Par - publié le 03 septembre 2008 à 17h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h57 - 0 commentaire(s)
Succès inattendu lors de sa présentation au festival de Sundance, The wackness confirme que Tous les garçons aiment Mandy Lane, le premier film de Jonathan Levine, était moins un slasher comme les autres qu’un film sur la post-adolescence, consumé par le spleen. Le jeune cinéaste creuse - en mieux - cette veine mais change de registre.



Dans Tous les garçons aiment Mandy Lane, les personnages au départ caricaturaux révélaient au contact d’un tueur en série des affects sensibles et n’assumaient pas l’image qu’ils cherchaient à donner d’eux-mêmes auprès des autres. Au premier abord, la caractérisation pouvait manquer de profondeur, d’autant que les interprètes prennent un malin plaisir à forcer les traits entre le beau-gosse lourdingue et la copine hystérique sosie de Paris Hilton. En fait, ils étaient représentatifs d’un échantillon et exprimaient des frustrations universelles (Mandy Lane cristallisant tous les désirs masculins et féminins). La confession avait le mérite d'être clair. Jonathan Levine, ancien assistant de Paul Schrader, court-métragiste de renom (Love Bites, dans lequel il sillonnait les routes pour retrouver des femmes rencontrées sur Internet) et responsable d’un film de fin d’études sur un Dj de Hip-Hop en pleine cure de désintoxication (Shards), s’est imposé aux commandes d'un projet classique de slasher pour le rendre personnel. Le passage au long lui permettait de pervertir le scénario signé Jacob Forman en ajoutant une dimension romantique proche du spleen. La recherche désespérée de la séquence frisson qui glace l’échine, très peu pour lui.



Le but consistait moins à filer les jetons qu’à mettre en avant, à travers un style visuel très travaillé, la mélancolie doucereuse d’une époque bâtarde dont il a conservé, selon ses termes, autant de bons que de mauvais souvenirs. Rétrospectivement, il regrette de ne pas en avoir plus profité. Dans Wackness, il s’attache à son double : Luke, un mec mélancolique qui passe ses journées à vendre de l’herbe (non pas pour s’encanailler mais pour éviter de demander de la thune à des parents surendettés) et à écouter du hip-hop (non pas parce que ce genre musical est à la mode mais parce que les textes trouvent un écho dans ce qu’il vit au jour le jour).
L’action se déroule pendant un été, à New York. L’intrigue qui transpire le vécu raconte un amour de vacances entre cet étudiant marginal et la reine du lycée (double de Mandy Lane). Très vite, ces deux personnages n’ont pas les mêmes aspirations et nouent des liens complexes : il découvre la sexualité, l’amour, la désillusion qui l’accompagne. Elle incarne le fantasme inaccessible et crève inconsciemment le cœur de tous ses prétendants. En parlant de lui, Jonathan Levine parle de tous les adolescents que nous avons été. Il a tout compris à ce moment de transition, cette entrée dans le monde adulte où l’on ne sait pas ce que l’on veut faire et où l’on a pour seule certitude qu’une époque dorée touche à sa fin.



D’un bout à l’autre, il n’y a rien de révolutionnaire. Juste une incroyable acuité dans ces portraits : Luke, effrayé par le système, qui cherche une âme sœur capable de comprendre les peurs qu’il ressent ; ou encore le psychiatre confident (Ben Kingsley, juste génial), qui veut vivre une seconde jeunesse. Rien que le décalage entre ces deux personnages - qui pourrait paraître convenu - est extrêmement bien vu. Si Luke ne profite pas pleinement de sa jeunesse, c’est uniquement parce qu’il n’est pas à l’aise avec sa sexualité et qu’il s’est réfugié depuis trop longtemps dans des fantasmes. Si le psy veut à tout prix s’éclater, c’est uniquement pour fuir la routine dans laquelle il s’est enfermé et qui le rapproche du vieux con cynique qu’il n’a pas envie de devenir. A aucun moment, ce propos ne sombre dans le psychologisme de bas étage ou la mièvrerie bidon - Levine préférant un regard triste à des discours fumeux ou nostalgiques. Ces promesses qui ne sont que des leurres. Ce lendemain qui ne ressemblera pas à celui que l’on avait prévu. Cette angoisse que la fille que l’on désire confonde l’amitié et le sexe. Ce sentiment de ne pas ressembler aux autres ou de participer à des soirées alcoolisées entre potes dont on reviendra seul, sans avoir réussi à trouver ce que l’on était venu y chercher. The wackness capte des vérités que peu de cinéastes, spécialisés dans les chroniques adolescentes, retranscrivent. Le film est en compétition au prochain festival de Deauville et c'est peu dire qu'on croit en lui.
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