C'est une maison bleue, attachée à la colline…Pas vraiment bleue me direz-vous, et même plutôt sombre, pour ne pas dire crasseuse. Et si l'on y vient à pied, on les ressort en premier. Exactement le type d'appât qu'il fallait à Michael Bay pour jouer une deuxième fois au parrain après sa relecture plutôt aboutie de
Massacre à la tronçonneuse en 2003. Deuxième coup de chance, sur la liste des "classiques tirés de fausses histoires réelles qu'on dit vraies pour faire encore plus peur que si elles étaient fausses", surplombe le célèbre film de Stuart Rosenberg,
Amityville (1979), qui, hormis plusieurs suites toutes aussi nullissimes les unes que les autres, n'avait pas encore eu les honneurs d'un petit remake bien frais.
AmityvilleUn film de Andrew Douglas
Avec Ryan Reynolds, Melissa George, Philip Baker Hall, Chloe Grace Moretz, Rachel Nichols.
Durée : 1h29
Sortie le 22 juin 2005Un an après le massacre de la famille Defeo par l'aîné des 5 enfants, Georges Lutz, sa femme et les enfants de cette dernière emménagent dans la maison où s'est déroulé le drame. Très rapidement les comportements vont changer, et de nombreux événements inexplicables vont bouleverser la vie de cette petite famille recomposée.Tout commence par une réutilisation des mêmes recettes que pour le remake de
Massacre à la tronçonneuse, histoire de ne pas déboussoler le jeune spectateur accro aux productions Bay, à savoir un film en super 8 sur les lieux du crime pour le côté réel, et des flash-backs aussi aboutis que les reconstitutions du
Droit de savoir pour le côté effrayant. Et c'est aussitôt que surgit le talent d'Andrew Douglas, enchaînant les bourdes à vitesse grand V dès le début. On commence donc avec une voix off nous expliquant que tout le monde est mort dans son sommeil avec au même instant l'image d'une victime qui se réveille (?) pour ensuite longuement insister sur l'adresse du crime, la même que l'histoire vraie, et la même que le film original : 112 Ocean Avenue.

Deuxième coup de maître, deuxième coup de bluff fascinant, les héros rachètent la maison cinq minutes plus tard, soit un an dans le film, qui se trouve dorénavant au 402 (??) : ils ne chôment pas les employés de la voirie à Amityville quand il s'agit d'allonger les boulevards. S'en suit forcément un mini épisode de
7 à la maison (on a les références qu'on mérite) où tout le monde s'embrasse à tour de bras parce qu'on s'aime très fort dans les familles américaines, et que rien ne vaut un petit déjeuner familial bien jovial pour s'identifier aux personnages… oh, et puis zut, allons directement à l'essentiel.
En 30 ans de pubs sans inspiration Andrew Douglas n'a pas l'air de chercher à diriger ses comédiens : ils sont confirmés, qu'ils se débrouillent, autant balancer au spectateur illico les effets spéciaux parce qu'ils ont coûté cher. Par la même occasion, le scénario s'offre une baby-sitter au physique proche de Carmen Electra, ce qui courrait évidemment les rues en 1974. Ni une, ni deux, pas le temps de souffler, et à peine un quart d'heure après l'extinction des feux s'installent les pendus ici et là et saignent quelques interrupteurs pour montrer qu'on ne plaisante vraiment pas. Un enchaînement maladroit d'une jolie demeure devenant en une pauvre ellipse, une sorte de manoir ténébreux et hop, on passe du rêve américain au cauchemar. Histoire d'être sûr que le public a pigé, le gentil Ryan Reynolds se transforme alors en un vil salopard aussi effrayant qu'un bébé saint-bernard vous faisant la moue. Et pour être sûr qu'il soit bien méchant le voilà en train de charcuter le chien des enfants à grands coups de hache dans le museau.

Une fois les pions mis aussi maladroitement en place, apparaît le guide de tout ce qui ne faut pas mettre dans un film d'horreur, à savoir un éventail de clichés casés un peu partout parce que sur les 350 tentatives pour faire sursauter le spectateur il devrait bien y en avoir deux ou trois qui fonctionnent. Entre ombres furtives, mains tapées sur l'épaule, reflet dans la glace de la salle de bain et le chien qui aboie, on proposera des bras collés au plafond (!), les meubles et les aimants qui bougent sur le frigo (brrr) et bien entendu la petite fille fantôme qu'il faut caser à tout prix avant qu'elle ne soit passée de mode. Passons sur le remake improvisée de
Peur sur la ville sur le toit de la maison par toute la famille, et une dernière partie encore plus hallucinante reprenant l'intrigue de
13 fantômes - parmi lesquels, les plus courageux d'entre vous qui resteront jusqu'au bout pourront reconnaître un sosie de Gollum - avec l'apparition d'un méchant tout droit sorti de
Jeepers Creepers. Bon, au moins voilà qui explique pourquoi le prêtre détale à toutes jambes sans dire au revoir.
S'étendre sur cet
Amityville reviendrait à enchaîner inlassablement le monument de conneries distillées sur moins de 90 minutes. Un melting-pot bordélique sans queue ni tête des pires séries Z de ces dernières années, plus grotesque que drôle et n'assumant même pas son statut de parodie involontaire puisque l'on ne rit que trop peu. Le pire, c'est qu'on ne peut même pas se rabattre sur l'original où, à contrario, il ne se passe absolument rien de rien. Retenons néanmoins une intervention de Melissa George qui après trois semaines de voix mystérieuses, de tentatives de meurtres, de monstres, de cris et objets qui bougent tout seuls, nous fait partager cette réflexion : "Il se passe quelque chose d'étrange". Pour sûr ma belle, la franchise est maudite. Mais les forces démoniaques en sont-elles les vraies responsables ?

La façon dont l'original a vieilli (c'est-à-dire très mal) aurait dû mettre la puce à l'oreille du jeune producteur. Tout comme à celle du guignol choisi pour mettre l'entreprise en chantier, Andrew Douglas, signant ici son tout premier long métrage après trente années de loyaux services dans le monde de la publicité. Résultat des comptes : ce remake d'
Amityville n'est pas un film d'horreur, mais bel et bien un épisode de 90 minutes des aventures de
Scoubidou avec ses monstres qui sortent des placards pour courir après les petits enfants dans les couloirs en empruntant un nombre incalculable de portes.
Si vous avez loupé les deux films originaux, c'est peut-être la dernière chance de vous rattraper.