Qu’attendre d’une comédie américaine qui porte en étendard le copyright Zac Efron ? Au mieux, être touché dans l’intime part de midinette enfouie en chacun de nous, au pire, une mièvrerie étouffée par une couche de laque en trop sur la jolie tignasse châtain du jeune garçon. L’acteur de 21 ans amène déjà avec lui une lourde réputation de bellâtre pour adolescentes pré-pubères prêtes à se pâmer au premier mouvement de sa mèche effrontée.
Que la gent masculine ne pende pas haut et court ce phénomène et accorde un peu de curiosité à
17 ans encore.
17 ANS ENCOREUn film de Burr Steers
Avec Zac Efron, Matthew Perry, Leslie Mann, Thomas Lennon, Michelle Trachtenberg...
Durée : 1h40
Mike O’Donnel, en 1989, est au lycée. Capitaine de l’équipe de basket, plutôt beau gosse, c’est LE mec cool de l’école. Le jour où il pourrait être sélectionné pour recevoir une bourse et partir dans une bonne université grâce à ses talents sportifs, il apprend une nouvelle d’importance pour son avenir. Sa petite amie est enceinte.
20 ans plus tard, Mike O’Donnel est à la veille de son divorce. Il est père de deux enfants qu’il connaît à peine et passe son temps à se désoler de son mauvais job, d’une vie pleine de regrets.
Tout cela va bien vite changer quand il retrouve par magie sa peau d’adolescent.
Il est vrai que ce deuxième long métrage de Burr Steers a de quoi effrayer. Passons, dans un premier temps, sur l'encombrant postulat de départ, ce héros qui retrouve sa peau d’adolescent en restant à la même époque, dans la même situation.
L'inquiétude immédiate vient de ces 20 premières minutes pendant lesquelles le spectateur patauge dans une hyper-dramatisation impressionnante. Cette première partie se situe dans les années 80. Est-ce volontaire, en une sorte de caricature d’atmosphère kitsch, faux hommage à d’autres comédies lycéennes comme
Grease ou
American Graffiti ? En tout cas, c’est un pari bien risqué pour l’entrée en matière. On cherche le second degré face à cette équipe de basket dirigée par un jeune Mike bien trop parfait, admiré de tous et gentil avec les victimes, souriant, excellent, joyeux, amoureux, tendre... Oui, la mièvrerie pointe dangereusement et même, elle est là. Pourquoi appuyer autant chaque effet, crier et surligner chaque mouvement ? Quand le "surjeu" dépasse la période des années 80, on craint la catastrophe.

En dehors de cette étrange kitscherie originelle, le film souffre surtout du principe même de l’intrigue. La comédie est obligée de passer par le fantastique lorsque le héros est pris d’hallucinations qui justifient le passage d’un corps à l’autre mais n’auront jamais d’explication. Un vieux gardien du lycée à l’air mutin sert de véhicule à la magie et un malheureux tourbillon transporte le héros d’une dimension à une autre dans une démonstration douloureuse d’effets spéciaux totalement inconséquents. Le réalisateur évacue mal ces questions de crédibilités considérées comme subsidiaires, qui alourdissent consciencieusement le scénario.
Cependant, on s’en aperçoit à peine, mais le film trouve peu à peu son rythme, porté en définitive par un scénario plein d’énergie et par des très bonnes idées de casting.
D’abord il y a ce jeu entre les deux acteurs qui campent le même rôle. Cela se sent, Efron a observé Matthew Perry pendant qu’il interprétait Mike O'Donnel, il reprend un peu de sa gestuelle d’une manière très cohérente par rapport au récit et qui permet au changement d’interprète de ce faire sans accroc. Et finalement, cette idée du jeune beau gosse habité par la maturité d’un père donne une profondeur très bénéfique au personnage.

Le réalisateur, de fait, a déjà fait ses preuves. C’était en 2003, avec
Igby goes down, un film indépendant sur un ado de 17 ans désabusé et fugueur. A l’époque, c’était Kieran Culkin qui impressionnait le spectateur et parvenait à l’intéresser à ses jeunes tourments jusqu’à l’attachement. Après ce premier petit succès, Steers a réalisé quelques épisodes de séries, de The L World à Weeds. Un passé honorable qui explique sans doute les qualités de
17 ans encore, cette capacité à nous faire croire aux personnages -au-delà de l’intrigue pseudo magique-, capacité à nous rendre sensible et à faire partager les peines, les découvertes, les évolutions et les joies de personnages. Faire entrer le spectateur en empathie est l'habileté cruciale de Steers.
Parlons donc de Zac Efron, adulé des demoiselles, conspué par les autres. L’évidence est qu'Efron n’est pas beau. En revanche, il a une classe peu répandue et très cinégénique. A n’en pas douter, cette si jeune prestance finit par atteindre tout cœur de midinette non averti. Il serait injuste de ne pas souligner la qualité de ce jeu, très convaincant et drôle dans ce rôle pas aussi évident qu’il en a peut-être l’air et qui permet un éloignement salvateur des comédies musicales.
Burr Steers finit par pleinement assumer le kitsch de certaines situations, sa comédie adulescente prend de l’ampleur, le second degré l’emporte et le spectateur est définitivement pris dans la balade. Ses outils sont donc l’humour mais aussi l’acuité du regard porté sur nos contemporains ; jeunes ados aux hormones débridées balançant dans les extrêmes de leurs incertitudes, adultes également tourmentés malgré leur maturité, presque aussi bourrés d’interrogations que leurs rejetons. Mike est le personnage intermédiaire, promenant avec énergie le spectateur dans ce monde où son assurance est reine. 20 ans plus tard, le jeune garçon est à nouveau le mec cool du lycée et il y a pour sûr quelque chose de jouissif à suivre le héros des années ados, celui dont on a tous envié l’allure inimitable, qui a traversé cette trouble période de construction identitaire l’air de ne pas y toucher, comme une partie de plaisir. Plaisir partagé.

En définitive, on pense à un épisode assez réussi d’une série pour ados, façon Skins ou
Gossip Girl, pour la justesse du regard, l’énergie emballante mais aussi la bande originale branchée, l’humour hype et en même temps savamment décalé. Impression renforcée sans doute par le casting puisqu’on retrouve Michelle Trachtenberg, vue dans
Buffy mais surtout au cœur de la jeunesse dorée new-yorkaise du Gossip Girl sus-cité.
17 ans encore suit davantage cette vague que celle plus acidulée aux tendances mielleuses de
High School musical. Une lucidité judicieusement déjantée qu’apprécieront sans doute les jeunes et moins jeunes adeptes de ces séries.