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A History of Violence

La critique d'Excessif

5/5
history_violence_z2loc L'HISTOIRE : Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l'existence est dorénavant connue du grand public...
Un joyau noir comme l'enfer qui simule les conventions du thriller
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce nouveau film de David Cronenberg est très substantiel et simplement majeur dans une filmographie riche. Un événement en soi. Alors que ses derniers Spider et ExistenZ préféraient la sobriété au spectaculaire (abandon progressif des joyeusetés sanglantes façon Chromosome 3, pas de modifications organiques...), History of Violence devrait très certainement réjouir ceux qui préfèrent le réalisateur de La mouche à celui de Crash (et les autres, bien entendu). Ce n'est pas une surprise : on sait depuis Le Festin Nu (91) que David Cronenberg a abandonné le gore explicite pour une forme de fantastique plus subtile afin de traduire la détresse psy de ses personnages. Alors qu'il l'annonçait partout comme son film le plus classique, A History of Violence est en réalité à l'intersection de deux registres (gore et subtil). Sans trop dévoiler les mystères qui s'y cachent (moins on en sait, mieux c'est), disons qu'on peut le voir comme une sorte de faux film policier divinement mis en scène dont la thématique foisonnante amplifie une réflexion sur la violence dans tous ses états (physique, morale...).

 

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Première scène : un plan-séquence hallucinant qui épouse la structure du film. En apparence, tout semble calme, lisse, tranquille ; en profondeur, tout est sombre, tortueux, secret. Pour peu qu'on sache de quoi il en retourne, le film s'intéresse à un personnage fondu dans le conformisme qui va voir sa vie bouleversée par des menaces souterraines. Soudainement propulsé star alors qu'il tentait de sauver sa peau (il a survécu à un braquage sanglant dans un restaurant, au cours duquel il a abattu les deux malfrats et sauvé ses collègues), Tom Stall (Viggo Mortensen) passe pour un héros dans son village. Il est soumis à une pression médiatique (les journalistes le harcèlent) mais également à la question par l'étrange Carl Fogarty (Ed Harris, flippant) qui le prend pour un ancien acolyte. Tom nie en bloc et pense que Fogarty se sert de sa popularité pour le faire chanter. Seulement, l'homme en question se fait très insistant et va bousiller la vie alors trop plate de Tom. Comment tout ce grand charivari va s'achever ? Bien malin qui devinera l'issue de ce trip. N'en rajoutons point, si ce n'est que ce voyage paranoïaque et schizophrène instille au gré de ses bobines une atmosphère oppressante où le suspens le plus haletant le dispute à la folie la plus sourde. A priori, de ce pitch Hitchcockien (il s'agit de l'adaptation d'un roman de John Wagner), rien ne laissait présager un film potentiellement traumatisant. Et pourtant...

Comme semble sous-tendre le film, il faut apprendre à ne pas se fier aux apparences. Sous un canevas a priori trop gentil pour le réalisateur de Dead Zone, se profilent les ombres d'une oeuvre obsessionnelle, noire, cruelle dans laquelle Cronenberg met en exergue des questions essentielles sur la cellule familiale et le couple : connaît-on vraiment la personne qu'on aime ? Comment maintenir une harmonie lorsque le pire s'abat ? Comment se débarrasser de ses démons intérieurs ? Comment faire face à la violence, tout simplement...


En creux, tout semble n'être qu'un joli prétexte pour décortiquer tout ce qui se trame dans la tête des personnages face à des situations extrêmes. Toute la première partie du film se focalise sur les efforts des deux parents pour contrer l'horreur et de Tom pour se débarrasser des démons à sa porte. La suite (plus le film avance, plus il devient jouissif, jusqu'au final, bouleversant) confirme que Cronenberg négocie un virage et confère à son thriller une dimension curieuse en passant par un mélange des genres exquis. A History of Violence porte la marque de son auteur puisque comme bon nombre de ses oeuvres (faut-il rappeler que la fin du précédent Spider possédait différents niveaux de lecture ?), il peut être interprété différemment en fonction de la sensibilité du spectateur. Sans jouer la carte de la frustration très en vogue de nos jours, David peaufine son intrigue en ayant le bon goût de ne pas bâcler les différents enjeux dramatiques. Il en résulte un opus d'une cohérence et d'une maturité inouïes.

 

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Entouré d'une équipe qui ne pouvait pas perdre (encore Peter Suschitzky en chef-op ; toujours Howard Shore à la zique...), David sonde finalement la bête qui somnole en nous et filme avec la même intensité un homme et une femme qui se donnent du plaisir sur un lit qu'un gangster qui bute sans vergogne une gamine. A chaque fois, il impressionne. Gravement. Surtout, c'est son film le plus drôle, le plus amoral, le plus violent et le plus triste depuis longtemps. Le plus pervers aussi, parce qu'il fonctionne comme un cercle vicieux. Il semble nous dire qu'on est tous le prédateur ou la proie de quelqu'un, mais qu'il y a rien de pire que d'être son propre ennemi.

 

Romain LE VERN

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Le verdict des internautes

Total des votes : 20

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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eli 28/05/2010 à 13h07
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