L'HISTOIRE : Mouna, divorcée et mère d'un adolescent, est une femme palestinienne enthousiaste et optimiste. Au coeur des territoires occupés, le quotidien est pourtant éprouvant et l'horizon morose.Il est rare que de tels films parviennent à un si juste équilibre entre humour et conscience
Quand Hiam Abbas apparaît à l’écran, il se passe toujours quelque chose. Or, Amerrika fait plus que de s’appuyer sur sa formidable comédienne et offre à la Quinzaine des Réalisateurs l’une de ses belles émotions.
Partir, quitter sa terre et affronter l’ignorance d’autrui
Sous des dehors politiques, Amerrika bifurque bien vite, n’allant plus vers le film de dénonciation pour lui préférer les recettes de la comédie dramatique. Ainsi, le long-métrage que signe Cherien Dabis nous convie à suivre le récit d’un exil censément prometteur. Les apparences étant hélas trompeuses, le voyage et l’installation tournent pourtant bien vite au fiasco. Mouna a perdu l’argent patiemment économisé pour s’installer, Fahdi peine à se faire accepter et surtout les Etats-Unis ne sont pas la patrie que tous avaient escompté. En effet, bien vite le racisme ordinaire et l’ignorance crasse de l’Américain moyen confinent leur présence à celle d’intrus et de profiteur. Et le contexte irakien n’aide alors en rien.
De fait, sibyllin quant aux difficultés à s’intégrer dans une société étrangère et plus sûrement dans le creuset américain, Amerrika se veut politiquement conscient des enjeux qu’il développe. De même qu’il l’était lorsqu’il présentait frontalement l’horreur des check-points israéliens et l’impossibilité de vivre sereinement dans un pays qui n’a pas les clefs de son destin. Mais là où l’exercice est réussi, c’est quand l’aridité et la subtilité de tels sujets ne sont pas démontrées pour être seulement subtilement évoquées au travers d’une comédie qui prend très rapidement son envol.
American way of dislike
En effet, porté par une image informative au rendu naturaliste, Amerrika s’appuie pour développer la complexité et l’humanité de ses situations sur plusieurs piliers essentiels. Tout d’abord, la construction linéaire est franche, lisible - on serait tenté de dire « à l’anglo-saxonne » tant elle est limpide et efficace. Ensuite, la maîtrise narrative est doublée par celle des acteurs du projet et ils sont fort talentueux. Enfin, ce qui fait la pleine réussite du film, c’est que la cinéaste parvient à s’effacer derrière des choix esthétiques sobres malgré son implication, de manière à laisser opérer la trame particulièrement bien tissée de son scénario. Ainsi, Amerrika s’impose comme le complément optimiste idéal à The Visitor, tout en creusant des thèmes chers aux Enfants de l’exil. Par la même, il s’inscrit dans la lignée de ces films silencieusement politiques dont la force repose sur la puissance de leurs situations et sur l’intelligence de leur traitement. Ici, la comédie nourrit le propos, sans jamais l’appuyer et pourtant, on en ressort tout autant marqué que si l’abord avait été documentaire.
Dès lors, des félicitations s’imposent pour la cinéaste et son équipe car il est rare que de tels films parviennent à un si juste équilibre entre humour et conscience, efficacité et subtilité, et surtout compassion et raison. En définitive, Amerrika est un bien beau film et sa réalisatrice, une femme qu’il va falloir suivre, car être accessible et populaire avec un tel degré de sensibilité n’est pas chose aisée.
A l'inverse de trop de films se voulant politiques, il en est certains comme Amerrika qui cachent sous des atours accessibles, des vérités plus fortes encore que ceux, nombreux, qui sont dits sérieux ...