La critique d'Excessif

5/5
antichrist_vf_vign23 L'HISTOIRE :

Un couple en deuil se retire à " Eden ", un chalet isolé dans la forêt, où ils espèrent guérir leurs coeurs et sauver leur mariage. Mais la nature reprend ses droits et les choses vont de mal en pis...

 

Un film-somme dépressif, vertigineux.

Lars Von Trier, un habitué du festival de Cannes. Breaking the waves, Les idiots, Dancer in the Dark, Dogville, Manderlay... Aujourd’hui, il revient avec Antichrist, un sommet dans sa filmographie mais aussi l’un de ses films les plus sulfureux et controversés. Pluie de sifflets à la fin de la projection et ricanements incessants pendant le visionnage. 

 

Il suffit de voir Edvard Munch, de Peter Watkins pour comprendre comment Lars Von Trier a accouché de Antichrist, film monstre aux allures de rédemption thérapeutique qui depuis hier se fait taxer de tous les anathèmes par une presse hostile. Racontant les derniers battements d’un couple hanté par la mort et l'inexorable sentiment de perte, Antichrist fonctionne comme une histoire à évolution continue, à géométrie variable, à transformation à vue. La narration est structurée en chapitres qui, un peu à la manière des épisodes de L’hôpital et ses fantômes, se terminent par une image à la fois horrifiante et grotesque. Dans cette logique, le Danois fou peut greffer jusqu’aux plus improbables tumeurs grand-guignolesques sans rien perdre de son irrésoluble noirceur et faire vibrer les ressorts les plus ténus de la conscience. Les références théologiques, qui risquent d'etre mal perçues, servent paradoxalement la sève onirique, le climat anxiogène de cet univers symboliste.

 

Visuellement, Lars Von Trier a fait des prodiges en ravivant un éblouissement formel et une invraisemblable vérité que l’on n’avait plus eus chez lui depuis L’élément du crime, Epidemic et Europa. Comme à la bonne époque, sa nouvelle expérience peut être comparée à une séance d’hypnose dégénérée qui va jouer de la lenteur jusqu’à l’étrangeté. L’impact violent des situations y révèle les sortilèges démoniaques d’une doublure du monde invisible, toujours menaçante. A l’arrivée, le réalisateur rassemble toutes les expérimentations essentielles de sa carrière et orchestre un film-somme dépressif, vertigineux, doublé d’un hommage envers ceux qui l’ont influencé (Bergman et Tarkovski, à qui le film est dédié). On peut rapprocher Antichrist du Bug, de William Friedkin: même cadence hallucinée de cauchemar éveillé, même ensorcellement morbide, même crépuscule de fin du monde. Ce que les détracteurs ont tendance à oublier, c’est qu’il s’agit aussi et surtout d’une histoire d’amour, marquée au fer rouge, où le romantisme le plus masochiste le dispute à l'érotisme le plus dérangeant. Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg sont prodigieux, jusqu’à la destruction et l’écœurement. Le film, aussi.         

                                                                                                                                                                          

Romain LE VERN

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