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A Swedish Love Story

La critique d'Excessif

4/5
swedish_love_story_cinefr L'HISTOIRE : En marge du monde des adultes prisonniers de leurs conventions et de leur mélancolie, Pär et Annica, avec l'ingénuité et la fraîcheur de leurs 15 ans, découvrent simplement l'envie et le bonheur d'aimer.
Agréable
A Swedish Love Story n’est pas le dernier mais le premier long métrage méconnu en France de Roy Andersson, architecte des situations insolites, où deux adolescents découvrent l’amour dans l’insouciance et la quiétude d’un monde que l’on murmure hostile. Témoignage d’une époque libre, où tout était encore possible. Aujourd’hui, découvrir ce film s’avère aussi agréable que de revoir les premières oeuvres Hollandaises de Paul Verhoeven.

Pär a 15 ans ; Annika, 13. Un simple regard, et ils tombent amoureux. Ils essayent de se comporter comme les adultes qu’ils deviendront un jour en croisant des doigts et pensent que le temps ne les détruira pas. Contrepoint féroce à cette idylle naissante: des adultes englués dans leur déprime existentielle et blessés par leurs désillusions passées. Premier long métrage de Roy Andersson (inédit en France), réalisé en 1969, A Swedish Love Story est une petite révélation pour nous, cinéphiles français, et plus précisément ceux qui ont commencé à s’intéresser à cet artiste depuis Chansons du deuxième étage. En Suède, ce fut un carton immédiat et national et c’est devenu un film culte pour les générations suivantes. Un tel succès qu’il a contribué en son temps à cataloguer Andersson comme spécialiste des amours adolescentes. Bien que classique, A Swedish Love Story reste pour lui une bonne expérience car il a pu exploiter sans contrainte les codes de la narration classique (comprendre suivre des personnages d’un bout à l’autre, respecter une dramaturgie précise). Et c’est là qu’on perçoit le caractère farouchement indépendant d’Andersson : au lieu de céder à la redite mercantile, influencé par les distributeurs de l’époque qui voulaient lui donner des sommes d’argent pour réaliser une suite, le réalisateur déjà barré voulait tirer un trait sur ce premier essai et passer à autre chose.


Ce n’est qu’avec son second long métrage, Giliap, en 75, laborieusement produit, qu’il a clairement commencé à s’affranchir des règles et s’aventurer avec un courage dans un registre moins conventionnel et plus surréaliste voire expérimental, plus proche de sa conception du cinéma (montrer à l’écran les événements les plus anodins, les moins importants et pourtant les plus essentiels). Conséquence : le public et la critique l’abandonnent. Cette déroute cinématographique a ruiné Andersson et l’a ostracisé du système. Pour réparer cette perte, il réalise des publicités comme des produits de commande sans les bâcler, en instillant toujours ce sens de l’humour qui le caractérise. Lorsqu’il économisait, il pouvait se permettre de réaliser des courts métrages (le marquant Quelque chose est arrivé, en 87, concentrant les thématiques de ses travaux actuels) et des longs (Chansons du deuxième étage, en 2000 et Nous les vivants, en 2007) qui ne ressemblent qu’à lui. Revenons à Swedish Love Story. Ce film, naïf et hédoniste, qui prend le pouls de Stockholm à la fin des années 60 peut surprendre ceux qui réduisent Roy Andersson à un maître de l’absurde. A l’époque, il n’y avait pas cette volonté de créer de décalage ni même une distance par rapport à ce qui était filmé et ce même si le réalisateur semble déjà soucieux de la forme en donnant une vraie importance à la manière dont les personnages évoluent dans un espace défini. Il n’aligne pas encore les tableaux anxieux, ne montre pas encore de mort collective et érige un amour adolescent comme symbole d’utopie et d’espoir. A l’époque, il n’était âgé que de 26 ans et n’avait pas encore envie de déclarer que l’humour est la politesse du désespoir. Au centre du récit : la naissance d’un premier amour avec ses conflits primesautiers. Le monde des adolescents, où tout est encore possible, est cependant opposé de manière binaire à un monde adulte décrit comme tourmenté et sombre et auquel le réalisateur comme les jeunes protagonistes de son histoire n’ont pas envie d’appartenir. Cette peinture libertaire est sans doute à l’origine de cet engouement Suédois.


Ceux qui ont vu Nous, les vivants ne s’étonneront pas tant que ça de cette faculté à décrire les aléas sentimentaux chez des adolescents en se souvenant de la trajectoire de cette pauvre fille courant après un fantasme (une rock star) et passait tout le film à le chercher. La résolution de cette quête était à la fois heureuse et malheureuse (un mariage imaginaire). Et cette capacité à faire rire des choses tristes ou à être morose tout en étant heureux est la définition même de la mélancolie. C’est la plus grande qualité des œuvres d’Andersson: il a beau être ironique, cruel parfois, il n’est jamais cynique ou sinistre. Et c’est également ce qui relie ce premier long métrage passionné avec ceux qui suivront. Sous le style frivole (quoique maîtrisé), percent les inquiétudes d’une jeunesse Suédoise secrètement désenchantée qui console l’ennui en clopant, en se bagarrant, en faisant des parties de flippers, en roulant en mobylette ou alors en tombant amoureux sans prendre la vie au sérieux. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Et ces ados sont sans doute devenus les tristes conformistes que le fougueux Andersson s’amuse à décrire aujourd’hui. Dévoilée près de quarante ans après sa sortie, cette chronique sentimentale respire l’insouciance et se révèle extrêmement rafraîchissante. Surtout elle propulse tout le monde (peu importe finalement les générations ou les frontières) dans la même nostalgie languide. Si on devait le comparer à une boisson, A Swedish Love Story ressemblerait à une grenadine à l’eau pas diluée.

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