Que faut-il attendre de cette énième adaptation d’un roman à succès de la littérature pour enfants mélangeant magie, aventure et animaux qui parlent ? Le résultat est loin de convaincre totalement mais offre tout de même un honnête divertissement, largement supérieur à la concurrence.
LA BOUSSOLE D’OR – A LA CROISEE DES MONDESUn film de Chris Weitz
Avec Nicole Kidman, Daniel Craig, Eva Green, Dakota Blue Richards
Durée : 1h55
Date de sortie : 05 décembre 2007Dans un monde parallèle, la jeune Lyra, en possession de la dernière boussole d’or, part pour le Pôle accompagné de son daemon, son âme matérialisée en animal, afin de découvrir les mystères de la Poussière et sauver les enfants disparus.Après Le Seigneur des Anneaux, voilà enfin la nouvelle saga d’aventures épique produite par New Line s’étalant sur plusieurs épisodes lors des fêtes de fin d’année. Premier épisode de cette saga dont le prochain volet devrait sortir en 2009, le film de Chris Weitz a donc la lourde tâche d’introduire cet univers magique au spectateur, de présenter les très nombreux personnages et de condenser puis poser les enjeux dramatiques pour les films à venir, tout en proposant suffisamment de matière et de rebondissements pour cette
Croisée des mondes. Le pari était presque impossible et le réalisateur s’en tire avec les honneurs, mais non sans quelques revers.

Le défaut majeur du film tient dans son accumulation d’éléments, de personnages et de situations qui s’enchaînent à toute vitesse et qui prendront de l’importance dans les prochains films. Chose difficile que cet exercice d’introduction à une grande saga qui fonctionnera au final comme un tout mais qui pour l’instant excite et frustre d’égale manière. Le film prend rarement le temps de se poser pour permettre au spectateur de vraiment apprécier cet univers et, plus grave, empêche de réellement s’attacher aux personnages. Dommage car l’ensemble du casting est impeccable, à commencer par la jeune Dakota Blue Richard pas aussi tête à claques que la concurrence venue de Narnia. De même la construction narrative du film fonctionne avec de grosses ficelles et sur un même schéma quelque peu lassant et prévisible, semblable d’ailleurs à certains jeux vidéo d’aventures ou RPG. Systématiquement, la jeune Lyra rencontre un nouveau personnage qui va la conduire à un nouveau décor où elle va rencontrer encore un nouveau personnage afin d’obtenir un précieux renseignement/objet et accéder à un nouveau décor jusque là inaccessible. Et ainsi de suite pendant deux heures. L’autre petit élément narratif agaçant tient finalement dans le caractère peu extraordinaire de cet fameuse boussole d’or, qui ne semble pas aussi importante que cela. Elle semble plus servir comme un outil scénaristique de secours pour faire avancer l’histoire et fournir les informations adéquates au moment où l’aura décidé le scénariste.
L’autre frustration majeure tient à l’opposition du propos du film et de sa conception même. L’histoire parle d’anti-conformistes, d’inventeurs et autres explorateurs de nouveaux mondes qui s’opposent au formatage des pensées et de l’asservissement de l’âme par des traditionalistes. Malheureusement le film est en contradiction totale avec son propos tant le projet manque d’audace et d’originalité. Aucune prise de risques de la part des concepteurs de ce produit calibré.
A la Croisée des Mondes ressemble à un pot pourri des films et/ou livres d’aventures piochant allégrement chez Tolkien, Jack London, Jules Verne ou bien encore J.K Rowling.

Pourtant, malgré ces défauts évidents, le film parvient facilement à atteindre son but premier : distraire. La mise en scène de Chris Weitz, manque certes de personnalité mais reste efficace et sans fioritures. On ne s’ennuie jamais, le film bouge beaucoup et même si les effets spéciaux ne sont pas très convaincants, les grandes « chevauchées » à dos d’ours polaire sur les plaines glacées restent mémorables. De plus comme les grands classiques du genre tels Star Wars ou le Seigneur des Anneaux, les héros sont tous des rebelles, des marginaux ou des bannis qui affrontent un ordre établi bien pensant. La religion et les croyances ancestrales cadenassées par les intégristes affrontent la science et la soif de connaissances nouvelles et le désir de garder son libre arbitre. Une nouvelle « communauté » peu orthodoxe qui arrive aisément à séduire le public et à l’embarquer à ses côtés.
Encore une fois dommage que tout le monde n’ait pas fait autant preuve de courage et de personnalité sur
La Boussole d’Or- A la Croisée des Mondes, qui reste malgré tout un spectacle sympathique et plutôt recommandable.
Stanislas Bernard