars et sans les photographes, pour découvrir le nouveau film de Jane Campion,
Bright Star. Le romantisme du film et sa vibrante puissance nous ont néanmoins redonné le sourire, un sourire mélancolique certes, le film se terminant sur une note tristement poétique, mais nourri par la générosité passionnelle des comédiens qui nous emporte. Les larmes et les cris désespérés, étouffés de
Abbie Cornish raisonnaient encore en nous à la fin de la journée.
Après
Nobody Knows, auréolé du prix d’interprétation en 2004 pour son jeune acteur, Yagira Yuya, et
Still Walking, Kore Eda, cinéaste iconoclaste, sachant incroyablement se renouveler, a, quant à lui, créé la surprise avec sa poupée gonflable et son film décalé,
Kuri Ningyo. Le film du cinéaste iranien, Bahman Ghobadi,
Les chats persans, tourné en 17 jours dans l’illégalité, répondant à l’oppression. Un grand moment de cinéma politique, de résistance, la preuve que les organisateurs savent prendre des risques et dépasser la menace étatique. Une dernière grande émotion pour clore cet édito, une rencontre qui m’a renversée, la joie d’avoir croisé une grand Monsieur du cinéma,
Martin Scorsese, que dire de plus…