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Andalucia

La critique d'Excessif

0/5
andalucia L'HISTOIRE : Du dribble de Pelé à la danse de Mohammed Ali sur le ring, Yacine voudrait ne retenir de la vie que des moments uniques. Dans son royaume – sa caravane, sa musique, ses héros – il est le maître du jeu.

Mais voilà que Yacine rencontre par hasard Djibril, un ami d'enfance. Il se trouve alors confronté à ses origines, à sa cité, à ses frustrations, à ses désirs inassouvis…

Alors Yacine s'en va. Il décide de repartir à zéro, sans bagages ni attaches…
A force de regarder le monde s’enfermer peu à peu dans ses certitudes et subir la morosité ambiante, on a parfois envie de s’échapper un peu et de faire le vide. Yacine, le protagoniste principal d’Andalucia, a lui choisi de totalement se redéfinir, à la manière d’un programme dont on retape le code en le relisant. Et si pour lui la méthode a l’air de marcher, elle permet de plus au spectateur de visiter des terrains un peu moins balisés. Et ça fait du bien.

ANDALUCIA
Un film d’Alain Gomis
Avec Samir Guesmi
Durée : 1h30
Date de sortie : 05 Mars 2008


Yacine étouffe. Yacine se cherche. Né en France d’une famille d’immigrés, il a passé une partie de son enfance dans les cités mais a rapidement senti le besoin de sortir de ce carcan étouffant afin de se trouver lui-même et d’accéder à une liberté vitale, loin des conventions et des schémas préétablis. Vivant de divers petits boulots et ayant pour seul toit une caravane tapissée de rêves, Yacine va un jour rencontrer un de ses amis d’enfance de retour en France. Une rencontre parmi d’autres qui sera à la fois l’occasion d’un bilan et d’un nouvel élan salvateur.

Andalucia est un trip mystique. Non pas que l’on soit harcelé d’images incompréhensibles ou de notions à se triturer les méninges (quoique), mais c’est un trip mystique dans le sens où le parcours de son personnage est autant une recherche d’oxygène qu’une peinture originale, inhabituelle et exhaustive des rapports humains modernes. On rencontre ainsi Yacine, citoyen parisien en totale marge avec la société dans son refus de succomber aux habitudes sociétales de la norme. Yacine n’a ainsi pour seul foyer (au désespoir de sa mère) qu’une caravane décorée de photos diverses et autres coupures de journaux, et passe son temps, malgré ses talents artistiques et humains, à errer de job en job. En apparence caprice de vieil adolescent, la démarche cache cependant une véritable recherche de soi, un vrai besoin de construction autant mentale qu’émotionnelle.


Yacine n’hésite ainsi jamais à ouvrir son cœur et ses sens à toute expérience qui pourrait se trouver à portée. Attentif et curieux, son désir de ne pas s’enfermer dans un travail fixe lui permet de rencontrer autant de personnalités (et donc d’expériences humaines) que possible : qu’il s’agisse de travail avec des enfants, de distribuer la soupe populaire avec sourire et générosité, de converser avec des sans domiciles fixes au passif riche et insoupçonné ou encore de suivre les gens dans la rue dans l’attente d’une ébauche de dialogue, tout est bon à prendre. Un moyen radical d’échapper à un passé qu’il souhaite dépasser à tout prix alors que celui-ci, rigide et invariable, ne cesse de lui renvoyer une image qui ne lui correspond pas. Une mère bercée dans la tradition, un père converti au catholicisme mais malade, un frère et d’anciens amis qui lui reprochent son statut d’original avec violence tout en sombrant dans des caricatures d’enfants de cité peu ragoutantes, voilà une faune que Yacine assume mais dont il ne veut à aucun prix suivre le chemin.


Considérant sa vie comme une page en constante réécriture, le personnage fait ainsi tout pour dépasser certains instincts violents difficiles à réprimer (son corps cède parfois à la facilité agressive avant que son esprit ne reprenne le dessus), apprendre de chaque chose (une anecdote sur un but raté de Pelé prend des proportions merveilleuses), s’offrir une liberté sans barrières et accéder à une vérité qui lui est propre. Marquant et émouvant car incarnant ce rôle titre avec passion et puissance, Samir Guesmi impressionne autant qu’il éblouit. Plus ou moins furtivement aperçu dans plus d’une soixantaine d’œuvres (de La vie rêvée des anges à L’Afrance en passant par RRRrrrr!!!, Ne le dit à personne ou Anna M.), il est à parier que l’acteur marquera longtemps les esprits de ceux qui s’aventureront dans cette oeuvre. Tour à tour drôle, intuitif, animal ou spirituel, il traverse le film tel un caméléon, modifiant son attitude, sa démarche au gré de l’évolution d’un personnage taillé sur mesure.


Techniquement, le métrage offre également un voyage des sens et des émotions aussi rafraichissant que bienvenu. Proche de ses protagonistes sans toutefois sombrer dans la facilité, la réalisation d’Alain Gomis (L’Afrance) investit le spectateur grâce à un montage aussi éloquent qu’illustratif, soutenu par une musique variée et trippante. On est martelé par le générique d’ouverture, transporté par les percussions émanant d’un casque de walkman, réjoui par la dynamique d’un trio au sommet de la gloire ou assourdi par les cris de jeunes fans en transe. Et alors que le personnage se cherche entre les figures du musée Grévin et la transe religieuse de son père en plein travail, Andalucia nous mène aux portes d’une humanité construite d’individualités, entre ses contradictions sociales (un vigile arabe surveille Yacine parce qu’il est… arabe), ses originalités (une mère de famille qui pose nue erre entre les arbres et invite le voyageur dans son foyer, un ami acteur qui mange parmi les SDF, un mélomane qui fait de même…) et ses voyages parsemés d’envolées au propre comme au figuré (le final surréaliste est à ce titre totalement saisissant). Une véritable odyssée à la fois dépaysante et rafraîchissante à savourer les yeux et l’esprit grands ouverts.

Note : 9/10

David Brami



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