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Appaloosa

La critique d'Excessif

3/5
appaloosa_vign23 L'HISTOIRE :

Au Nouveau-Mexique, en pleine conquête de l'Ouest, la petite ville minière d'Appaloosa vit sous la domination du tout-puissant Randall Bragg et de ses hommes, qui n'ont pas hésité à éliminer le shérif.
Pour mettre fin au règne de la terreur, la communauté fait appel au marshal Virgil Cole et à son adjoint, Everett Hitch, réputés pour avoir ramené la paix et la justice dans des villes où plus aucune loi n'avait cours. Pourtant, cette fois, Cole et Hitch vont se heurter à un adversaire d'une autre dimension. Leurs méthodes implacables risquent de ne pas suffire. L'apparition d'Allison French, une séduisante veuve, va aussi mettre leur duo à l'épreuve.
Appaloosa va rapidement devenir le théâtre d'une de ces histoires où la vie, la vérité, la trahison et la mort se côtoient avant de se combattre. Voici une saga comme seule la légende de l'Ouest sait les écrire...

Nanti d’un casting impressionnant et d’un sujet pour le peu attrayant, le nouveau film d’Ed Harris semblait se présenter comme un successeur émérite à 3h10 pour Yuma de James Mangold, qui le temps d’un duel avait amplement participé aux prémices d’un revival du western. S’il est certain qu’Appaloosa comblera, il est aussi évident qu’il aura tendance à dérouter par sa pluralité de tons. Expliquons-nous.

APPALOOSA
Un film de Ed Harris
Avec Ed Harris, Viggo Mortensen, Renee Zellweger, Jeremy Irons, Lance Henriksen, Erik J. Bockemeier, Tom Bower, Mark Brooks, James Gammon, Ariadna Gil, Corby Griesenbeck, Timothy Spall
Durée : 1h54
Date de sortie : 1er Octobre 2008

Cela faisait plus de cinq années que l’acteur Ed Harris ne s’était pas aventuré derrière une caméra. Cinq années, depuis sa biopic plutôt réussie autour du peintre Pollock, qu’il ne s’était pas penché sur un projet qui vaille la peine. Il ne s’est pas fait oublier pour autant puisqu’il s’illustrait avec plus ou moins d’inspiration chez Cronenberg, Affleck, Harlin ou Turteltaub dans des œuvres méritant plus ou moins son implication. Mais ce qui retint véritablement son attention, c’est le roman de Robert B. Parker nommé Appaloosa et relatant à la fois une histoire typique du vieil Ouest mêlant amitié virile et duel au soleil, histoire d’amour passionnée et vengeance froide. Un bouquin découvert le temps d’un week-end équestre en famille, moment propice à la lecture de ruées vengeresses et romantiques. Passionné par l’ouvrage, Ed Harris se met en tête de réaliser une adaptation qui évoque la même ivresse que celle partagée grâce aux lignes de Parker.

Mettant toutes les chances de son côté pour combler les difficultés que présente un projet aussi ambitieux en guise de second long métrage, il troque l’ambiguïté d’un peintre développée dans son précédent essai pour l’épopée hippique. Echange propice à maints risques, dont celui de s’égarer quelque part entre le portrait intimiste -d’où il part- et le spectacle de la grande époque du western -qu’il désire-. Casting prestigieux qui lui permet d’offrir aux personnages des faciès célèbres et célébrées et de les faire côtoyer, malgré tout, des trognes toutes aussi glorieuses mais peut-être plus proches du cinéma de genre. Cette richesse sera sans doute l’atour le plus alléchant du projet mais aussi sa grande qualité : tandis que les visages d’Irons, Mortensen et autre minois de Zellweger déambulent parmi des galeries de figurants choisis pour leurs gueules, ils croisent au détour de quelques séquences les figures aux traits géniaux de types comme Lance Henriksen, James Gammon ou encore Timothy Spall… Des vraies tronches pour des vrais seconds rôles qui tiennent la route et qui ne semblent être habités que par une seule essence, un seul but à la fois, la complexité n’étant jamais pour autant mise de côté.


D’ailleurs, cette force on la retrouve chez quasiment tout le monde, à commencer par Jeremy Irons qui livre un bad guy à la hauteur des espérances et à la radicalité proche des grandes icônes telles que le Anthony Quinn de Vaquero dans une certaine mesure : des salauds ayant certaines valeurs, des priorités et une vraie vision des choses, bien au-delà de la simple vocation d’être l’antagoniste. A ce titre, la scène d’ouverture narrant l’événement déclencheur de toute l’intrigue -la mise à mort du shérif et de ses adjoints par le malfrat et propriétaire terrien Randall Bragg- est un modèle du genre tant les poncifs sont cités pour être automatiquement digérés et relevés par une froideur sobre -comprendre non sensationnaliste- mais classieuse. Car il est bien question d’une certaine forme de classe dans cet Appaloosa. Désireux de s’extirper d’un moule dans lequel on risque de l’attendre et qu’il considère être un peu trop cérébral ou intello intimiste, à l’image de l’essai majestueux d’Andrew Dominik, Harris va s’employer à offrir une vision fraîche et abondante du mythe westernien : que ce soit les personnages hauts en couleurs ou la reconstitution d’un ville typique et fantasmée présentée sous tous ses recoins, que ce soit les paysages désertiques filmés dans des panoramiques somptueux ou les apparitions espérées et offertes (indiens, putains ou restaurateur asiatique…), tout est là pour combler le spectateur. Sans compter la présence quasi-permanente d’un Mortensen qui, de film en film, semble être l’un des seuls dignes descendants des stars du vieil Hollywood et qui hante littéralement l’ensemble du métrage alors qu’il n’est qu’un faire-valoir tout juste utile à rattraper les problèmes sentimentaux de son ami et mentor.

Car, malgré ce que l’on pourrait penser en découvrant le film, le principal protagoniste reste le personnage interprété par Harris. Il incarne un homme fatigué de tant d’aventures, de tant de fusillades dont il est sorti et construisant petit à petit sa légende… Un homme qui propose de reprendre la ville des mains de la terreur locale en échange des pleins pouvoirs qu’il obtient assez aisément. Soutenu par son bras droit, il va pourtant s’amouracher de la coquette Allison French, une jeune poule veuve aux tendances nymphomanes, ce qui lui fera bien entendu perdre tous ses moyens… Sujet principal du roman -les déboires sentimentaux d’un gros dur-, cette fibre romanesque apparaît comme l’un des défauts majeurs de l’adaptation. Là où les sous intrigues fleur bleue présentées dans les westerns modernes d’Eastwood ou Costner n’avaient jamais posé problème, ce sera pourtant le cas dans Appaloosa, la légèreté du ton et les situations douteuses (le trio à trois, quatre…!) faisant dévier le métrage vers la farce vaudevilesque alors que nous nous préparions à un face à face de légende. Confrontation à laquelle s’étaient visiblement largement préparés Mortensen, Irons et Henriksen puisque leurs regards en coin sonnent fort, sans pour autant résonner, entre deux tirades comiques. L’humour omniprésent fait soudain s’essouffler le métrage et Harris semble perdre le contrôle de son film, à l’image de son personnage qui ne gère plus du tout la situation laissant de plus en plus de pouvoir à son second couteau. Assez étrangement, c’est ce qui se passe dans l’intrigue : le bras droit Everett Hitch, qui portera son imposant fusil durant l’ensemble des deux heures, finira par se lasser de l’impuissance de son ami et se débarrassera de l’influence castratrice de la donzelle pour mieux prendre les choses en main. Sensation trouble, alors, d’avoir l’impression que le métrage s’est attardé sur le mauvais personnage alors que celui-ci attendait dans son coin depuis les premières heures. Son sacrifice en tombe d’autant plus à plat qu’il semble n’être même pas assimilé par l’autre vieillard qui préfère voir la corruption s’installer que d’assister à l’effondrement de son couple.

Le duel final, frustrant mais réussi, froid mais sensationnel, assoira un peu plus cette idée de film schizophrène, déchiré entre une approche légère dévoilant un univers rêvé par un vieux briscard qui tente de retrouver une vision innocente de petit garçon et une poigne de fer virile pour laquelle Harris est aussi connu. Le cul entre deux chaises Appaloosa se laisse regarder sans pour autant convaincre, mais peut-être était-ce le but ? Assister à la perte des illusions d’un vrai dur lorsqu’il comprend que son aîné et modèle décide enfin de se poser ? Nous proposer la destitution d’un héros de l’Ouest pour consacrer son élève ? Même si le message sera bien passé et Mortensen bien accepté, cette idée de voir les légendes s’éteindre n’enflammera sans doute personne et on préférera toujours le retour des types impitoyables, quand bien même leur heure de gloire est passée. Techniquement parfait, maîtrisé de bout en bout et avec une poésie discrète mais sublime, Appaloosa saura véritablement se faire apprécier si on accepte de ne pas assister à un flingage furieux mais plutôt à un soufflé à la bonne odeur fantaisiste. Et puis rien que pour Mortensen, incarnant la relève inespérée du porte-flingue dangereux et sexy, sauvage mais éduqué, le film vaut amplement le détour !

Florent Kretz

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