Après les beaux succès italiens de
Juste un Baiser et
Souviens-toi de Moi, Gabriele Muccino franchit brillamment l’Atlantique avec ce film
inspiré d’une histoire vraie (genre toujours très prisé à Hollywood). Déjà reconnu comme un grand artiste du réalisme poétique, il nous livre un petit joyau d’humanisme non sans rappeler les fables de l’immense Frank Capra. Muccino offre à cette recherche du bonheur une vraie saveur et prouve qu’il n’a pas fait le voyage sans son âme.
A LA RECHERCHE DU BONHEURUn film de Gabriele Muccino
Avec Will Smith, Jaden Smith, Thandie Newton
Durée : 1h58
Date de sortie : 31 décembre 2007Représentant de commerce, Chris Gardner a du mal à gagner sa vie. Sa compagne supporte de moins en moins leur précarité et finit par quitter Chris et leur petit garçon de 5 ans, Christopher.
Désormais seul responsable de son fils, Chris se démène pour décrocher un job, sans succès. Lorsqu’il obtient finalement un stage dans une prestigieuse firme de courtage, il se donne à fond, même si pour le moment il n’est pas payé. Incapable de régler son loyer, il se retrouve à la rue avec Christopher. Le père et le fils dorment dans des foyers ou des gares, cherchant des refuges de fortune au jour le jour.Au-delà de la simple illustration du rêve américain,
A la Recherche du Bonheur est porté par une belle relation père/fils, incarnée avec force par Will Smith et son fils Jaden, âgé de 7 ans. Leur performance est absolument remarquable. Will Smith, tout en sobriété, y trouve l’un de ses plus beaux rôles. Le travail sur son physique rend sa performance encore plus saisissante de réalisme. Costume bon marché, visage mal rasé, cheveux grisonnants, la transformation n’est pas excessive mais permet simplement de transformer l’acteur star en personnage crédible. A ses côtés, Jaden Smith s’impose immédiatement, impressionnant de naturel. Leur complicité est un plus indéniable, l’émotion n’en est que renforcée. L’imposante stature de Will Smith contraste parfaitement avec la fragilité de ce petit garçon attendrissant, même si cette fragilité est très souvent visible dans les yeux du père.

Déjà dans ces films précédents, Muccino accordait une attention toute particulière à ses personnages, prompt à leur accorder des instants de réflexion où leurs visages rongés par le doute venaient brûler l’écran et nous touchaient en plein cœur. Dans
A la Recherche du Bonheur, grâce aux acteurs parfaitement dirigés, ces instants de grâce viennent à nouveau émouvoir le spectateur. Le plus marquant reste la scène de métro. Le père transforme pour son fils les toilettes du métro en caverne préhistorique dans laquelle ils devront se réfugier pendant la nuit afin d’échapper à des dinosaures. En quelques mots, cette scène bascule dans une douce poésie et réveille subtilement notre âme de rêveur. Le paroxysme survient quand, en pleine nuit, quelqu’un tente de forcer la porte. Will Smith nous offre alors des larmes prodigieuses de détresse, et prouve une nouvelle fois son immense don d’acteur, capable de transmettre des émotions presque palpables par la seule force de son regard.
Adapté d’une histoire vraie, le scénario parvient tout de même à trouver son identité propre en adoptant une narration purement cinématographique. Déjà remarqué pour son remarquable scénario de
The Weather Man (de Gore Verbinski, avec Nicolas Cage), Steven Conrad a su transformer les étapes de la vie de Gardner en vrai récit construit sur des ellipses discrètes et efficaces. Il est rare qu’un scénariste hollywoodien impose son univers personnel de façon aussi marquée. Pourtant, comme dans son précédent script, on retrouve ce même humour fin, cet amour profond pour la détresse de ses personnages, ce sens du burlesque récurrent. La construction narrative est excellente. Elle allie efficacement la trame principale et les intrusions de multiples intrigues secondaires accrocheuses qui s’intègrent parfaitement au récit.

A cela s’ajoute de brefs instants de rire ou de tristesse qui ne court-circuitent jamais la narration. Au contraire, ils représentent des respirations essentielles à l’enchaînement rapide des nombreuses scènes du film. Le rythme est vif, enlevé, lancé dans une poursuite après le temps, tout comme le personnage principal à la poursuite de son bonheur au propre comme au figuré. Et enfin, des boucles narratives intelligentes s’articulent autour d’éléments récurrents (les machines vendues par Chris, sa chemise, Mister America, la file d’attente du foyer) pour donner au film son identité propre. Conrad réussit même le pari, rarement atteint, de les rendre crédibles et jamais répétitives grâce à des ruptures plus ou moins fortes à l’intérieur de ces boucles. Quant à la réussite tant attendue de Gardner, elle est loin des clichés hollywoodiens habituels. Ici pas de concurrence déloyale ou de victoire sur les autres. Tout se passe très sobrement. Les auteurs laissent simplement place à l’émotion honnête et sincère de leur « héros ».
Dans le San Francisco des années 80, la plongée progressive dans l’univers de la rue est magnifiquement rendue. Le réalisateur prend le temps de fixer des petites tranches de réalité qui constituent au final une narration très cohérente entre intrigue principale et sensation de vécu avec les personnages. L’esthétique s’aligne dans ce sens, restant discrète, au service de l’histoire et devient en même temps l’incarnation d’un réalisme poétique urbain. Les acteurs sont magnifiés par une photo presque rugueuse, au grain large et chaleureux. Une musique très présente, comme souvent chez Muccino, enveloppe-le tout dans une sorte de bulle de cocon protecteur, transformant la rudesse de ces péripéties en conte moderne.
A la Recherche du bonheur est ce genre de film qui reste collé dans un coin de la tête ou dans ce cas précis du cœur plusieurs heures encore après que les lumières se soient rallumées. Ici, pas de chantage à l’émotion, ni de tire-larmes, juste un film avec un cœur.
Thomas LegalRetrouvez pages suivantes la galerie photos...