
Faire de Crin Blanc et du Ballon rouge une seule critique peut sembler absurde au regard du régime esthétique opposé des deux films. Au noir et blanc progressif de Crin Blanc et qui évoque le néo-réalisme italien, Le Ballon rouge répond par des couleurs pastelles qui préfigure l’imaginaire burlesque de Jacques Tati. Pourtant c’est un même mouvement qui régit les deux films, un même élan qu’Albert Lamorisse prend soin de respecter. L’ébranlement de la foule, la cacophonie dans lequel le monde environnant évolue est semblable dans les deux films. Aux agressions de l’extérieur, Lamorisse oppose un être naïf et innocent, incarnant le rêve inoffensif. Dans le film de 1953, Folco est un jeune pêcheur fasciné par l’élégance et la liberté du cheval Crin Blanc. Il rêve d’être son ami, de pouvoir jouer avec lui à chevaucher les landes camarguaises. Dans le film de 1956, un petit garçon trouve un ballon rouge avec lequel il partage ses ballades dans les rues de Paris.