L'HISTOIRE : Grace, photographe de guerre anéantie après un violent incident en Irak, décide de renoncer à son métier. Max, son mari belge, chirurgien spécialiste de la cataracte travaille dans une clinique des yeux dans les Andes au Pérou. Non loin de là, les villageois de Turubamba succombent à des maladies causées par des écoulements de mercure provenant de la mine locale. La jeune Saturnina perd son fiancé dans la contamination. Ignorant la véritable cause de l‟épidémie, les villageois tournent leur colère contre les médecins étrangers, et, à l‟occasion d‟une rixe, Max est tué. Grace entreprend alors un pélerinage jusqu‟à l‟endroit de sa mort. De son côté, Saturnina prend des mesures drastiques pour protester contre les violences sans fin subies par son peuple et sa terre. Les destinées de Grace et Saturnina vont alors fusionner. Altiplano est un film lyrique et profond sur notre monde, un monde divisé mais pourtant inextricablement uni.
Altiplano écrase, ennuie et exaspère du haut de sa permanente envie d’impressionner
La réunion cannoise est cosmopolite depuis l’origine et ses sélections, même parallèles, le lui rendent bien. Preuve en est la présence à la Semaine Internationale de la Critique d’Altiplano, un inattendu film péruvien. Comptant en son sein Olivier Gourmet, ce métrage réalisé à quatre mains méritait donc amplement que l’on s’y arrête. Hélas, la curiosité étant souvent plus qu’un défaut, la projection s’est contentée d’être la regrettable démonstration d’une profonde déception.
Chronique d’un égarement au sommet des terres andines
Signé par Peter Brosens et Jessica Woodworth, Altiplano nous convie à découvrir le calvaire de deux femmes qui perdent leurs compagnons à l’orée d’une vie qui aurait dû être bien différente. Or, le destin se chargeant de les mettre à l’épreuve, c’est brisées et désespérées qu’elles vont se « croiser » sur les terres mêmes où le mari de Grace a été assassiné. Stigmatisant l’infortune des andins et l’exploitation sans conscience que l’on fait de leurs terres, ce métrage collectif pourrait revendiquer une certaine approche de la critique sociale entre politique et religion. Mais surtout, s’appuie-t-il sur l’Amour perdu des femmes qui l’animent. Dès lors, à première vue, on serait tenté d’adhérer…
Hélas, entre un propos, son ampleur et son traitement à l’écran, il existe toujours un écart et pour Altiplano, il n’est pas important, il est colossal. En effet, s’appuyant sur une approche du récit très décevante puisque lourde et sans vie, Altiplano repose sur un enchaînement discontinu de scènes improbables, de dialogues quasi-absents et d’une construction erratique qui empêchent à son spectateur d’adhérer. Ainsi, esthétisant au possible par les scènes symbolistes dont il orne presque chaque séquence, ce film se veut ambitieux, là où il finit par n’être que grandiloquent. Au point que l’on se demande si son visionnage en définitive n’est pas destiné au musée plutôt qu’au cinéma…
Un ennui et une lassitude insensés au regard d’un tel talent
Au regard de l’expérience qu’il propose, Altiplano semble manifestement se contenter de croire qu’entremêler des séquences lourdement mystiques et fantasmagoriques, suffit à faire un film et à oublier les exigences d’un récit et les enjeux d’une narration. Cependant, l’esprit ne vient pas au film par enchantement et c’est malheureusement ce qui manque à ce film andin. Car n’est pas Jodorowski qui veut. En effet, à défaut de véritablement conter une histoire sensée, du moins modeste et cohérente, Altiplano passe le temps de sa projection à simplement enfiler de superbes séquences à la photographie impeccable et à l‘originalité évidente, le tout sur une trame insignifiante et une musique exécrable. Manifestement, les leçons minimales d’Albert Serra n’ont pas été retenues…
De fait, malgré la vanité de sa beauté plastique et opératique, Altiplano écrase, ennuie et exaspère du haut de sa permanente envie d’impressionner. Et de nier simplement celui pour qui il est fait, à savoir son spectateur… C’est d’ailleurs d’autant plus regrettable parce que ses auteurs ont du talent pour la photographie et certaines audaces de mise en scène. On se dispensera donc de ce prototype même de film de festival à tendance arty, métrage dont la visuelle suffisance et la froideur de l’accueil cannois, amèneront – espérons-le- ses auteurs à évoluer davantage.