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24 Mesures

La critique d'Excessif

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24mesures_07 L'HISTOIRE : Helly, Didier, Marie et Chris : quatre jeunes gens que tout apparemment sépare... leurs destins vont brutalement se croiser un 24 décembre, au cours d'une nuit blanche qui fera basculer leurs vies... Helly, jeune mère qui tente de récupérer la garde de son fils, croise par hasard la route de Didier, un chauffeur de taxi. Puis brutalement celle de Marie, une provinciale mal dans sa peau. Elles s'embarquent dans une étrange virée nocturne qui les conduira sur la côte normande jusqu'à leur rencontre avec Chris, un batteur de jazz. Ils finiront la nuit ensemble dans un dernier mouvement de fête, de libération...
Les comédiens qui réalisent des films sont florès. Depuis quelque temps, c’est même un détour obligé pour le moindre acteur en quête d’un surcroît de crédibilité. Après Roschdy Zem (Mauvaise foi), Christophe Malavoy (Zone Libre), Robin RenucciSempre vivu !) et Anne Le Ny (Ceux qui restent), c’est aujourd’hui Jalil Lespert qui goûte à cet exercice plus périlleux qu’il ne pourrait y paraître. Mais 24 mesures ne ressemble en rien à un caprice d’enfant gâté. D’emblée, on est saisi par une atmosphère délétère et une caméra mobile qui suit pas à pas les différents protagonistes. À commencer par la femme paumée qu’incarne Lubna Azabal, une fausse blonde surmaquillée qui émerge des backrooms glauques où elle se prostituait pour aller rendre visite à son enfant confié en nourrice, en cette veille de Noël où tout ne devrait être que bonheur et harmonie. De ce sujet de mélo, l’interprète du Petit lieutenant tire un voyage au bout de la nuit qui suit les pérégrinations de cette femme aux abois et de ceux qu’elle vient à croiser au cours de sa dérive sentimentale.

24 MESURES
Un film de Jalil Lespert
Avec Lubna Azabal, Benoît Magimel, Sami Bouajila, Archie Shepp
Date de sortie : 05 décembre 2007



Le film est construit comme une impro de jazz, son titre même renvoyant à la grammaire élémentaire de cette forme musicale telle que la définit un vieux musicien black incarné par le grand Archie Shepp auquel Noémie Lvovsky vient simultanément de confier la musique de son nouveau film, Faut que ça saute !

Évitant les travers du film choral, cette plaie actuelle qui contamine l’écriture cinématographique et donne souvent des résultats pitoyables sur le plan de la cohérence narrative, 24 mesures évoque à la fois les histoires à tiroirs de Alejandro González Iñárritu, pour leur mode de narration, et le cinéma américain des années 70 pour sa nervosité brute et dépourvue d’affectation. On pense évidemment à John Cassavetes, et notamment à Gloria et Meurtre d’un bookmaker chinois, pour ce travail sur la forme, souvent imité mais rarement justifié, mais aussi à Martin Scorsese, à travers le personnage de chauffeur de taxi à fleur de peau que campe Benoît Magimel en singeant comme malgré lui le célèbre monologue du psychopathe campé par Robert de Niro dans Taxi Driver. Jalil Lespert se garde bien, par ailleurs, d’accumuler les personnages et les morceaux de bravoure. Il préfère tirer parti de ses interprètes et les pousser dans leurs ultimes retranchements, quelle que soit la longueur de leur prestation. Il accorde autant d’importance à Clotilde Hesme, en une scène, qu’à Bérangère Allaux, véritable révélation du film que le comédien a eu l’occasion de tester à plusieurs reprises en qualité de partenaire, comme la plupart de ses interprètes.



Malgré sa structure faussement éclatée, 24 mesures reste concentré autour de son personnage principal et de la comédienne prodigieuse qui l’incarne, Lubna Azabal, dont la carrière toute entière reflète une exigence hors du commun. Jalil Lespert ne s’y trompe pas et exploite son talent pour l’improvisation à partir de thèmes soigneusement circonscrits, comme avait déjà pu le faire Tony Gatlif dans la célèbre scène de transe d’Exils qui avait valu au film le Prix de la mise en scène à Cannes. Au hasard de cette errance étirée comme une longue nuit blanche où la proximité des fêtes de fin d’année exacerbe les fêlures des personnages, la mise en scène a la suprême élégance de ne jamais se mettre en avant et d’utiliser à merveille les improvisations jazzy d’Archie Shepp.

Voici un premier film prometteur qui en appelle d’autres et démontre que Lespert, lui-même interprète formé à l’aune d’auteurs ambitieux tels que Laurent Cantet, Benoît Jacquot, Alain Resnais ou Robert Guédiguian, ne se contente pas de satisfaire un simple caprice d’acteur, mais affirme d’entrée de jeu une vraie démarche de cinéaste.

Jean-Philippe Guerand



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