Wolfgang Murnberger signe son treizième film avec
Bienvenue à Cadavres-les-bains. Il y retrouve à l'occasion son acteur fétiche, Josef Hader (qui reprend son personnage de Brenner) et surtout le romancier Wolf Haas. Après les succès de
Vienne la mort et
Silentium, le cinéaste adapte à nouveau pour le grand écran un des livres de celui qui est devenu son co-scénariste. Entretien à coeur et à poulet ouverts.
Les deux premiers volets ont eu beaucoup de succès, avez-vous senti plus de pression à l’approche de ce troisième film ?C’est toujours comme ça. Le pire, quand le premier a du succès, c'est que les gens croient qu’on veut simplement s'y raccrocher. C’est pour cela que nous avons été plus exigeants, afin d’éviter les reproches. Je pense que les films s’améliorent de plus en plus et nous tentons de mettre la barre toujours plus haute. Le premier n’a marché qu’en Autriche. Tout l’humour était austro-centrique. Pour le deuxième et le troisième, on sent que, d’après les réactions, la façon dont l’histoire est racontée est plus internationale.
Pourquoi avoir adapté les romans dans le désordre ?Ça n’a jamais été prévu comme une série. Personne ne savait que ça allait marcher. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi celui dont le script allait être le plus efficace. En Autriche, tout le monde disait de ces romans que l’on ne pouvait pas en faire des films. Ils vivent dans une grande mesure du langage et de comment ils sont racontés. Wolf Haas dit toujours que l’action, il n’en a rien à faire. L’action est un échafaudage. Ce qui lui importe, c’est ce que Brenner pense du monde. Dans les romans, il y a des pages et des pages sur ses réflexions et très peu d’action. C’était le défi de l’écriture du scénario. Il fallait y implanter un fil conducteur.
Comment s’est passée votre première rencontre avec Wolf Haas ? A-t-il facilement partagé ses personnages avec un autre auteur ?Un journaliste de cinéma qui écrit des critiques sur des romans et des films a demandé à Wolf Haas quel réalisateur il aimerait voir adapter ses œuvres. Il a cité mon nom et ce critique m’en a fait écho. C’est comme cela que je l’ai rencontré. Lors de notre première entrevue, je lui ai dit que nous ne pouvions pas en faire des films. Je lui ai demandé de travailler ensemble à un nouveau script basé sur le personnage de Brenner. Wolf Haas venait d’écrire un nouveau roman et n’avait pas le temps de s’y consacrer à l’instant. Il m’a dit de prendre ce que je voulais dans son livre et d’y ajouter librement des choses. J’ai essayé cela avec un de ses romans et j’ai fait un synopsis. Il y avait trente personnages. J’en ai viré quinze. Wolf Haas m’a donné son feu vert et nous avons pris cette mouture pour débuter.
Vous a-t-il dit pourquoi il a pensé à vous ?On est de la même année... Il avait une offre d’un metteur en scène autrichien qui fait des séries pour la télévision. Il avait déjà fait la proposition à Wolf Haas d’adapter les romans avec Brenner sur le petit écran. Mais l’auteur voulait son personnage au cinéma. De mon côté, j’avais fait deux films d’auteur autobiographiques où j’ai raconté mon enfance et mon adolescence. Lorsqu'il les a vus, Wolf Haas a remarqué que je voyais le monde avec les mêmes yeux que lui.
Josef Hader, l’acteur principal, est également co-scénariste…C’est un acteur de cabaret. C’est un niveau au-dessus du stand up comedian. Un de ses programmes de cabarets est devenu un film à succès. Nous savions que s’il avait le rôle principal, il devait participer au script.
Comment ressentez-vous la connexion entre lui et son personnage ? Comment sa relation avec Brenner a évolué ?Il s’améliore à chaque fois. C’est un autodidacte. Il n’a jamais appris le métier d’acteur.
On dit qu’un thriller est réussi quand le méchant l’est. C’est le cas de Bienvenue à Cadavres-les-bains. Comment avez-vous guidé l’acteur Josef Bierbichler ?Josef Bierbichler est un acteur allemand très connu. Michael Haneke dit de lui qu’il est un des cinq meilleurs acteurs germaniques. Tout a commencé avec l’écriture où l’on a pensé à lui en sachant que ce serait difficile de l’avoir. Il avait beaucoup aimé
Silentium. A la première mouture du script, il nous a dit ni oui ni non. Josef Hader et moi avons fait cinq heures de route pour aller en Bavière le rencontrer. Il a une auberge dans la région dont il a hérité. Il a un tracteur, il sait couper du bois. Ce qui fait automatiquement penser au personnage dans le film ! Il nous a fait comprendre qu’il ne voulait pas être un simple vilain. Il voulait une certaine profondeur. C’était notre mission pour la deuxième mouture qu’il a acceptée.
Selon moi, la force du film se situe dans le fait que tous les actes barbares des personnages sont régis par l’amour…C’était notre idée. Faire un film terrible sur l’amour. Tout le monde agit car tout le monde veut de l’amour mais les circonstances les contraignent au pire. Tout le monde rigole en Autriche quand on répète que c’est un film d’amour !
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la musique du film ?C’est la troisième fois maintenant que je travaille avec les Sofa Surfers. A l’origine c’est un duo composé de Kruder et Dorfmeister qui travaillent ensemble depuis dix ans. Ils sont très célèbres. Je voulais des tonalités modernes. Je sais que cette musique est écoutée par une tranche d’âge allant de 17 à 30 ans. Pour le premier film, j’avais emprunté des morceaux existants. Maintenant, ils travaillent sur des musiques originales. Ils apprennent à le faire. Je travaille avec les mêmes musiciens, le même cadreur, la même production...
On pourrait penser que Brenner et Berti sont des personnages qui appartiennent à la ville. Pourtant, à la fin, ils se perdent sur l’autoroute. C’est très ironique. Comme s’ils n'étaient à l’aise nulle part.Berti est une de mes inventions. Il n’apparaît que dans un roman de Wolf Haas. Il était un moyen pour que ces livres deviennent des films. C’est un peu un Watson dans la littérature anglaise. J’ai adjoint à Brenner un personnage qui le pousse.
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le quatrième volet ?Pour
Bienvenue à Cadavres-les-bains, nous avons pris le chemin que Josef Hader souhaitait. D’un point de vue dramaturgique, c’est une sorte de
Woody Allen comme il le fait dans ses classiques. Une scène en engendre directement une autre. Je suis partisan d’une dramaturgie où il n’y a pas de suite chronologique entre les séquences. Un peu comme le font Tarantino ou Lynch. Il y a différents niveaux temporels, des rêves, des fantasmes. Je peux vous dire que je vais emprunter cette direction. Je commencerai par le milieu du film avec des flashbacks, des illusions…
Propos recueillis par Nicolas Schiavi