Ron Howard est décidément insaisissable. Un mois après la sortie de
Frost Nixon, L'heure de vérité, affrontement verbal inspiré où le réalisateur n'avait jamais paru aussi bon narrateur, il revient avec
Anges et Démons, retrouvant pour l'occasion Tom Hanks dans le rôle du professeur Robert Langdon. Echappé il y a trois ans des énigmes du
Da Vinci Code, le personnage est cette fois appelé en renfort du côté de Rome et du Vatican. Aux premiers abords, on n'était pas forcément pressé de replonger dans l'univers de Dan Brown. Force est de constater que la cité éternelle a bien plus inspiré le cinéaste que les pyramides du Louvre. La question est de savoir si cela suffit.
ANGES ET DEMONSUn film de Ron Howard
Avec Tom Hanks, Ayelet Zurer, Ewan McGregor, Stellan Skarsgård, Masasa Moyo, Kristof Konrad, Jonas Fisch, Toffoli Nico, Pierfrancesco Favino, August Fredrik
Sortie cinéma France : 13 Mai 2009
Sorti des énigmes artistiquo-théologiques de Da Vinci Code, Robert Landgon n'a que quelques heures pour éviter l'explosion d'une bombe anti-matière et déjouer un complot visant le Vatican et revendiqué par Les Illuminati, une antique confrérie secrète qui s'était jurée autrefois d'anéantir l'Eglise catholique. Accompagné de Vittoria Vetra, une scientifique et de l'Inspecteur Ernesto Olivetti, le professeur d'histoire de l'art se retrouve mêlé à une conspiration où la Garde Suisse et le Collège des Cardinaux a peut-être son rôle à jouer...Il y a du mieux. Première pensée au générique final, avec en réminiscence quasi obligée, la démonstration ratée de
Da Vinci Code. Celle qu'il faudra oublier pour rentrer tambour battant dans
Anges et Démons, futur succès du box-office international. Il y a du mieux dans la photographie, d'abord, démontrant que Salvatore Totino n'avait rien perdu de son savoir faire aperçu dans
Les disparues, voire
L'Enfer du dimanche. Il y a du mieux, ensuite, dans la construction rythmique.
Anges et Démons se vit comme un épisode de
24 heures chrono où Jack Bauer aurait troqué ses talents de soldat
die hardesque pour des compétences plus cérébrales, tendances universitaires. Même s'il n'est pas totalement à l'aise, Ron Howard ne traine pas. Il envahit son terrain de jeu en jumelant action et réflexion avec l'efficacité du bon élève hollywoodien que l'on connait. Sans génie mais avec détermination, il fait parler l'expérience, réunissant devant sa caméra un casting solide d'où émerge Ewan McGregor, tantôt enfant de chœur, tantôt enfant vengeur, son charisme chérubin aidant à amplifier le mystère. A n'en pas douter, l'acteur est le gros point positif du film. De son côté, Tom Hanks joue les érudits ou les Benjamin Gates avec jubilation, égratignant les profanes italiens ne connaissant pas leur propre Histoire tout en sauvant sa peau ingénieusement à quelques reprises, histoire de garder la forme.
Les reconstitutions de la capitale italienne et du Vatican sont une pure merveille et le cinéaste parvient enfin à éviter tout effet carte postale déplaisant. Fini les explications historiques avec incrustations en 3D. Terminé ces plans inoffensifs mais inutiles d'une architecture grandiloquente. De la place Saint-Pierre à la Piazza Navona, Ron Howard parvient à libérer une tension grandissante même s'il est au final plus à l'aise avec les face à face en lieu clos (l'une des meilleures scènes du film se passe dans la cabine confinée des archives du Saint-Siège). Son
Frost Nixon, l'heure de vérité l'a d'ailleurs suffisamment prouvé. Pourtant, ce compte à rebours dans les rues de Rome ou les couloirs du Vatican tourne parfois à vide et donne l'impression de courir derrière (et non pas avec) le couple Robert Langdon / Vittoria Vetra.

Ron Howard n'a pas le talent d'un John McTiernan dans la gestion formelle et narrative d'un temps réel. Il lui arrive de se perdre maladroitement dans un montage sans âme, comme s'il n'arrivait pas à retrouver son chemin dans un labyrinthe rythmique dont il serait le seul à avoir le tempo. Embêtant. La faute également aux miettes laissées à Ayelet Zurer ou Stellan Skarsgard, interprétant des personnages sacrifiés, presque mort-nés, tant ils vivent dans l'ombre des autres. On s'en passera, certes, mais le sentiment de gâchis est bel et bien présent.
Anges et Démons n'est pas une œuvre qui ennuie. Elle lasse tout au plus, ne parvenant que temporairement à s'extraire d'un embouteillage scénaristique que certains jugeront épuisant.
Reste le pouvoir d'entertainer intacte de Ron Howard, qui puise dans la partition autant synthétique que traditionnelle de Hans Zimmer pour évoquer ce combat incessant entre Dieu et la Science, symbolisé par Robert Landgon, ce dernier attendant un signe du Grand Patron tout en le rejetant. Cet
Anges et Démons doit justement être vécu comme un petit miracle, sinon un bon présage. Il se vit comme un honnête divertissement auquel il ne manque pas de talents humains, mais assurément un souffle divin.