Retour fracassant aux affaires sérieuses pour Kitano, après le divertissementinoffensif L'Eté de Kikujiro, avec cette co-productionnippo-franco-anglaise tournée à Los Angeles. Ironique, truculent, sec etd'une ahurissante violence, Aniki Mon Frère est une réussitefulgurante qu'il ne faut manquer à aucun prix !
ANIKI MONFRERE
2000
Réalisé par: TakeshiKitano
Acteurs:Takeshi Kitano; Omar Epps; Claude Maki; MasayaKato; Ren Ohsugi; Susumu Terajima; Ryo Ishibashi
Durée:1h54
Sortie Le: 13 Décembre 2000
Suite à l'assasinat duchef de son clan, un yakuza pur et dur, Aniki (Takeshi Kitano), refused'intégrer le gang rival et se voit contraint de s'expatrier aux States poury retrouver son frère cadet, qu'il découvre empêtré dans des combinesfoireuses avec des dealers agressifs. Usant de ses méthodes expéditiveshabituelles, Aniki débarasse son frangin des truands qui le menacent etcontinu sur son élan en s'emparant littéralement de l'empire criminel de LosAngeles.
De prime abord, Takeshi Kitano poursuit sur la voie del'auto-citation, amorcée avec Hana-Bi et largement enterinée àl'occasion de L'Eté de Kikujiro. Sur une trame sensiblement similaireà celle de Sonatine, il nous décrit l'exil d'un gangster, ses dérivesludiques et l'apothéose ultra-sanglante de son parcours nihiliste. Lesoptions narratives tout en éllipses et ruptures de ton sont toujours là, demême que les volutes mélancoliques de Joe Hisaishi. On peut même croire,dans sa première demie-heure, à un quasi-remake de son classique de1993...
Mais s'il est vrai que Aniki Mon Frère est à 100% unfilm de Kitano, tous les apports occidentaux (décors de Los angeles etcomédiens) se pliant à sa conception très personnelle du cinéma, il emprunteici un chemin de traverse jusqu'alors inédit dans sa carrière, celui dupolar réaliste et barbare, qui l'éloigne progressivement de l'universonirique et fantasmatique de ses oeuvres précédentes pour le plonger aucoeur des sagas maffieuses qui on bâti la réputation de De Palma, Coppola ouFerrara. Par son ampleur, la conquête criminelle de Aniki se rapprocheclairement de celles de Franck White (King Of New York), Tony Montana(Scarface), Joey Tai (L'Année du Dragon) ou Coddy Jarret(L'Enfer est à Lui), sans pour autant se départir de son ironie siparticulière.
Si on se souvient de la grande violence des films deKitano , c'est principalement pour leur mise-en-scène étrangement décalée etparadoxalement très dérangeante qui nous éloigne des réalités de lasouffrance afin de nous proposer une peinture philosophique de l'existenceterrestre. Aniki Mon Frère rompt en partie avec ce processus. Ils'agit de sa première approche crue et démystifiée de l'univers des Yakuzasdepuis Violent Cop, son premier film. On est presque surpris de voirKitano traiter de la création puis de la destruction de ce gang multi-racialsans presque jamais se départir d'une approche premier-degré parfoisglaçante. Il signe ici, de loin, son polar le plus brutal et sanglant, mêmesi l'effet de surprise, après huit films, tend à s'estomper. Sans donnerdans la complaisance qui plombait dangereusement Casino de MartinScorsese, force est de constater que la succession de morts violentes quis'offre ici à nous déstabilise, assurant ainsi une certaine cohésion avecson oeuvre passée.
En effet, Takeshi Kitano est un auteur hanté parla Mort. Tant par son inspiration artistique que dans sa vie privée, lafascination morbide a toujours guidé ses pas au point que l'on aurait enviede parler, dans le cas présent, d'un véritable rapport de proportions: plusdure sera la chute ! Son talent pictural (rappelons qu'on peut admirer sespeintures dans Hana-Bi) s'exprime d'ailleurs à plusieurs reprisespour souligner cette attirance pour le macabre, et notamment dans un plan oùdes cadavres sont disposés sur le sol pour écrire l'idéogramme désignant laMort.
Kitano renoue avec le thème des yakuzas pour approfondir lesimplications profondes de l'esprit de corps qui les anime et leur confèreleur force. Le titre original (Brother) est trompeur puisqu'au-delàdu lien de sang qui amène Aniki aux USA, il s'agit en fait de la fraternitépropre à ces gangsters hors du commun, aux principes moraux qui excluenttout préjugé. A l'opposé des gangs latinos ou italiens qu'ils affrontents,les yakuzas intègrent toutes les ethnies, en préférant à la couleur de peauou à la religion le respect de règles qui assurent la cohésion du clan.C'est ainsi qu'un dealer black et imprudent de L.A. se trouve contraint dese trancher le petit doigt, un parallèle avec le parcours du frère ainé deAnaki au Japon nous démontrant que les codes traditionnels des gangsters duSoleil Levant peuvent parfaitement s'implanter hors de leurs frontières,avec une conclusion apocalyptique fidèle à leurs convictions (''Quand unYakuza sait qu'il va mourir, il va jusqu'au bout !''). A noter que les jeuxdistractifs habituels trouvent ici un rôle moins onirique et plus narratif,imposant la primauté des affinités électives entre individus sur les simplespréférences raciales.
Moins ambitieux que sur Hana-Bi maisfaisant preuve d'une maîtrise et d'un soucis exceptionnel, pour un auteurreconnu, de respecter une vraie ligne dramatique, Kitano signe avec AnikiMon frère son neuvième chef-d'oeuvre, même si on continue d'espérer unrenouvellement thématique du niveau de celui de Kidsreturn.
Note : 9