Impossible de dissocier le cinéma américain du studio aux grandes oreilles, même lorsque celui produit autre chose qu’un film animé, comme c’est le cas ici. Et s’il y a une chose que le cinéma américain sait faire, c’est nous servir des films emballés dès la cinquième minute de métrage. A cet état de fait, point de connotation péjorative, juste une constatation qui, dès lors que le film en question s’avère être un produit sympathique, devient amusante, ou rassurante : après tout, la fonction première du cinéma n’est-elle pas de divertir, de proposer quelques moments de détente et d’évasion ? Pour ceux qui ne seraient pas d’accord avec ce qui vient de suivre, autant leur éviter de perdre deux heures et cinq fois plus d’euros. Pour les autres, cet
Antartica, qui n’aura plus de surprises à offrir dès la fin de la première bobine vous ira comme un gant, puisqu’il s’agit avant tout d’un divertissement plutôt réussi, honnête, qui remplit toutes les petites cases intrinsèques à son genre et à sa raison d’être. Et puis c’est aussi un film de Frank Marshall, et là, ça devient plus intéressant.
ANTARTICA : PRISONNIERS DU FROID (8 Below)
Un film de Frank Marshall
Avec Paul Walker, Bruce Greenwood, Jason Biggs, Moon Bloodgood…
Durée : 2h00
Date de sortie : 26 avril 2006

Pour s’évader, difficile de faire mieux car le dernier fleuron de l’écurie Disney nous emmène là où personne ne va jamais, à savoir en Antarctique. Le bout du monde pour nous occidentaux, un petit peu moins pour nos amis les Néo-zélandais, mais tout de même un des endroits les plus hostiles de la planète, où les vents soufflent à 120km/h de moyenne, et où le froid met au défi quiconque d’ouvrir la bouche plus de 30 secondes. C’est dans ce contexte particulier qu’une équipe de jeunes et gentils scientifiques a établi son camp de base, et attend la venue d’un éminent chercheur en météorites perdues. Le beau guide et maître-chien est là, accompagné de la belle pilote d’hydravion et du loufoque cartographe. Seulement un avis de tempête, qui se révèlera être la pire depuis 25 ans, vient perturber tout ce microcosme et notre jeune héros va être contraint d’abandonner ses huit chiens pour sauver sa peau et celle de l’expédition. Commencent alors deux combats distincts, l’un mené par les chiens pour leur propre survie, l’autre, celui du personnage de Jerry Shepard (Paul Walker) pour tenter d’aller récupérer ces animaux hors normes.

Comme le laissait présager la bande annonce, le film met essentiellement en avant les chiens, et leurs performances (souvent bluffantes il faut le reconnaître), sans pour autant adopter le parti pris intéressant du film japonais dont s’est inspiré Frank Marshall, à savoir
Antartica de Koreyoshi Kurahara, réalisé en 1983, qui focalisait de manière presque exclusive sur ces huskies, devenant de fait un film muet. Alors bien sûr, de la part d’un Disney produit et dirigé par un des plus gros nababs de l’industrie, on ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi extrême, mais on peut regretter un petit manque de prise de risque, dans la mesure où les scènes concernant les humains finissent par être assez anecdotiques. Le film devient rapidement une foire d’empoigne où les séquences polaires et canines semblent supplier celles situées aux Etats-Unis de leur laisser plus de temps et plus de place pour s’exprimer. Une sorte de film malade qui souffre de l’éloignement, à l’instar de son personnage principal. A trop vouloir proposer des référents humains à son public, Marshall perd en impact et en efficacité, sacrifiant souvent ses moments forts au profit d’une clarté absolue du récit.
Ceci dit,
Antartica offre tout de même deux ou trois moments bien tendus et exclusivement animaux, comme par exemple cette confrontation avec un phoque léopard, créature proprement terrifiante qui rappelle que le père Marshall sait ce qu’est un monstre (faut-il préciser qu’il a co-fondé Amblin, produit
Poltergeist et un grand nombre de Spielberg). Il est fort possible que ça s’envole des sièges et que ça picote l’échine, vous voilà prévenus. Dans ses meilleurs moments,
Antartica n’est pas sans rappeler le danger latent qui régnait dans
L’ours de Jean Jacques Annaud, ou comme dans tout (très) bon documentaire animalier. Et c’est un compliment. On pourra aussi se réjouir de voir de petits instants tendres et fulgurants d’intelligence canine, à tel point que l’on se demande si ceux-ci sont le fruit des dresseurs où s’ils mettent en jeu les comportements bien réels de ces animaux de meutes. On préfère garder le mystère intact, quitte à promettre de ne pas jeter un œil sur le futur making-of de la chose.

Quoiqu’il en soit, Max, Maya, Old Jack, Shadow, Buck, Truman, Dewey et Shorty font honneur aux Huskies et aux Malamutes, ces chiens de traîneau que les Inuits appelaient guins. Profitons-en pour rappeler que le film se situe en 1993, mais ce n’est pas le travail de reconstitution qui a dû monopoliser tout le budget déco. En effet, entre les camps de base et les routes de montagne américaines, peu ou pas de différences avec les décors actuels. Si le contexte diégétique s’arrête à cette date, c’est tout simplement parce qu’il s’agit de la dernière année où les chiens de traîneau furent acceptés en Antarctique. Pour des raisons de sécurité mais également à la suite d’épidémies, le continent est désormais interdit aux chiens.
Et qu’en est-il des humains alors ? Et bien là n’est pas la question vous me direz ? Il n’empêche, beaucoup de spectateurs se déplaceront sur le simple nom de Paul Walker ou de Jason Biggs et l’on retrouve également le chevronné Bruce Greenwodd dans ce casting. Comme prévu (là encore), Biggs fait du Biggs, un sidekick marrant, rongé par ses névroses mais qui n’oublie jamais de divertir l’assemblée d’une belle chute ou d’une bonne vanne. Greenwood tente bien au début de faire croire à l’ambivalence de son personnage, mais comme il est évident de suite que c’est finalement un scientifique au grand cœur, il finit par arrêter de se donner du mal, et fait le travail, comme on dit. Walker quant à lui constitue la mini surprise de
Antartica et se montre relativement capable de ne pas trop en faire dans les moments casse-gueule. Et pour une fois, le bleu de ses yeux n’est pas qu’un prétexte pour rameuter les minettes, mais plus une sorte de lien qui l’unit à ses chiens. De plus, le scénariste David DiGilio et Franck Marshall ont eu la bonne idée d’en faire quelqu’un de parfois antipathique, plus attiré par le monde animal que par les gens qui l’entourent. En témoignent cette caravane dans laquelle il vit, sa décontraction lorsqu’il se rend à un dîner de gala ou plus profondément, ce mal qui le ronge lorsqu’il est loin des chiens. On ne criera pas au génie certes, mais on se laissera surprendre par ce personnage plutôt bien vu, et bien servi.
Alors au final
Antartica de Franck Marshall est un film convenu, jamais surprenant si ce n’est à un moment très précis, sans pour autant faire référence à une quelconque pirouette scénaristique, mais il fonctionne bien. Grâce au travail des animaux d’une part, et leur capital sympathie immédiat, et grâce à ce petit miracle qui fait que les Américains n’ont pas leur pareil pour nous laisser apprécier des plats ressortis une bonne douzaine de fois par an. Si vous êtes de ceux qui choisissent les films au scalpel, vous passerez votre chemin, et personne ne vous reprochera d’être plus exigeants. En revanche, les amateurs de l’adage « plan large/plan rapproché/gros plan/insert cut et plan large » et beaucoup d’autres apprécieront cette production de bonne facture au sujet tout de même fort et à la portée de grande envergure. Un film Disney en somme, un film pour tous, qui mérite d’être vu.