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Aeon Flux

La critique d'Excessif

3/5
aeon_flux_z2 L'HISTOIRE : Au 25 siècle, un virus mortel a ravagé la majeure partie de la population mondiale, ne laissant que quelques survivants qui se sont établis dans une ville fortifiée du nom de Bregna. Cette ville est dirigée par un conseil de scientifiques commandé par la famille Goodchild. Mais un groupe de rebelles, les Monican, n'approuve pas la suprématie des Goodchild et décide d'envoyer la redoutable Aeon Flux assassiner leur chef.
Adapté de la série télévisée Aeon Flux, elle-même tirée d'une suite de courts métrages du dessinateur/réalisateur sud-coréen Peter Chung, ce second long métrage de Karyn Kusama, réalisatrice de l'excellent Girlfight, est précédé d'une réputation catastrophique issue des foudres de la presse américaine doublées d'un bide commercial monumental. Pourtant, cette version des aventures de la sulfureuse Aeon ne méritait certainement pas une telle exécution. Et si le film prend quelques libertés avec l'œuvre de Peter Chung, il s'avère finalement être un divertissement honnête et visuellement intéressant.

AEON FLUX
De Karyn Kusama
Avec Charlize Theron, Marton Csokas, Frances McDormand, Johnny Lee Miller, Sophie Okonedo
Durée : 1h33
Sortie le 8 février 2006

Au 25 siècle, un virus mortel a ravagé la majeure partie de la population mondiale, ne laissant que quelques survivants qui se sont établis dans une ville fortifiée du nom de Bregna. Cette ville est dirigée par un conseil de scientifiques commandé par la famille Goodchild. Mais un groupe de rebelles, les Monican, n'approuve pas la suprématie des Goodchild et décide d'envoyer la redoutable Aeon Flux assassiner leur chef.


Le problème lorsque l'on se frotte à une série telle que Aeon Flux est que l'on peut difficilement mobiliser les moyens de gros studios tout en restant fidèle à l'esprit d'origine. Surtout lorsque l'on s'attaque à l'œuvre d'un artiste tel que le Peter Chung, dont l'univers est loin d'être accessible à tous. Pour faire un rappel des faits, cette série unique en son genre mettait en scène des personnages insolites dans un monde chaotique où la SF côtoyait le SM. L'action se déroulait dans une ville coupée en deux par une frontière séparant les Bréens et les Monican. Parmi les personnages étranges qui évoluaient dans ce décor, Aeon Flux, femme d'action redoutable et pleine d'humour, exerçait une activité d'agent secret indépendant pour les Monican. Toute de cuir vêtue – si l'on peut dire car sa tenue se réduit souvent au strict minimum – Aeon Flux grimpait en string sur les bâtiments telle une araignée, sabotant et tuant avec une décontraction qui n'avait d'égal que son penchant pour le sexe. Face à elle, Trevor Goodchild, dirigeant tordu des Bréens, tyrannisait une population réduite à l'état de débiles mentaux et entretenait avec l'héroïne une relation trouble. Aeon et Trevor étaient à la fois ennemis et amants.


Sachant que la télévision américaine avait déjà censuré certains passages de la série, sans doute pour ses connotations sexuelles subversives et sa violence gratuite, on imagine aisément que la réalisatrice Karyn Kusama a dû composer avec les contraintes imposées par les studios, c'est-à-dire rendre accessible Aeon Flux au plus grand nombre. C'est à se demander pourquoi cette œuvre a été adaptée. Comme on s'y attendait, la Aeon (Charlize Theron) du film ne ressemble plus vraiment à la véritable Aeon, il ne lui reste que la façon de bouger et la connotation SM de ses tenues, bien que celles-ci soient édulcorées. Mais le pire reste à venir : le déjanté et hilarant Trevor Goodchild s'est transformé en dirigeant romantique et plein de bonne volonté. Sincèrement préoccupé du bien-être de son peuple – ce qui ne va pas totalement à l'encontre de son personnage –, Trevor Goodchild (Marton Csokas) conserve cependant sa mégalomanie et son obsession des expériences en laboratoire. Pour finir, les Bréens et les Monican ne sont plus séparés par un mur mais mêlés les uns aux autres. Toute la ville est à présent gouvernée par un conseil dirigé par les Goodchild, les Monican devenant une organisation souterraine résistante dont Aeon fait partie.

Pour résumer, le film trahit en beauté l'œuvre d'origine dès le discours introductif et il est fort à parier que nombre de fans en seront déçus voire révoltés. Si l'on ne pourra que comprendre la réaction des puristes, qu'en est-il de Aeon Flux de Karyn Kusama en tant qu'œuvre à part entière, détachée de son contexte ?


La réponse est que le film mérite amplement qu'on lui laisse sa chance, du moins ne mérite-t-il pas le torrent d'attaques qu'il a subi de la part de la presse américaine, non dénuée de partis pris dès lors que la venue d'une super-héroïne menace la suprématie des Batman, Spider-man et consort – il va pourtant falloir s'y habituer car la tendance au rééquilibrage des forces se confirme.


Si l'on adopte une approche naïve, ce qui sera le cas des novices, alors ce Aeon Flux possède des qualités non négligeables. Outre le design original et dépouillé de ses décors, le principal atout du film réside certainement dans le sens indéniable de la mise en scène de Karyn Kusama. Cette dernière nous délivre en effet des scènes d'action planantes, parfois brutales, qui dénotent d'une bonne maîtrise de l'espace et du mouvement. Ajoutons que contre toute attente, Aeon Flux se paie le luxe d'un scénario honorable. Attention, scénario honorable ne veut pas dire scénario mémorable, ne serait-ce que parce qu'il rappellera inévitablement d'autres oeuvres. Aeon Flux pourrait ainsi être vu comme un croisement entre Underworld (Len Wiseman) et Equilibrium (Kurt Wimmer) – sans toutefois égaler ces deux derniers. La construction narrative est extrêmement similaire à celle de Underworld, qu'il s'agisse des différentes étapes de résolution des enjeux globaux ou de l'évolution de la romance. Si l'histoire pourra sembler simpliste dans la première demi-heure, le scénario réserve cependant des surprises et se bonifie à mesure que les vraies problématiques, loin d'être stupides, se dévoilent. Bien sûr, contrairement à la série, ce Aeon Flux ne révolutionnera pas le film d'anticipation. Les thématiques telles que la surveillance de la population, l'uniformisation des masses ou le clonage, sembleront familières aux amateurs du genre, qui n'y verront qu'un film de plus traitant de ces sujets connus. C'est davantage du côté des idées visuelles qu'il faudra chercher du nouveau, comme le visionnage des conversations enregistrées, ou même quelques bizarreries organiques clairement dans la lignée de l'univers de Peter Chung. Le film est certes une adaptation libre mais on reconnaîtra avec plaisir des scènes directement adaptées de passages de la série, comme cette incursion rocambolesque de Aeon et Sithandra (Sophie Okonedo) dans le complexe où se cache Goodchild.


Comme dans Underworld, l'héroïne est taciturne et désabusée, comme si le concept de la super-héroïne au cinéma était encore hésitant et qu'il fallait qu'elle corresponde à un profil défini. Encore une fois, nous sommes loin de la révolution provoquée par la Catwoman de Tim Burton dans Batman Le Défi. Si Charlize Theron endosse avec assurance le costume d'Aeon, on aurait aimé que son personnage lui lègue aussi son humour si particulier, mais peut-être était-ce trop demander. S'il y a un aspect que Charlize Theron reproduit très bien, c'est la manière de bouger d'Aeon, avec ses postures et sa manière de grimper aux bâtiments si caractéristiques. Très inspirée par son héroïne, Karyn Kusama la met extraordinairement bien en valeur en exploitant la grâce naturelle de son actrice principale. Même dans les scènes où elle apparaît plus dénudée, le regard porté sur Aeon n'a rien du regard racoleur souvent porté sur les héroïnes sexy : la Aeon de Karyn Kusama incite à l'identification du public féminin, tandis que son partenaire est au contraire vu à travers ses yeux. La présence du premier rôle masculin se justifie d'ailleurs surtout par sa fonction d'humanisation du personnage féminin. Et il serait déplacé de s'en offusquer car c'est après tout le lot de nombre de personnages féminins dans le cinéma d'action, il suffit de voir la franchise des Batman (à l'exception de Batman Le Défi) pour s'en convaincre. On peut même le dire : ça fait du bien ! Interprété par Marton Csokas (le Celeborn du Seigneur des Anneaux), ce Trevor Goodchild s'avère donc légèrement en retrait, mais il n'en possède pas moins une mission à accomplir dans cette histoire – il se rend donc utile, finalement.


Le plus drôle est que malgré les libertés prises par cette adaptation, la philosophie qu'elle prône est au bout du compte assez proche de celle de la série : accepter la condition humaine telle qu'elle est. L'œuvre de Karyn Kusama ne trahit donc pas celle Peter Chung sur toute la ligne ! L'honneur étant sauf, on peut ainsi envisager ce film comme une variation destinée à un large public des aventures de Aeon. Certains ne pardonneront pas les trop grandes différences avec l'œuvre de Peter Chung et détesteront ce Aeon Flux. D'autres adopteront une attitude plus "bon public" et l'accepteront comme un bon divertissement voire affirmeront qu'un clonage de l'original aurait été inutile. Quoiqu'il en soit, ce long métrage confirme que Karyn Kusama risque de compter dans la nouvelle génération des réalisateurs de films d'action.

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