Par Kevin Dutot - publié le 29 janvier 2009 à 08h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h45 - 0 commentaire(s)
Andrew Stanton a collaboré aux plus grands succès des studios Pixar en tant que scénariste : Toy Story, 1001 Pattes, Toy Story 2 et Monstres et Cie... Mais il a également réalisé, produit et animé plusieurs d’entre eux. Papa de Le Monde de Nemo et Wall-E, Andrew Stanton revient sur la création de son dernier film, véritable succès planétaire (180 Millions $ de budget et 530 Millions $ de recettes) qui a su redéfinir la notion de cinéma d’animation du nouveau millénaire. Accumulant les paris artistiques d'une rare ambition, prenant des risques à chaque seconde et révolutionnant tout bonnement l'art de l'animation digitale, Wall-E est un concentré de pur plaisir et de simplicité. Derrière la prouesse technique se cache alors une délicate réflexion sur l'avenir de l'être humain, une histoire d'amour intergalactique et une profonde méditation écolo. Emouvant, drôle et d'une incroyable splendeur visuelle... Rencontre avec l’inventeur du robot le plus craquant de l’histoire du cinéma.



Aviez-vous pour ambition de créer l’ultime romance du nouveau millénaire ? Une histoire d’amour entre deux robots...
Je ne suis pas sûr d’y avoir pensé en ces termes mais j’avais envie de faire revivre l’histoire d’amour. C’est difficile à créer car c’est habituellement très simpliste, très bête ou trop gentillet mais là je me suis dit qu’avec deux robots, dans un univers de science-fiction obscur, cela nous empêchait quelque peu d’être impulsivement romantique en toutes circonstances. Certain vieux films ont réussi cela, pour d’autres nous en avons une vision assez cynique et je pense qu’il y avait moyen ici de passer à travers cette difficulté et de créer une grande romance.

Le film serait-il une sorte de Buster Keaton dans l’espace ? Un mélange entre Le Cameraman et 2001, L’odyssée de l’espace par exemple ? Dans un sens, c’est étrange, mais oui... L’essence de ces deux films se retrouve ici. Mais on y trouve également les inspirations d’autres films. Wall-E est certainement une symbiose de tout ce qui a pu se faire au cinéma entre 1968 et 1982 où tous les ans nous pouvions découvrir un grand film qui vous promettait de vous emmener dans l’espace, dans le futur où dans un univers de science-fiction hors du commun. Ils sont tellement nombreux à m’avoir transporté , vous savez : Star Wars, Rencontres du troisième type, Alien, Blade Runner, 2001, Silent Running, E.T.... Il y en a tellement ! Ils n’arrêtaient pas de débarquer. J’avais envie de revenir à ce ressentiment quand je découvrais ces films... Et j’ai compris que Wall-E pouvait capturer ce sentiment et l’offrir à une nouvelle génération de spectateurs.

Comment avez-vous imaginé le personnage principal, Wall-E ?
Je pense que Wall-E est fort car il est l’idée de base qui a fait tout démarrer il y a près de quatorze ans. Une simple phrase au départ : et si l’humanité quittait la terre et oubliait d’éteindre le dernier robot ? Pour être honnête, nous n’avons pas avancé sur l’histoire pendant sept ans par la suite. Mais cette phrase était si forte ! On est déjà attaché à ce personnage sans même savoir à quoi il ressemble ou dans quelle situation il se trouve mais c’est tellement triste de savoir qu’il pourrait arrêter de faire son travail... Donc je savais dès le départ que je partais avec quelque chose de très fort. Lorsque j’ai commencé à travailler dessus il y a sept ans, alors que j’avais écrit de nombreux autres films, j’avais appris ce qu’il fallait pour élaborer une bonne histoire. J’ai réalisé que la solitude était le coeur de tout ça et son opposé n’est autre que l’amour et donc c’est arrivé comme ça : ce doit être une histoire d’amour dans un monde de science-fiction et j’adore ce mélange. Wall-E est donc né de cette idée et je me suis vraiment inspiré de Luxo Jr de John Lasseter : ce simple petit objet qui ressemble à une lampe et non à un personnage mais à l’instant même où elle se met à bouger, voilà qu’arrive un personnage. Je voulais faire la même chose avec le robot. Il fallait donc le dessiner de sorte que ce soit une machine faisant son boulot mais pas un personnage divertissant au premier abord. Mais quand il bouge, il devient divertissant...
Vous aviez pourtant dit que Wall-E était un personnage qui remontait quasiment à votre arrivée chez Pixar ?
Non, vraiment, il y avait cette phrase que l’on trouvait vraiment fascinante et l’idée d’un personnage muet comme Luxo ou R2D2 mais nous nous sommes rapidement dit que personne ne nous suivrait. C’était trop bizarre et nous n’avions même pas terminé Toy Story pour faire nos preuves... Puis, plus rien.

Disney n’était pas effrayé à l’idée de sortir un film quasiment muet pendant près d’une heure ?
Disney ne faisait pas partie des décisions finales... Ils n’étaient pas aux alentours. C’était à une période où ne parlions pas vraiment avec eux et les seules personnes qui devaient approuver étaient John Lasseter et Steve Jobs et heureusement John était l’un des créateurs de l’idée de départ, nous avions juste à prouver qu’il était possible de le réaliser. Nous savions tous qu’il était important de le faire correctement afin que nous, spectateurs, aurions envie de payer pour le voir ! C’est le test principal ! Je devais juste leur donner confiance et faire comprendre que je pouvais le réaliser...

Pouvez-vous nous parler du message écologique du film ? Etait-ce votre idée dès le départ ?Non, ce n’était pas du tout mon intention lors de l’élaboration du film. La question que je me suis posée c’est : quelle est notre raison de vivre ? Cette petite machine qui nous questionne sur la finalité de notre existence. Pour moi, la réponse était de s’aimer. Ce but unique. Et c’est ce qu’il va tenter de trouver. J’ai juste utilisé la terre en ruines comme exemple de ce qui pourrait arriver si l’on oubliait notre objectif. Et tout se désagrège dans le film... Je ne parle pas de réchauffement climatique ou de sauvegarde de la nature, tout ce que je dis c’est que le monde s’écroule parce que nous avons oublié ce seul but. Et les nouvelles technologies nous ont distrait de cette finalité et nous avons perdu contact entre nous. C’est globalement ce message unique...

Quel a été le challenge principal sur Wall-E ?
Je ne sais pas pour vous, mais j’ai grandi en regardant des dizaines et des dizaines de films où j’avais découvert des personnages vraiment fascinants muets ou peu bavards qui restaient néanmoins très divertissants. Jacques Tati, Pépé le putois... Il y en a des tonnes et il n'était pas compliqué de créer un personnage muet. Ce qui était difficile c’était d’imaginer un film qui osait le faire sur plus de 90 minutes et dans les temps modernes. Cela a été fait il y a très longtemps mais ce serait impossible aujourd’hui sur autant de temps. Ce fut la vraie difficulté.

Pourriez vous nous en dire plus sur le projet John Carter of Mars ?
Malheureusement il n’y a pas grand chose à dire. Je suis en phase d’écriture avec Marc Andrews depuis deux mois à peu près et c’est tout ce que je ferai cette année... Tout le monde est très curieux sur ce projet et certains ont déjà fait des prédictions sur comment le film sera réalisé, si c’est Pixar qui se chargera de l’animation... Pour être honnête, aucune de ces décisions ne sera prise avant l’année prochaine. Nous sommes en train d’écrire une bonne histoire qui vaudra peut-être le coup de prendre ces décisions. Je n’ai pas vraiment plus intéressant à raconter sur ce sujet...
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