La critique d'Excessif

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animalfactoryz2 L'HISTOIRE : Ron Decker est un jeune homme sensible et intelligent, issu d'une famille bourgeoise de Beverly Hills. Tombé pour un petit trafic de drogue, il n'a rien d'un délinquant endurci, mais la justice choisit d'en faire un exemple. Elle le condamne de deux à dix ans de réclusion dans une des prisons les plus dures et et les plus vétustes des Etats-Unis, San Quentin. Le «maître des lieux», Earl Copen, un détenu qui connaît toutes les ficelles de la prison, le prend sous son aile protectrice. Il l'aidera à supporter plus facilement les conditions, difficiles, de détention.
Deuxième réalisation de Steve Buscemi après Trees Lounge, Animal Factory est un film de prison classique et sans concession tiré du livre éponyme de Edward Bunker, ancien taulard devenu écrivain à la renommée mondiale et spécialiste des apparitions dans une quantité impressionnante de films de prison, y compris celui-ci, métaphore à lui tout seul de la capacité de l'univers carcéral à marquer à tout jamais la vie d'un homme.

ANIMAL FACTORY
2000
Réalisation de : Steve Buscemi
Acteurs : Willem Dafoe, Edward Furlong, Danny Trejo, Mark Boone Junior, Seymour Cassel, Mickey Rourke, Tom Arnold, John Heard
Durée : 1h38
Sortie le : 31 Janvier 2001

Le jeune Ron Decker (Edward Furlong) rencontre en prison le très expérimenté Earl Copen (Willem Dafoe) qui le prend sous sa protection et lui apprend à nager dans le grand bassin tout en préservant sa pureté de sardine (surtout lorsque l'on est entouré de requins blancs...).

Animal Factory ne révolutionne en aucun cas le genre très codé des films de prison. A tel point d'ailleurs que l'on a rarement autant eu l'impression de naviguer en terrain connu. Aucune scène n'est vraiment surprenante et chaque protagoniste est solidement enchaîné à son propre stéréotype. Le film de Buscemi ressemble aux autres oeuvres marquantes du genre mais avec toujours un bémol, une réserve, qui le place un cran au-dessous de ses co-religionnaires. Le binôme jeune détenu paumé/vieux routard démerdard évoque le Prison On Fire de Ringo Lam, mais sans la rage de ce dernier. La technique d'évasion fait violemment penser à Runaway Train (scène déjà écrite par Bunker, normal...) mais version-club de vacances (sans parler bien sûr d'une séquence identique de The Getaway de Sam Peckinpah). La dégaine cool et les savantes techniques de survie discrètes des taulards est comparable aux scènes de prison du Out Of Sight de Steven Soderbergh mais perdent beaucoup de leur attrait par la monotonie de leur étalage sur plus d'une heure et demie. Bref, Animal Factory est un petit, tout petit film, ce qui ne l'empêche pas d'être très agréable.

Le talent de Buscemi est de ne jamais sombrer dans le manichéisme facile à l'oeuvre, par exemple, dans le Prison On Fire sus-cité. Aimable plaisanterie en comparaison de la série télévisée OZ, sa prison est pourtant bien la décharge humaine dénoncée par le titre. Qu'ils soient de pauvres types ayant commis un faux pas de trop ou des psychopates irrécupérables, les détenus sont victimes de ce système qui les livre totalement à eux-mêmes. Pourtant peu tenté par le film à message, Buscemi évacue cet aspect du sujet en une seule réplique : "nous nous moquons que vous ayez été un homme brutal avant ou que vous le soyez devenu en prison". Buscemi veut avant tout coller au réalisme de la vie carcérale. En adoptant une mise-en-scène plate et sans effet, en évacuant les péripéties spectaculaires, il met en exergue la routine de cette existence et l'omniprésence de dangers que l'expérience n'évacue jamais complètement.

On regrette qu'un réalisateur plus nerveux n'ait pas pris les commandes de ce projet, surtout quand on connait la puissance d'évocation des romans de Edward Bunker. Les dix premières pages de Aucune Bête aussi Féroce, premier roman de Bunker, et seul moment se situant en taule (adapté au cinéma avec Dustin Hoffman dans Le Récidiviste), sont infiniment plus puissantes que tout Animal Factory. Un filmmaker comme Frankenheimer aurait certainement livré un brulôt ultra-dérangeant (que l'on pense à son terrible téléfilm Andersonville sur les camps de concentration Sudistes de la guerre de sécession) bien plus mémorable. En revanche, l'absence totale d'ambition de Buscemi lui permet de faire la part belle à ses comédiens, surtout des potes, tous très à l'aise et même surprenants : on aurait jamais cru pouvoir un jour flipper devant Tom Arnold (True Lies), dont les yeux de psychopate dégagent une folie presque palpable; on oubliera pas de sitôt l'apparition de Mickey Rourke (sûrement pas plus de deux jours de tournage) en prisonnier travello maquillé à mort et talons aiguilles assortis.

Animal Factory est finalement un de ces petits films parfaitement réalisés, produits emballés avec soins et amour de la précision, entre la série B d'exploitation et le cinéma indépendant, qui fleurissaient il n'y a pas encore si longtemps sur les étagères des vidéo-clubs. Le genre d'oeuvre clandestine au charme discret qui, dans cinq ou dix ans, se serait taillé une solide réputation souterraine, pour ainsi dire culte. Mais à la condition de ''souffrir'' d'un support plus ou moins déficient le remettant en quelque sorte à sa place. Un léger recadrage ou une bande fatiguée donnait aux films comme une aura de vieux souvenir, d'agréable anecdote oubliée et à réévaluer. L'avènement du DVD, dont nous sommes les premiers à chanter les mérites, contraindra pourtant cet Animal Factory à supporter une restitution parfaite, qui le déshabillera presque, et qui l'obligera à une excellence au-dessus de ses forces et étrangère à ses intentions. A ne pas oublier avant de le ranger hâtivement dans le tiroir ''film prévisible et déjà vus'' auquel il semble se destiner...

Denis Brusseaux

NB-1: Certains détails liés à Animal Factory éclairent d'un jour nouveau la genèse de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino. Edward Bunker y interprétait le petit rôle de Mr Blue, ses comparses étant tous désignés par des noms de couleur. Mais, si on pense aux Pirates du Métro pour cette technique de nom de code, on y pense déjà moins en découvrant que Bunker avait écrit ses mémoires sous le titre Mr Blue Memoirs of a Renegade vraisemblablement en référence aux tenues uniformément bleues des prisonniers. D'autre part, on ne peut ignorer l'analogie entre les titres Reservoir Dogs et Animal Factory (Chenil/réservoir à chiens et Usine à Bêtes). Eddie Bunker a vraisemblablment autant si ce n'est plus marqué l'imaginaire de Tarantino que toutes les pelloches dont il ne cesse de se présenter comme le redécouvreur numéro un...
NB-2 : Mise en abyme saisissante : Edward Furlong, le visage zébré d'une balafre, donne la réplique à Eddie Bunker en personne, sous les rides du visage parcheminé duquel on devine encore la cicatrice bien réelle dont le maquillage encore frais du jeune comédien est le reflet fantômatique et mélancolique. Non, Bunker n'en aura jamais vraiment fini avec son passé...

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