Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 15h36 - 1 commentaire(s)
Evénement des plus attendus cette année, Vengeance, le dernier film de Johhnie To, attire d’autant plus l’attention qu’il met en scène l’une de nos figures nationales les populaires : Johnny Halliday ; or, s’il est bien un acteur que l’on n’escomptait pas voir devant la caméra du maître hongkongais, c’est assurément celui que Godard sublima dans Détective. En effet, là où on pressentait davantage Alain Delon pour son passé melvillien, c’est le chanteur et ancien compagnon de Nathalie Baye qui a endossé le rôle charismatique de cet ancien tueur, aujourd’hui débarqué à Hong Kong pour venger sa fille assassinée. L’occasion idéale pour interroger à l’aune des ambitions du cinéaste, ce qui s’annonce cette année comme l’un des grands moments du Festival.



To, le maître du néo-polar contemporain

S’il est un cinéaste qui s’est imposé sur la scène internationale à la surprise générale, c’est bel et bien l’auteur d’Exilé. Enchaînant les films de genre de qualité avec la régularité d’un métronome, il est notamment celui qui a pris le pari d’incarner la relève des grands anciens partis vainement trouver le succès hors des frontières de la colonie prochainement rétrocédée. Ainsi, c’est donc dans la foulée de John Woo, Ringo Lam et Tsui Hark, que To, l’ancien assistant de la TVB, a progressivement franchi les étapes qui font aujourd’hui de ses films et de Milkyway sa société, des éléments incontournables de la cinématographie hongkongaise des deux dernières décennies.

Et pourtant, une telle ascension était loin d’être acquise. Passant d’abord par le petit écran, ce n’est qu’à l’orée des années 1980 que le futur cinéaste tourne pour la première fois à destination du grand écran (The Enigmatic case). Sans grand succès. Retournant piteusement à ses séries télévisées, il lui faut alors attendre 1986 pour retrouver le grand écran. Ce sera avec Happy Ghost 3 un film au succès mitigé qui le fait néanmoins côtoyer Raymond Chow pour quelques temps. Vient alors le temps d’une certaine émancipation.



Deux ans plus tard, sort The Big Heat, exploration de genre qui ne se sera pas faite sans difficultés. All about Ah-Long l’année suivante confirme ensuite le tournant pris précédemment puisqu’il y fait tourner Chow Yun-Fat et acquiert dans l’industrie, une certaine reconnaissance. En effet, non content d’un énorme succès en salles, ses pairs l’ont distingué. S’ouvre alors une suite de collaborations qui permettront à Johnnie To de tourner énormément, tout en exerçant son sens du cadre dans tous les genres, de la comédie au mélodrame en passant par le film d’action. Cependant, sa renommée ne dépasse pas, à l’instar de ses confrères et augustes prédécesseurs, les frontières de l’ancienne colonie britannique. The Heroic trio et sa suite initient pourtant un début de percée à l’internationale, mais son talent reste pour l’heure confiné à ses seuls succès hongkongais. L’autre véritable tournant arrive alors en 1996, date où il fonde en compagnie de Wai Ka Fai, la Milkyway Image. En découleront nombre de films de genre et de productions des plus populaires. Mais surtout ces dernières permettront à Johnnie To de s’exercer au néo-polar, genre pour lequel l’Occident bientôt le reconnaîtra.


Ainsi, The Mission laissera pantois les amateurs qui pensaient à tort que l’âge d’or du cinéma Hongkongais était bel et bien révolu. Surgira ensuite le cinéphilique et explosif Fulltime killer qui confirmera l’incroyable inventivité du couple Johnnie To - Wai Ka Fai. Avec là encore, une logique de développement toute hongkongaise puisque les films sont tournés, montés et sortis en un temps record, ce qui place notre prolifique duo dans une situation qui ravit autant les amateurs qu’elle perturbe la critique, des plus surprises devant la production effrénée de si nombreux métrages de qualité.



Dès lors, il ne fallut que peu de temps au Festival de Cannes pour récupérer le phénomène hongkongais et présenter à un public cette fois-ci plus large, successivement deux de ses œuvres les plus abouties, Breaking news puis le premier volet d’Election. Le phénomène To gagnant alors en ampleur chaque année davantage, sa reconnaissance auprès des non-initiés ne peut que croître. Et à dire vrai, en dehors des cercles passionnés, elle débute tardivement mais non sans enthousiasme, notamment avec l’accueil réservé au sombre et surprenant P.T.U. et au second volet d’Election. Suivront par la suite le sidérant Exilé, le profond et remarquable Mad Detective et le jouissif Sparrow. Trois nouveaux films de haute tenue qui œuvrent dans des registres différents mais qui tous témoignent de l’extraordinaire maîtrise filmique d’un duo qui gagne en qualité à chaque film et qui n’a de cesse de se renouveler pour mieux surprendre. Or, ce n’est pas peu dire que l’annonce de Vengeance et de son improbable casting nous ont sidérés…

Vengeance, un projet aussi inattendu qu’enthousiasmant

Racontant l’arrivée d’un père enfiévré de vengeance sur les terres lointaines de Hong Kong, le dernier film de Johnnie To a déjà eu le mérite d’attirer l’attention et d’attiser les passions au regard de son seul récit de vendetta. Cependant, ce qui stupéfie davantage, c’est que Vengeance s’appuiera certes sur les grands noms de Hong Kong mais aussi sur un casting très français. En effet, après avoir pensé, sondé et discuté avec le mythique interprète de Rocco et ses frères, le cinéaste s’est entiché de Sylvie Testud comme victime expiatoire et plus étonnant encore, du plus grand des chanteurs de rock français pour endosser les habits d’un ancien tueur à gages bien décidé à se venger ! Et la surprise fut d’autant plus grande pour les amateurs de Johnnie To que Vengeance, au regard de ses trailers, semble promettre comme jamais.



Proposant des scènes de gunfights qui supplanteraient celles magistrales d’Exilé, le natif de Hong Kong paraît en mesure de contester au renaissant John Woo, son sens de la démesure, en chassant outrageusement sur les terres de Le Syndicat du crime pour ce qui est des duels surarmés. Si l’on ajoute à cela que se retrouve dans Vengeance, un arrière-plan authentiquement asiatique où s’entrecroiseront mystique et fantastique, un constat s’impose d’emblée : véritable coup de tonnerre lors de son annonce en Sélection Officielle, le projet fait plus que saliver. Dès lors ne reste plus qu’à attendre, sur écran, confirmation des promesses énoncées sur le papier et nous faire une juste idée de ce film qui promet d’être soit un sommet, soit la déception de l’année.
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