Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces dernières années, la production de westerns s’est avérée relativement pauvre aux US. Si l’on met de côté les comédies et les dessins animés, les œuvres marquantes pourraient presque se compter sur les doigts d’une main (
Open Range, L’assassinat de Jesse James,
Chevauchée avec le diable…) et il aura même fallu se tourner vers la télévision pour pouvoir régulièrement se plonger à l’époque des chevaux, des duels sanglants et des jurons salés (Deadwood,
Into the West et le récent
Comanche Moon). Peiné de ce constat, le réalisateur James Mangold décide à son tour de rendre hommage au genre en réactualisant le classique
3:10 to Yuma de Delmer Daves (1957), un film dont il s’était déjà inspiré pour son
Copland.
3H10 POUR YUMAUn film de James Mangold
Avec Christian Bale, Russel Crow, Logan Lerman, Dallas Roberts, Ben Foster, Peter Fonda, Gretchen Mol, Alan Tudyk
Durée : 2h02
Date de sortie : 26 Mars 2008Ancien soldat de la guerre de sécession, Dan Evans tente de vivre paisiblement mais peine à joindre les deux bouts entre le paiement de son terrain que la sécheresse n’a pas épargné et une famille qu’il se doit de nourrir. Alors que l’implacable hors-la-loi Ben Wade, célèbre pour ses méfaits à travers tout le pays, est finalement capturé dans une ville voisine et doit être accompagné au train pénitencier se dirigeant vers Yuma par un effectif amoindri, Dan voit l’opportunité de remonter la pente et d’offrir à ses proches un futur plus noble, tandis qu’une relation particulière va s’installer entre les deux hommes. Mais alors que le chemin vers la fameuse gare de Contention se révèle jonché d’obstacles et que les acolytes de Wade sont à leurs trousses, l’aîné des fils Evans rejoint le convoi porté par une certaine fascination pour le bandit.Célébré pour ses précédentes réalisations (
Heavy, Copland, Une Vie Volée), le réalisateur américain James Mangold est connu pour ses ambiances lourdes et sa manière de peindre des personnages denses et emplis de contradictions. Et quel meilleur cadre pour étudier la chose que le western, où les hommes et femmes se retrouvent seuls face à eux-mêmes, dans l’aridité d’une Amérique encore en friche ? C’est ce postulat qui a ainsi poussé le réalisateur à mettre en œuvre le remake du film de Delmer Daves, une idée qui lui est apparue comme une révélation alors qu’il y a vu une opportunité d’aborder des thèmes bien actuels. Le héros du récit est ainsi très proche de celui de
Copland : handicapé (ici, Dan Evans ne possède plus qu’une jambe valide alors que Freddy Heflin, le personnage de Stallone dans le film suscité était à moitié sourd), représentant de la loi auxiliaire (Sly avait un pouvoir réduit) et porté par un sens de l’honneur qu’il tiendra plus à cœur que sa propre vie et qui l’acculera finalement à remplir sa mission seul contre tous. Mais alors que Heflin portait une certaine admiration pour ses collègues, c’est ici le fils de Evans qui va être séduit par la renommée et la classe du bandit. Un point que le réalisateur a tenu à souligner alors qu’il n’est qu’anecdotique dans le métrage original, et on assiste ainsi à plus qu’une simple escorte, mais à un véritable combat mental entre les deux hommes qui vont ainsi se disputer l’admiration du jeune garçon. Une ligne scénaristique qui va donner encore plus de densité à des personnages déjà profonds, interprétés par deux acteurs dont le talent n’est plus à prouver.
On retrouve ainsi Christian Bale (Batman Begin, Americain Psycho, Le machiniste) dans le rôle du fermier qui va tenter d’escorter le malfrat à destination. Jusqu’ici éleveur d’un troupeau qu’il a de plus en plus de mal à nourrir, Dan Evans est de plus au bord de l’éviction alors que le promoteur local compte bien saisir son terrain afin de faire affaire avec la compagnie du chemin de fer. Avec deux enfants (dont son plus jeune malade) et une femme qui ne croient plus en lui, Dan voit dans cette escorte une ultime chance d’agir en chef de famille responsable et également un moyen d’exorciser certains fantômes. Face à lui, Russell Crowe (
American Gangster,
Gladiator, Un homme d’exception) incarne un hors la loi à la fois classe et impitoyable, mais non dépourvu, contrairement à ses dires, d’une certaine humanité qu’il a volontairement rayé de son quotidien. Artiste, lettré et populaire pour ses actes, le bandit se révèle être comme une sorte de star du far west, à l’aura ensorcelante et légendaire.

Fort de ces deux personnages, le film va de plus visiter nombre de figures imposées du genre et produire un éventail très vaste de ce à quoi ressemblaient alors les terres américaines. Grange qui brûle, attaque de diligence, construction du chemin de fer par des immigrants chinois, séquence au saloon, discussions au coin du feu narrant les grandes cités et fusillades puissantes, difficile de s’ennuyer, d’autant que le réalisateur, loin du récent et aérien Assassinat de Jesse James, ne s’attarde pas ici à s’extasier sur les magnifiques plaines et les lumineux couchers de soleil. Le far west est ainsi décrit comme une terre de tous les possibles, mais où l’aridité de mère nature est toujours surmontée par des hommes aussi braves que vivant dans une société aux fondements encore branlants. Même lors des fusillades, les protagonistes ne sont souvent touchés que par le plus grand des hasards et seuls les tireurs expérimentés arrivent à faire mouche. Difficile dans ces conditions de se construire un futur et de garder une morale irréprochable, et c’est pourquoi les personnages du film de Mangold sont d’autant plus remarquables, car véritablement seuls face à leurs propres choix.

Accompagné d’une galerie de seconds couteaux remarquables, Alan Tudyk (
Firefly, Joyeuses funérailles) en vétérinaire improvisé docteur, Ben Foster (
6 Feet under) en second couteau acharné ou encore Peter Fonda (
Easy Rider) en représentant de la loi trouble, le réalisateur de
Walk the line continue ici de montrer une Amérique en pleine construction, manufacturant sa légende à grands coups d’êtres aussi rares qu’exceptionnels, ceux-ci œuvrant tels des chevaliers au code d’honneur noble et infaillible et façonnant les bases d’un pays fier et meurtri. Un vrai western, dur, fort et à la structure savante, filmé avec puissance et conviction et s’offrant même avec lyrisme une séquence finale digne de ce qu’on pouvait imaginer lors du générique de Butch Cassidy et le Kid.
Note : 8/10David Brami