Marie a été adoptée et emmenée aux Etats-Unis alors qu’elle n’était qu’un bébé. Pleine de doutes, elle retourne dans sa Russie natale pour reconnaître le corps de sa mère, retrouvée morte dans des circonstances étranges. Sa seule piste ? Une ferme abandonnée dans les montagnes qui appartenait à ses parents…La bande-annonce était donc trompeuse:
The Abandoned n’a rien d’un produit formaté qui se contente de réciter ses petits classiques fantastiques. C’est plus et mieux que ça: un trip expérimental construit comme un authentique cauchemar (narration déglinguée, visions effrayantes, illogisme du canevas), taillé à même les ténèbres, qui confirme le talent de Nacho Cerda, formaliste très doué.
ABANDONNEE (THE ABANDONED)
Un film de Nacho Cerdà
Avec Jordanka Angelova, Kalin Arsov, Paraskeva Djukelova, Valentin Ganev, Valentin Goshev, Anastasia Hille, Anna Panayotova, Carlos Reig-Plaza, Karel Roden, Svetlana Smoleva
Durée : 1h34
Sortie : 30 mai 2007
Contrairement aux films d’horreur du tout-venant,
The Abandoned, premier long métrage réalisé par Nacho Cerda, court-métragiste de renom, et co-écrit par Karim Hussain, Richard Stanley et Nacho Cerda lui-même, s’inscrit dans une zone fantastique à haut risque qui privilégie l’effet durable post-visionnage à la satisfaction immédiate. Ce n’est pas évident. La décharge est tellement intense qu’il faut prendre du recul par rapport à ce que l’on vient de voir, mais une chose est sûre: plus on y repense, plus
The Abandoned prend de la valeur. Il se présente comme l’illustration d’un cauchemar au sens le plus littéral, simple comme un rêve capricieux et désarticulé, dont la construction narrative sinueuse navigue entre des scènes répétées de manière obsessionnelle et des heurts temporels qui brouillent toute bienséance chronologique. On est totalement perdu et on en redemande.
Les deux personnages principaux (une femme et un homme qui se révèlent être des jumeaux marqués par l’existence – ce qui explique le fait qu’ils ne se ressemblent pas) sont coincés dans une maison singulièrement familière qui pourrait bien être celle de
L’au-delà de Lucio Fulci et tentent comme ils peuvent de se libérer d’un labyrinthe où les démons du passé cherche méchamment des noises aux enfants du présent. L’atmosphère est anxiogène et stressante à souhait: dans un premier temps, Nacho Cerda, loin des obsessions de
Genesis et
Aftermath – ce qui peut décevoir –, revisite de manière classique quelques peurs primales comme la forêt, le noir, la maison hantée et les conjugue à des éléments plus abstraits comme les doubles, les couloirs sombres aux issues improbables et surtout une malédiction familiale qui pèse comme un fardeau pour mitonner un ensemble expérimental et étrange qui de loin peut ressembler à un mélange baroque de Lynch et de Balaguero. En réalité, l’ensemble est plutôt unique.
Les précédents courts-métrages du cinéaste ont prouvé qu’il était en avance sur son temps. Dans
The Abandoned, il propose une forme de cinéma qui s’affranchit de toute forme usuelle de récit pour sonder un climat de peur parfaitement communicatif. Nacho Cerda alterne les séquences de terreur sourde et d’autres qui misent sur une violence plus graphique et éprouvante (la scène du nouveau né parmi les sangliers risque de faire parler d’elle). Dans les deux registres, le film provoque une angoisse viscérale qui pousse tellement loin le goût de l’expérimentation qu’il ne doit pas s’étonner s’il ne génère pas l’unanimité. En filigrane, il se dégage de cette histoire de manipulation où le bien et le mal s’opposent de manière quasi-inédite une véritable réflexion sur la maternité et dissèque la cruauté des rapports familiaux trahissant l’apport de Karim Hussain au scénario.

La provocation de ce film qui ne cherche pas à plaire vient moins de ses outrances visuelles que de sa capacité impressionnante à ne prendre que des trajectoires alambiquées. La forme s’exprime par intermittences au détriment du contenu, et si Cerda laisse trop souvent planer le doute (la première incursion dans la maison est si tendue qu’elle en devient fastidieuse),
The abandoned, objet de cinéma totalement fascinant, possède d’authentiques qualités de pur cinéma et témoigne d’un travail époustouflant sur le son et l’image, ne serait-ce que dans un pré-générique saisissant où des cris de nouveaux nés se joignent au bruit d’un avion au décollage. Pour mieux agresser ou rebuter. Afin de bénéficier de ces conditions optimales, il est impératif de découvrir
The Abandoned dans une salle de cinéma.