Un film qui parle de mariage pendant une centaine de minutes, scénarisé par l’auteur du Diable s’habille en Prada ? Il pourrait y avoir vingt sept raisons de passer à côté de cette petite comédie de printemps très colorée. Vingt sept façons de répondre par la négative lorsque l’on vous proposera d’aller voir le film. Il suffit pourtant d’en donner une seule, pour que les moins romantiques d’entre vous puissent se laisser bercer par le charme de cette comédie rose bonbon. Cela tient en un nom : Heigl, Katherine Heigl. Avec elle, les doutes s’effacent et chaque plan devient un délice sur pellicule…
27 ROBESUn film de Anne Fletcher
Avec Katherine Heigl, Edward Burns, James Marsden, Judy Greer, Malin Akerman
Durée : 1h40
Date de sortie : 23 Avril 2008Jane a tout pour elle. Belle, intelligente, équilibrée et douée dans son job. Il ne lui manque qu’une chose : que son patron, George, s’intéresse à elle, puisque cette dernière est transie d’amour pour lui. Jane lui est extrêmement dévouée, comme elle l’est également pour 27 de ses amies pour lesquelles elle a organisé des mariages parfaits, revêtant à chaque fois une robe différente pour l’occasion et qui sont devenues de véritables objets de collection. Lorsque sa jeune sœur top-model débarque dans sa vie et lui vole son amour, Jane doit une nouvelle fois inhiber ses sentiments et s’apprêter à faire de ce futur mariage une fête grandiose et inoubliable. A moins que l’arrivée de Kevin, journaliste cynique et spécialisé dans une rubrique mariage, ne lui apprenne à vivre autrement…

L’introduction, rythmée à la perfection entre deux réceptions de mariage, est un modèle d’exposition audiovisuelle et de caractérisation des personnages. Anne Fletcher dynamise la forme de son récit en imprimant une mise en parallèle soutenue où Jane fait des allers retours incessants entre deux soirées dont elle est l’organisatrice. Ayant auparavant dirigé
Sexy Dance et chorégraphié
Ice Princess, la réalisatrice dessine dès les premiers instants une piste dansante parfaitement mise en place. En quelques minutes, le spectateur aura compris que Jane est une jeune femme légèrement masochiste et qui, sous une façade souriante, cache un profond désarroi.
Ce personnage désintéressé, assiste au bonheur des autres au lieu de forger le sien. Jane vit par procuration, se refusant à l’amour par peur et donnant aux autres l’image d’une jeune femme bien sous tous rapports. C’est cette sagesse que Kevin (James Marsden) fera voler en éclats. L’acteur étonne d’ailleurs en arriviste manipulateur et finalement amoureux. Quant à Katherine Heigl, elle illumine des séquences parfois sans profondeur, jouant des rires aux larmes avec une vérité de jeu étonnante. La véritable histoire de
27 Robes se joue sur cette rencontre où chacun apprendra de l’autre. Pour le bien de la narration et celui du spectateur.
La relation Jane/Kevin est donc le pilier du film, portant celui-ci dans un duo classique de la répulsion originelle à la fusion finale, ce « Je t’aime moi non plus » qui sied à merveille à l’univers de
27 Robes. Cette relation accède à son ascension dans une séquence en musique très réussie sur une relecture de
Benny and the Jets (Elton John). Katherine Heigl et James Marsden incarnent à merveille ce couple impossible et mettent à l’écart un Edward Burns impassible qui vient prendre un peu d’argent pour réaliser son prochain film et Malin Akerman, abonnée aux rôles de top-model. Il y a même la meilleure amie de service, pas totalement jolie, pas totalement moche et incarnée par Judy Greer (Casey) qui n’a malheureusement pas grand-chose à incarner. Le happy-end de rigueur est bien en place, que personne ne s’inquiète. Les 27 robes de Jane, véritables oripeaux d’une âme miséreuse, finiront par renaître sous une forme plutôt jubilatoire…
27 Robes est une sucrerie appréciable, un produit formaté par une industrie sans génie. Loin du fruit défendu, loin des comédies de Capra ou Lubitsch le film produit une énergie suffisamment folle dans son rythme pour que l’on se laisse ébahir une fois de plus par le savoir-faire hollywoodien. En nouvelle reine du grand écran, Katherine Heigl est tout simplement irrésistible.
Seamus Yorke