Etre exceptionnellement attachant et homme d’une rare gentillesse, Michel Boujenah met tout son cœur dans la réalisation de son deuxième long-métrage. Cela ne pouvait donner qu’un film généreux de bout en bout, et c’est pourquoi les quelques défauts inhérents à une volonté d’en faire un peu trop parfois, n’empêchent pas de passer un bon moment.
3 AMISUn film de Michel Boujenah
Avec Mathilde Seigner, Kad Mérad, Pascal Elbé
Durée : 1h33
Date de sortie : 22 août 2007Claire, Baptiste et César se connaissent et sont amis depuis l’orphelinat. Et lorsque l’un d’eux a un problème, il sait qu’il peut compter sur les deux seules personnes qui ont toujours constitué son unique famille. Mais quand on veut fonder sa propre famille, les amis ne sont-ils pas de trop ?Jusqu’où peut-on aller par amitié ? C’est l’une des questions que pose ce film, traitant d’un thème à la fois universel et particulier.
3 amis n’y va pas par quatre chemins, l’amitié c’est sacré, mais il faut pouvoir s’en émanciper. Boujenah montre ainsi les sacrifices incroyables et admirables que peut engendrer un vraie amitié, mais en incluant à chaque fois le pendant néfaste d’une telle implication. Homme pour qui la famille a une importance capitale,
Père et fils en attestait, le réalisateur pose ici des personnages orphelins, pour qui les amis jouent forcément un rôle de substitution à cette famille manquante. De fait, le thème de l’amitié se voit ainsi mis en exergue et renforcé, mais cette démarche a aussi tendance à brouiller l’identification envers les personnages. Car si tout le monde possède des amis, tout le monde n’est pas orphelin. Or il s’agit d’un critère fondamental pour expliquer l’importance que prend l’amitié dans ce film.
Difficile dès lors de se demander si tel ami serait capable de faire pareil pour soi-même, sachant que l’amitié dont parle
3 amis n’est finalement pas complètement comparable à une amitié plus « commune ». La principale limite du film se situe donc là, mais il s’agissait sans doute d’un choix scénaristique indispensable pour justifier les actes extrêmes des personnages, sujets à des comiques de situation efficaces et poilants. Michel Boujenah connaît la mécanique du rire sur le bout des ongles et l’utilise à bon escient. Kad Mérad étale une nouvelle fois toute sa classe, jonglant avec une facilité déconcertante d’un plan à l’autre entre la gravité d’un homme dévasté et une gestuelle burlesque qui n’est pas sans rappeler un Louis de Funès ou un Pierre Richard. Des thèmes extrêmement sombres sont abordés avec la volonté perpétuelle de rire de toutes ces choses graves de la vie. Boujenah appose en plus à l’ensemble une touche de tendresse et de douceur, renforcée par la dernière apparition au cinéma de Philippe Noiret. L’émotion monte alors de plusieurs crans, même si cela n’a plus grand-chose à voir avec le film.

Michel Boujenah continue avec
3 amis à exposer sur bobine des sujets qui le touchent et parler sûrement de ses propres peurs, en affinant petit à petit sa mise en scène. Le réalisateur en herbe cherche encore ses marques, la narration pourrait gagner en fluidité, mais assurément Boujenah emprunte le bon chemin, celui du cœur.
Laurent Tity