L'HISTOIRE : En 1969, Kenji et ses potes sont une bande de copains de 10 ans comme les autres. Ils rêvent de rock, de filles aux poitrines rebondies... Mais ils ont aussi une autre occupation. Ils aiment s'inventer un scénario catastrophe autour de la fin du monde en 2000 dont eux seuls connaîtraient l'existence.Récit d'un troublant récit en demi-teintes.
20th Century Boys ; rien qu'à l'évocation du titre, nous sommes parcourus de frissons. Il s'agit du dernier manga issu de l'imagination fertile de Naoki Urasawa, l'auteur hallucinant d'un Monster de haute volée. Avec ce titre, Urasawa devenait connu au-delà de ses frontières pour devenir l'un des grands raconteurs d'histoire du moment. Sa dernière oeuvre en date fait donc l'objet d'une adaptation en films live, et plus précisément trois, qui auront la lourde tâche de narrer le contenu de 22 tomes. Qu'en est-il de ce prologue à la trilogie ? Contre toute attente, le résultat se montre fascinant dans sa narration retorse, millimétrée, et osons-le, des plus jouissives dans une production ambitieuse tant par son propos que par son budget important (au Japon), ce qui nous fera d'autant plus pester sur la mise en scène inégale, bancale dans sa structure, et le relatif manque d'empathie que nous avons avec les principaux protagonistes (par rapport aux oeuvres écrites de Urasawa).
En 1969, Kenji et ses potes sont une bande de copains de 10 ans comme les autres. Ils rêvent de rock, de filles aux poitrines rebondies... Mais ils ont aussi une autre occupation. Ils aiment s'inventer un scénario catastrophe autour de la fin du monde en 2000 dont eux seuls connaîtraient l'existence.
Pendant cette douce jeunesse passée dans la base secrète d'un modeste terrain vague, Kenji cherche aussi à devenir une rock star tout en sauvant l'humanité.
La réalité est toute autre en 1997 où celui-ci dirige une insignifiante superette avec sa mère. Toujours célibataire, il s'occupe aussi de sa nièce, Kanna, laissée par sa soeur disparue sans raisons.
Mais son passé va le rattraper lorsque la police vient le questionner sur une mystérieuse organisation dont le symbole serait identique à celui inventé dans le "cahier des prédictions" de sa bande lorsqu'il était enfant.
Le terrible destin de la bande de copains est en marche...
20th Century Boys est la première adaptation sur grand écran d'une oeuvre de Naoki Urasawa. Forcément, nous en attendions beaucoup tant le mangaka est réputé exigeant dans ses scenarii et la justesse de ses protagonistes. Le résultat est plutôt intéressant à visionner mais n'évite pas certains écueils malheureux. L'un des principaux reproches est ainsi un cas d'école courant et inévitable ; comment aborder une oeuvre narrative riche de 22 tomes dans trois films de 2h20 (si on se fie à la durée de ce premier opus) ? La précédente adaptation d'un ouvrage de l'auteur, Monster, a trouvé une solution radicale, soit proposer 74 épisodes d'animation d'environ 22 minutes pour restituer toute la puissance d'une tentaculaire histoire sur le Mal et les hommes. Le choix est ici fait de proposer trois ambitieux films à la durée idoine, mais est-ce suffisant ? Dans la pratique, on attaquera volontiers un prologue prenant aux alentours de 1h30 au sein du métrage, et un montage des plus cut des différents évènements à l'écran. On a ainsi l'impression d'assister à quantité de micros-péripéties prenant le risque de noyer le spectateur inattentif ou trop pressé, c'est selon. Le mal était sans doute nécessaire pour restituer l'ambiance d'une vaste histoire écrite, mais il est aussi probable de perdre un spectateur en quête de frissons et de révélations.
Alors le plaisir, où est-il ? Il provient de l'étrange fascination que nous Développons autour de l'halluciné destin de nos neuf guerriers de la survie humaine. Et pour le coup, rappelons d'emblée une chose, nous ne sommes en présence que du premier film d'une trilogie encore en cours de tournage. Cet élément s’avère important car l'oeuvre actuelle est ouvertement "incomplète" et relativement avare en réponses pour quiconque n'a pas lu le manga de Urasawa. Rassurons tout le monde, ce prologue se développe bien au-delà de l'enfance de la bande de gamins (un morceau central dans l'intrigue complète) et propose même de grands moments de bravoure nous rappelant que le Japon est bien le pays du Kaiju-Eiga (le film de monstres tendance Godzilla).
L'autre force du film provient du style inhérent à l'auteur. Déjà dans le brillant Monster, il arrivait à s'imprégner de l'ambiance allemande du milieu des années 80 pour ausculter au plus près les ravages du néonazisme sur la nouvelle population allemande. 20th Century Boys rappelle ainsi le pur récit d'initiation avec les premiers émois de l'enfance. Le réalisateur du film cite volontiers Stand By Me avec lequel les "Boys" partagent cette étrange mélancolie précoce. La douce période est ainsi marquée par le rôle de la musique, les rêves d'adultes et toutes les ambitions qui s'y rattachent. Le nom du film provient du titre éponyme des T.Rex, le symbole d'un monde nouveau où les valeurs traditionnelles s'effondrent au profit d'une culture occidentale progressiste. On notera aussi la présence de Bob Dylan avec Like a Rolling Stone ; tout cet environnement remuant donnera envie à Kenji de devenir rock-star pour libérer le monde de ses chaînes. La peinture de ce petit monde se montre précise, attachante et vitale, ce qui explique sa mise en parallèle avec les actions des années 90. Kenji n'est pas rock-star mais gérant d'un King-Mart, une aliénante superette sans avenir. On trouve assurément ici des séquences parmi les plus fortes du film. Pari réussi sur ces points.
Chaque enfant suit sa route pour devenir un "monsieur tout le monde" rangé et sans histoires, jusqu'à la réapparition du symbole. Celui-ci provenant de leurs histoires de gosses, le cahier des prédictions ; et dès lors ce sont toutes les élucubrations naïves et enfantines du groupe d'amis qui prennent forme explicitement dans la dureté du monde contemporain. Cette apocalypse juvénile fantasmée se développe sous les yeux incrédules du groupe. Et c'est ici-même que se trouve une autre force stimulante du métrage. Le glissement du quotidien routinier vers la fin des valeurs du point de vue de nos héros prend une connotation tragique. Le public semble rester de marbre, alors même qu'un parti politique fasciste s'immisce progressivement dans la vie des gens.
Troublante leçon de l'histoire, sous couvert de prôner la paix, le parti de "l'amitié" devient la première force politique et instaure un climat de peur et de délation. Les "héros" deviennent les terroristes d'une conspiration inexorable. Kenji nous rappelle alors le personnage d'une autre série d'animation, Kacho Ohji où le héros cherche à sauver le monde au son de sa guitare. Ici aussi notre héros improbable se remémore ses idéaux passés en jouant violemment de sa guitare électrique. Ce retour aux sources lui donne des forces pour entreprendre sa longue lutte underground de résistance au nouveau pouvoir.
Si la mise en scène se révèle classique, sans fioriture, et pas toujours finement exploitée, on louera la volonté évidente de partager avec le spectateur un vibrant récit fleuve à la passion communicative. La quête de vérité du groupe des neuf passionnés par l'entraînant pouvoir de la saga à impliquer tous nos sens avec le plus minime des détails. Qui est AMI, le mystérieux gourou d'un mouvement occulte ? Qui tire les ficelles d'un monde en déconstruction ? Qu'adviendra-t-il de nos héros ? On notera que Naoki Urasawa s'évertue à nouveau à jouer avec nos nerfs en usant d'une chronologie morcelée. Cette dernière permet de mettre en lumière des éléments insignifiants pour mieux les confondre avec un audacieux présent. On retrouve aussi le sens du suspense cher à l'auteur, point qu'il sera difficile d'aborder ici sous peine de spoiler trop largement plusieurs "surprises".
20th Century Boys intéressera nécessairement les fous du manga initial, les amoureux de manga plus largement, mais aussi tous les curieux d'un cinéma japonais contemporain au succès en salle important. Le film pourrait bien agripper aussi les amateurs d'histoires imprévisibles au suspense fort et aux protagonistes fouillés (Urasawa n'est pas un émule de Hitchcock sans raison). Certes, l'oeuvre reste imparfaite, mais plus on y pense, on garde la sensation d'avoir assisté à un addictif jeu de piste dont il conviendra de juger l'intégralité avant de se prononcer complètement. Le compte à rebours a commencé, la fin du monde est proche, la suite dans quelques mois...



Après une absence méritée durant l'été, la rubrique Japanime est de retour chaque mardi avec les tests et l'actualité des sorties vidéo françaises. Et rien de tel qu'une belle sortie pour retrouver ...