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Animal Kingdom - Une famille de criminels

La critique d'Excessif

4/5
Affiche Animal Kingdom L'HISTOIRE : Une rue anonyme dans la banlieue de Melbourne. C'est là que vit la famille de Cody. Profession : criminels. L'irruption parmi eux de Joshua, un neveu éloigné, offre à la police le moyen de les infiltrer. Il ne reste plus à Joshua qu'à choisir son camp...
Une puissante découverte en provenance d'Australie, là où se joue le renouveau du cinéma de genre.

Animal Kingdom n'est pas un film aimable, jamais dans la séduction de surface, préférant la sécheresse à l'émotion, la froideur animale au sentimentalisme. Dans les grandes lignes, ce récit d'une noirceur implacable sur le déterminisme familial raconte le cauchemar d'une mère morte d'overdose qui abandonne son fils adolescent sous la tutelle de ses pires ennemis, ceux qu'elle a passé sa vie à fuir : une famille de malfrats. L'enjeu consiste à confronter les autorités à ces voyous dont le clan se décime sous nos yeux. Un inspecteur vertueux (Guy Pearce) constitue la seule alternative pour le protagoniste, un peu candide et mélancolique, d'échapper à un destin tracé dans le sang. Mais rien n'est aussi simple : personne n'est bon, ni mauvais. Cette conception va à l'encontre du manichéisme, préférant traduire des hésitations et des trahisons, des unions et des désunions qui peuvent fluctuer d'une scène à l'autre. David Michod a porté ce projet pendant neuf ans et disséqué la petite pègre de Melbourne, avec la densité d'une fable Shakespearienne. Il en est à la fois le scénariste et le réalisateur et réussit sur les deux tableaux.

 

Animal Kingdom - Une famille de criminels de David Michod

 

Les informations passent autant dans les dialogues que dans la composition des plans et l'utilisation réfléchie des artifices (musique, ralentis). Si cette maîtrise et cette aisance ne laissent aucune échappatoire aux personnages quitte à les condamner (le choix du titre, faisant référence à des prédateurs), ce serait oublier qu'il s'agit avant tout d'une tragédie sur un thème vieux comme le monde (la loi du plus fort dans un environnement hostile) et que les histoires se répètent inéluctablement. Par ailleurs, la force de Animal Kingdom consiste à refuser les références Bibliques et à ne pas proposer une vision exaltée des actes criminels, aux antipodes des fresques mafieuses de Coppola et Scorsese. Il n'y a aucune glorification : le réalisme du traitement de la violence vient nous le rappeler presque douloureusement. Chaque balle tirée, chaque coup porté fait mal. Les personnages instinctifs et brutaux sont plus ancrés dans la réalité que dans le fantasme, évoluant dans une tribu dirigée par une femme consciente de perdre les hommes (Jacki Weaver, hallucinante). C'est un monstre diabolique qui manipule par le chantage affectif son théâtre de marionnettes pathétiques. Parmi les rejetons, il y a cet oncle effrayant (Ben Mendelsohn) qui électrise l'écran à chaque fois qu'il apparaît. Finalement, ceux qui paraissent les plus inoffensifs pourraient bien se révéler les plus pervers. Plus on y repense, plus ce petit film, ovationné à Sundance, prend de la valeur.

 

Romain LE VERN

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