Rarement un film comme
Alexandre d'Oliver Stone aura autant divisé la rédaction. Entre opinions mitigées (Laurent Tity, Elodie & Caroline Leroy), parti pris positif (Kevin Prin) et haine totale (Romain Le Vern, Olivier Burgain). Devant tant d'avis divergeants, le plus simple était de donner la parole à tous.
ALEXANDRE
Un film d'Oliver Stone
Avec Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer, Jared Leto, Anthony Hopkins, Christopher Plummer
Sortie : 05 Janvier 2005Alexandre narre la vie du plus grand conquérant du tous les temps, étendant son empire des terres macédoniennes aux mondes presque inexplorés à l'époque de l'orient.
Colin Farrell dans ALEXANDRE
La violence des réactions provoquées par la vision d'Alexandre prouve en tout cas une chose : Oliver Stone fait toujours autant réagir. Mais cette fois-ci il surprend, même ses plus grands fans. Laissant sa personnalité de clippeur agaçant certains sur ses derniers films (Tueurs Nés, L'Enfer du Dimanche, ...), Stone adopte ici une réalisation bien plus classique au service d'une biographie sur le conquérant qui bouleversa le plus la face géopolitique et culturelle de la planète. Faisant fi de quelques anecdotes pourtant savoureuses de sa vie (Diogène, ...), Stone se concentre sur le conquérant en lui-même, confrontant son oeuvre et sa personnalité. Le film se résume ainsi presque au voyage qu'Alexandre entreprit dans des territoires inexplorés, à savoir jusqu'aux Indes, entraînant ses troupes de plus en plus décimées et démotivées dans un périple de huit longues années. Loin de se limiter à un simple film de guerre et conquêtes, cet
Alexandre met parfaitement en valeur un des aspects primordiaux de celles-ci : la révolution culturelle qu'elles engendrèrent. Alexandre le Grand avait pour souhait d'unifier les pays et de leur apporter une éducation que seule la civilisation grecque, alors à son apogée, pouvait offrir au monde.
Colin Farrell dans ALEXANDREMais à cette volonté d'évolution vient se confronter la personnalité pour le moins complexe d'Alexandre. Sa bisexualité et celle de ses généraux est ainsi explicite, les femmes étant en ces temps considérées comme des êtres inférieurs utiles seulement à procréer, non sans avoir leur importance dans le film, et surtout abordée sans tabou et sans tomber dans la caricature. Mais la décadence de ce personnage ne provient pas (que) de cet aspect : son jusqu'au-boutisme exacerbé, sa folie des grandeurs, et sa transformation de bienfaiteur à tyran sont rendus avec une impressionnante finesse. Mais cette finesse se heurte à la narration, très particulière et qui risque d'en rebuter plus d'un. Ni pop-corn movie facile à comprendre, ni biographie linéaire et structurée, Alexandre suit un scénario complètement déstructuré, changeant sans prévenir de narrateur et d'époque, et causant des cassures pour le moins brutales. Si chaque scène conserve une richesse propre, la globalité laisse au départ dubitatif... Néanmoins avec du recul la remise en question de la forme de ces 2h50 se transforme en compréhension. Cette narration se justifie, certains bonds dans le temps permettant de mieux mettre en exergue le peu d'évènements qu'il suffit à Alexandre pour basculer d'une personnalité à une autre, en l'occurrence celle de jeune prince vivant à la cour à celle de conquérant assoiffé.
Reste l'esthétique globale du film. Joliment filmé dans les scènes traditionnelles, un certain brouillon semble se dégager des combats, trouvant son apogée dans un délire graphique de couleurs sursaturées dans les scènes finales. Mais là encore Stone use d'outils certes au départ déconcertants, mais mettant en exergue une violence des combats inouie, mention spéciale faite à celui contre une troupe d'éléphants dont le gigantisme se sent alors qu'ils ne sont pas encore à l'écran (le son est incroyable) et devient terrifiant dès qu'ils apparaissent, bien plus que des oliphants dans
Les Deux Tours par exemple.
ALEXANDREAlexandre n'est pas un film formellement facile à accepter, certains partis pris graphiques, la musique de Vangelis – parfois excellente, parfois manquant un peu de souffle-, et la narration pouvant choquer. Loin du film furieux et hystérique suggéré par la bande-annonce, moins polémique que prévu, il s'impose tout de même comme un portrait passionnant d'un homme qui ne l'était pas moins.
Note : 8/10
Alexandre est un très mauvais film. Et ça fait extrêmement mal d’écrire ça au sujet d’un Oliver Stone, cinéaste émérite qui avait jusqu’ici un parcours sans faute. Même lorsque ses oeuvres divisent furieusement, elles ont toujours le mérite de susciter la polémique et de secouer brillamment nos préjugés de spectateurs bornés. Alors que
L’Enfer du dimanche, chef-d’œuvre explosif sur le milieu du football américain qui avec une bande-son ravageuse, un montage terrible, des métaphores foisonnantes et des acteurs transcendés, nous avait laissés sur les rotules,
Alexandre fait en comparaison pâle figure. C’est non seulement une cruelle déception mais surtout le plus mauvais film de son auteur.
Angelina Jolie, Val Kilmer et Colin Farrell dans ALEXANDREA priori, trois longues heures sur trente ans de vie d’Alexandre Le Grand à la sauce hystérique d’Oliver Stone auraient dû donner un ensemble hallucinant qui laisse K.O. Hélas, toutes les audaces promises sur un sujet sulfureux sont annihilées par une propension à policer une fresque historique qui ne demandait qu’à être épique et subversive. Et question subversion, on préfère se remémorer l’excellent
Titus (de Julie Taymor) qui poussait le bouchon provocateur bien plus loin.
Jared Leto dans ALEXANDRED’ordinaire, on sort troublé, fasciné, terrassé d’un film de Stone. En colère, parfois (
Tueurs nés) mais toujours content d’être dérangé. Sur ses longues bobines, le cinéaste réussit le fâcheux exploit de ne distiller aucun trouble sur une durée conséquente. Malgré les efforts de l’interprétation (dont se distinguent paradoxalement un Val Kilmer méconnaissable, une Angelina Jolie pas vieillie et un Jared Leto en Jennifer Connelly) et en dépit du soin apporté aux costumes et décors, on reste extrêmement perplexe face à cet ensemble boursouflé qui s’abîme dans de tannantes répétitions et accumule des maladresses formelles et narratives qui confinent régulièrement à l’exaspération. Frustrant et déceptif,
Alexandre est une sorte de salmigondis indigeste qui n’offre que deux scènes de combats spectaculaires (dont une séquence incroyable avec des éléphants), trois passages de touche-pipi et des dialogues pesamment logorrhéiques. Bon sang mais où est passé le réalisateur de
Platoon ?
Note : 1/10
Alexandre le Grand, le conquérant par excellence, celui qui étendit la civilisation grecque plus à l’Est qu’aucun n’avait jamais rêvé. Un tel homme, une telle figure de l’Histoire méritait bien un réalisateur à la hauteur du mythe, en la personne ici d'Oliver Stone. Dès lors, l’espérance d’un
Platoon version quatrième siècle avant Jésus Christ pointait, comme une utopie délicieusement jouissive. Mais
Alexandre n’atteint jamais les sommets dramaturgiques, ni même narratifs du chef d’œuvre d’Oliver Stone. Le réalisateur prend ici le parti de nous conter, au propre comme au figuré, la destinée d’Alexandre par le biais de Ptolémée (Anthony Hopkins). Personnage narrateur qui se meut la plupart du temps en voix off, ce qui donne au film un coté didactique, limite cours d’histoire, du plus mauvais effet. Sans parler de la redondance de la chose, lorsque ladite voix off nous décrit des situations que l’on voit déjà à l’écran. Une fois la présentation historique et géopolitique effectuée, Oliver Stone aurait peut être pu lâcher la main du spectateur, et lui permettre de suivre uniquement par le scénario et l’image. D’autant que l’un des points forts du film réside dans la splendeur de certains plans, surtout ceux de la bataille de Gaugamèle où on suit les combats par le regard d’un aigle en plein vol, occasionnant un travelling aérien vertigineux.
Colin Farrell dans ALEXANDREBien sûr, la beauté des images ne suffit pas à accoucher d’un grand film, surtout quand celui ci dure trois heures. Trois longues heures où le réalisateur s’épuise à tenter de traiter l’homosexualité, très présente et complètement assumée à cette époque, et les rapports complexes qu’entretint Alexandre avec sa mère (Angelina Jolie) et son père (Val Kilmer). A l’arrivée, l’homosexualité est en effet exposée, de manière relativement lisse mais assez explicite, cependant était il vraiment nécessaire de s’attarder autant sur un problème qui n’en était justement pas un à l’époque ? Quant à la relation d’Alexandre avec ses parents, elle a pour principal avantage celui de fouiller un peu plus les personnages interprétés par Angelina Jolie et Val Kilmer. Justement, la prestation des acteurs apparaît comme la principale satisfaction du film. Angelina Jolie est surprenante, Val Kilmer plus charismatique que jamais en roi borgne. Colin Farrell s’en sort remarquablement, transmettant parfaitement les deux facettes d’Alexandre, tantôt fort, beau, divin, tantôt faible, orgueilleux, humain.
Val Kilmer et Colin Farrell dans ALEXANDRE Alexandre, pris comme une œuvre équivalente à
Troie ou
Gladiator, se laisse regarder, quoiqu’un peu long.
Alexandre, pris comme un film d’Oliver Stone, suscite une déception légitime.
Note : 6 / 10
"Piteux, tu viens piteusement à un piteux de la part d’un piteux". Cette phrase d’Alexandre à Diogène (curieusement absent du film) résume parfaitement le nouveau et dernier film d’Oliver Stone. Voulant retracer la biographie du
hérault de Macédoine, Stone ne s’intéresse pas véritablement aux événements constituants celui qui eut la volonté d’unir les royaumes à un seul homme tel le soleil à la planète (dixit punchline). Adieu donc l’histoire du nœud gordien, à sa relation avec Diogène et au trésor qu’il cacha sous un croissant de lune. Ici il ne reste qu’un relationnel ambigu avec sa génitrice, une fascination (simpliste) pour son père, et des aventures amoureuses troubles (disons le tout de go, Alexandre est bi-sexuel). Le film ne tient aucune de ses promesses, aucune épopée héroïque, aucun moment de pure bravoure (puisque celles-la sont ridicules, voir le combat d’Alexandre sur son fidèle destrier torpédo face à Babar) et pire encore, pas de réflexions philosophiques (thème cher au conquérant). Stone se contente juste d’esquisser un portrait d’un homme peu ordinaire. Tout d’abord la ligne narrative est confuse et ce faute d’une mise en abîme stupide du flash back.
Colin Farrell dans ALEXANDRELe film aurait gagné à être complètement déstructuré plutôt que d'effectuer des bonds dans le temps et l’espace. L’agencement est tel que la sensation : Grèce = Macedoine = Alexandrie = Indes = Pontault Combault laisse paraître un "jemenfoutisme" des décors cartons pâtes et du choix dans les dates. L’intrigue en pâti drôlement, ce qui de la part d’un scénariste comme Oliver Stone s'avère inadmissible. Pour ceux qui espèrent voir un film à caractère épique (selon paf patatra pardon – comprendra qui pourra) et des scène de guerre, passez votre chemin puisque celles-ci sont dans la mouvance des films comme Braveheart et du Seigneur des anneaux (qui s’inspire du premier). Ainsi donc amis lecteurs atteints de la maladie de Parkinson, votre salut est à Hollywood comme cadreur. La musique est digne des meilleurs scores d’un André Rieux sous acide, dormant sur un clavier Bontempi et tournant la tête toutes les quinze secondes, soit en un mot comme en cent un medley du meilleur du pire de Vangelis. Et pour finir un casting si hétéroclite qu’il conjugue des acteurs aussi peu concernés que d’autres purement habités.
Colin Farrell dans ALEXANDRE Récapitulatif :
Kevin Prin : 8/10
Romain Le Vern : 1/10
Laurent Tity : 6/10
Olivier Burgain : 1/10