L'HISTOIRE : Un homme sort de prison et va passer du statut de petit escroc sans envergure à grand arnaqueur, en faisant croire à une commune qu'il est le patron d'une filiale venue reprendre les travaux d'une autoroute abandonnés il y a deux ans.
Envoûtant par sa sincérité, emballant par sa densité dramatique. Un grand film.
Xavier Giannoli aime le festival de Cannes et il le lui rend bien. Vainqueur de la Palme d'Or du meilleur court-métrage en 1998 avec L'interview et en compétition avec Quand j'étais chanteur en 2006, le cinéaste est de retour sur la Croisette avec A l'origine, porté par François Cluzet.
Crédité d'un "inspiré d'une histoire vraie", le film de Xavier Giannoli doit beaucoup à son mélange parfait entre drame social et thriller. On y retrouve une alchimie maîtrisée entre les tragédies du quotidien et une atmosphère de film noir dont le personnage tente de s'extirper coûte que coûte. François Cluzet (simplement impeccable de sobriété), visage usé par la vie et dont on ne connaîtra jamais le passé est très vite repris par les difficultés. Alors que le monde refait sa vie sans lui, il va se transformer en génie de l'arnaque jusqu'à se fondre dans une autre identité et être rongé par sa mythomanie. Le cinéaste, aidé par le symbole de l'autoroute, façonne un sillage tortueux où le personnage semble se retrouver, aimer à nouveau, en s'effaçant progressivement au profit d'un nouveau protagoniste. En redonnant de l'espoir à toute une communauté, Paul / Philippe se guérit lui-même, pansant les plaies infligées par son ex-femme. Dépassé dans un premier temps par les évènements, mis sur un piédestal par une commune qui voit en lui l'homme providentiel, Philippe va mentir sans penser aux conséquences, gagner de l'argent facile devant l'aveuglement des gens. Cette famille qui l'accueille va relancer ses sentiments enfouis et faire renaître le désir ("J'ai envie de toi. Je ne pensais pas qu'on pouvait aimer comme ça" lance t-il à Stéphanie, interprétée par Emmanuelle Devos).
Le réalisateur ne s'embarrasse pas de fioritures, filmant au plus près des hommes mais n'oubliant jamais de faire baigner ses images dans une atmosphère en lévitation. Avec sa musique synthétique, ses sonorités cristallines et ses nappes feutrées, Cliff Martinez participe grandement à ce sentiment et nous fait le même coup qu'avec sa sublime partition pour le Solaris de Steven Soderbergh. Enveloppé par ce mensonge incroyable, par une galerie de personnages secondaires caractérisés avec soin (mention spéciale à Gérard Depardieu et Soko), A l'origine envoûte par sa sincérité et emballe par sa densité dramatique. A l'origine, il y a un fait divers. Au final, il reste un grand film.
Le personnage en faux semblant sied à merveille au septième art.