L'HISTOIRE : Un divertissement intelligent et rafraîchissant
"Mon but est toujours le même : raconter le pays dans lequel je vis en me servant de l'humour comme d'une arme. Dire des choses graves de façon légère est une façon de les véhiculer."
Telles sont les paroles tenues par le réalisateur Etienne Chatiliez à propos de son nouveau film, Agathe Cléry. Au vu de ses précédents longs métrages, Tanguy et La Confiance Règne, nous pourrions presque lui faire le reproche, justement, de nous resservir constamment le même plat, aussi goûteux soit-il. Amateur de pitchs sensationnels, le cinéaste continue donc sur sa lancée prolifique, mais cette fois-ci un cran au-dessus, en nous racontant les aventures d'une brillante directrice de marketing pour une ligne de cosmétiques spéciale "peaux claires". Raciste, elle se découvre un jour atteinte de la maladie d'Addison qui va la faire progressivement noircir. Sa vie bascule alors, en se retrouvant dans la peau de ceux qu'elle a toujours méprisé, face à une société encore beaucoup trop intolérante...

Etienne Chatiliez fait son grand retour ! Après avoir réalisé des oeuvres aussi cultes que Tatie Danielle ou bien encore Le Bonheur est dans le Pré, il n'est pas facile pour un metteur en scène quel qu'il soit de réitérer de tels exploits. Quinze ans auront donc été nécessaires au cinéaste, s'inspirant ici, aux côtés de Laurent Chouchan, d'un fait réel (la maladie d'Addison existe vraiment) mais aussi, et très certainement, du film signé Gérard Oury, Les Aventures de Rabbi Jacob. Souvenez-vous de cette séquence, où Louis de Funès, bloqué dans un embouteillage, sort de sa voiture et assiste, impassible et dégoûté, à un mariage entre un homme blanc et une femme noire. Le véhicule du jeune couple démarre ensuite et le visage de De Funès se recouvre d'une crasse sombre, brusquement issue du pot d'échappement. Le teint «bronzé», les invités le prennent alors pour le père de la mariée. D'un simple gag, Chatiliez réussit à faire un film de deux heures, tour à tour drôle, tendre, et émouvant, le tout sans aucune longueur. Le réalisateur surprend même par sa mise en scène, beaucoup plus enlevée qu'autrefois. Ayant choisi de traiter le sujet sur fond de comédie musicale, sa caméra se laisse emporter avec grâce par le rythme des chansons souvent amusantes et la folie de leurs incroyables chorégraphies.

Ainsi, près de 400 danseurs s'émoustillent sous nos yeux ébahis, parmi lesquels nous retrouvons même certains des comédiens principaux, tels que Valérie Lemercier, hallucinante dans son imitation de Michael Jackson, ou bien Anthony Kavanagh en danseur de claquettes. Si le réalisateur s'attaque ici à un genre difficile, il en contourne les références afin de pouvoir imposer son propre style. Souvent filmée en studio dans un monde irréel, la comédie musicale connait donc avec Chatiliez un certain renouveau, déstabilisant au premier abord, puis finalement terriblement séduisant. Tourné au milieu de décors naturels, avec des hommes et des femmes de tous âges, de toutes origines, aussi bien sociales que géographiques, son film gagne ainsi en fantaisie et évoque un sujet grave avec une étonnante légèreté, à l'image d'une toute autre comédie musicale française également très réussie, Jeanne et le Garçon Formidable. En ce sens, Agathe Cléry se révèle être un pur moment de bonheur à la fois visuel et sonore.
Certains risquent cependant de reprocher au film la facilité de son thème (le racisme) et son traitement parfois « cucul la praline », notamment lorsqu'il est question d'Amour. Mais les auteurs s'en amusent, l'assument, et maintiennent leur parti pris de bout en bout. Construit avec précision, le scénario possède un rythme et une efficacité des plus solides, porté par des situations hilarantes (la discothèque) et des répliques cultes ( « Avant l'Eure, c'est pas l'Eure... »).

Par ailleurs, Chatiliez fait une fois encore appel à des comédiens talentueux et nous offre ainsi l'un de ses castings les plus formidables, définitivement haut-de-gamme. En tête, Valérie Lemercier y trouve son deuxième meilleur rôle au cinéma après Béatrice de Montmirail (Les Visiteurs, de Jean-Marie Poiré), et propose une composition située entre Tatie Danielle et Victor Pivert particulièrement jouissive. Elle chante, elle danse, elle pleure, elle rit... En somme, elle incarne la Vie en un seul personnage. Une grande performance. A ses côtés, Anthony Kavanagh crée la surprise et se révèle, pour ses « vrais » débuts dans le monde du Septième Art, plutôt convaincant. Nous attendons la suite avec impatience. Enfin, Chatiliez se paye le luxe de quelques « guests » surprenantes. Par exemple, Dominique Lavanant, absente sur nos écrans depuis Les Bronzés 3, amis pour la vie. Elle forme avec Jacques Boudet un couple truculent qui fera certainement date dans l'Histoire. Nous citerons également, dans des rôles certes secondaires mais incontournables, Artus de Penguern, Isabelle Nanty, Bernard Alane (Hibernatus, c'était lui !) et l'infatigable Jean Rochefort, fidèle à lui-même. Le réalisateur ne pouvait rêver mieux pour déclarer son Amour au Cinéma.

Film événement en cette fin d'année 2008, Agathe Cléry apparaît comme un divertissement intelligent et rafraîchissant. Etienne Chatiliez poursuit sa critique envers notre société avec humour et émotion, en retrouvant le talent qui fit la force de ses premières oeuvres dans les années 90.
Vivement le prochain !
D'apparence calme et détendue, le cinéaste Etienne Chatiliez semble au premier abord d'une incroyable gentillesse. Par ailleurs, les titres de ses différents longs métrages accentuent ce côté « ...