Eric Cantona et Ken Loach ensemble sur la Croisette pour
Looking For Eric, c’est la surprise du Festival de Cannes. Depuis It’s a free World, son cinéma a considérablement évolué, il se montre plus cynique, plus cru dans son approche, on n’y ressent plus cette espérance naïve qui planait sur ses précédents films et l’incursion dans l’univers de Ken Loach d’Eric Cantona jouant son propre rôle se profile comme l’un des évènements les plus populaires du Festival pour le public français et britannique du moins.
Le second film de la compétition officielle présenté demain risque de déclencher une véritable polémique. C’est celui de Lars Von Trier,
Antichrist. C’est le grand retour de ce cinéaste habitué de la Croisette, ayant monté les marches pour quasiment tous ces films, il a l’art de surprendre les festivaliers, de les secouer et s’est vu récompensé en 1996 par le Grand Prix du Jury pour
Breaking The Waves et en 2000 par la Palme d’or pour
Dancer In The Dark, sa comédienne, la chanteuse Björk décrochant celle du prix d’interprétation féminine.
Antichrist, porté par
Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg s’annonce dérangeant et assez anxiogène. Blessé par l’accueil frileux du public autour des sa trilogie américaine, le cinéaste danois semble revenir vers le cinéma qui lui a permis de s’imposer. S’il continue d’explorer la nature humaine dans ses travers les plus abjects, d’après les premières images
Antichrist semble plus s’inscrire dans la lignée de ses premiers films Element of Crime ou
Epidemic.
Le nouveau
Alejandro Amenabar,
Agora, quatre ans après l’époustouflant
Mar adentro, sera présenté également demain hors compétition. Un projet audacieux, totalement décalé par rapport à ses films précédents, nous amenant aux confins de la mythologie égyptienne, l’histoire d’une jeune femme lapidée par les chrétiens fanatiques. Un récit sur l’intolérance religieuse, une vision humaniste plutôt sombre et le cinéaste, que nous avons eu la chance de croiser, proclame d’ailleurs lui-même que «
nous nous trouvons tous au cœur d’un cercle infernal dont il est quasiment impossible de s’extirper, l’homme reproduisant systématiquement les mêmes erreurs ». Un film ayant donc une résonance contemporaine particulièrement déstabilisante, mais restant beaucoup trop théorique, trop cérébral, manquant terriblement d’ampleur dans sa mise en scène, les dialogues et le jeu des comédiens. Une déception, mais le film mérite néanmoins le détour pour son sujet. L’autre déception de la journée c’est évidemment le film de Johnnie To, quelques séquences intéressantes, une imagerie percutante, mais l’ensemble reste assez lourd et poussif avec un
Johnny Hallyday terriblement statique. Johnnie To cherche à désacraliser certains de ses plans en adoptant un ton volontairement comique, mais la sauce ne prend pas, on rit, certes, mais c’est plus de dépit.
Du côté des compétitions parallèles, un film choc, celui du réalisateur grec, Yorgos Lanthimos,
Dogtooth, l’histoire d’une famille se désagrégeant et dont tous les membres finissent par se transformer en chien. Probablement le film le plus scandaleux du festival.
Le dernier métrage de Brillante Mendoza quant à lui déclenche une violente controverse sur la Croisette. Un film brutal, insoutenable, décrié par certains journalistes, encensé par d’autres avides de sentiments extrêmes. Après
Ne te retourne pas, c’est le second film à générer une réelle hostilité, transcendée par la brutalité de certains journalistes se montrant totalement irrespectueux lors des projections, n’existant qu’au travers de critiques acerbes et souvent cruelles à l’égard des films, des critiques gratuites pour se mettre en avant. Un travers se démultipliant lors du Festival de Cannes. Il faut donc relativiser les rumeurs, les excès émotionnels et verbaux de la presse cannoise, hier les spectateurs ont notamment longuement applaudi le film de Marina de Van, une standing ovation allant à l’encontre des sifflets des journalistes.
Des déceptions, des scandales palliés par un tourbillon de sulfureuses et lumineuses rencontres tout au long de cette dernière journée durant laquelle nous sommes passés de plage en plage au gré des interviews. C’est le côté glamour de la Croisette et après une renversante rencontre hier avec
Monica Bellucci venue au Balroom se remettre de sa longue journée de promotion, nous avons croisé Virginie Ledoyen venue défendre le nouveau film de Robert Guédiguian, Diane Krüger, évanescente, répondant aux questions des journalistes sur la plage du Majestic,
Jean-Pierre Bacri déchaîné animant la Croisette,
Rachida Brakni séduisante se frayant discrètement un chemin dans la foule ou Jean-Marc Barr et
Rosanna Arquette se retrouvant nostalgiquement pour déjeuner au soleil près d’une mer bleue translucide, alors que Fred, notre lascar de la journée, a malencontreusement glissé dans sa mémoire, les fins de soirées sont dangereuses à Cannes…