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Arrivederci amore, ciao

La critique d'Excessif

3/5
arrivederciamoretmp L'HISTOIRE : Giorgio, un gauchiste idéaliste devenu terroriste, retourne en Italie après un exil en Amérique centrale afin de mener une vie normale. Mais il sombre inexorablement dans une spirale infernale faite de violence et de crime.
Onze ans après son formidable chant du cygne Dellamorte Dellamore, Michele Soavi revient avec Arrivederci amore, ciao, une fable ironique et amère, étrange et inapprivoisable, qui appuie une vigueur et une envie de faire du cinéma roboratives. Renaissance d’un cinéaste de ses cendres, doublée d’un polar atypique et séduisant traversé de fulgurances et d’instants de grâce. Les fans doivent s’en réjouir.

ARRIVEDERCI AMORE, CIAO
Réalisé par Michele Soavi
Avec Alessio Boni, Alina Nadelea, Carlo Cecchi, Michele Placido…
Sortie : 26 Juillet 2006
Festival de Cognac



Giorgio Pellegrini est un ancien terroriste communiste qui a quitté l’Europe pour l’Amérique du Sud. Histoire de fuir les autorités. Des années plus tard, il revient en Italie pour mener une nouvelle vie. Son ambition est simple : devenir riche par n’importe quel moyen. Quitte à faire du mal aux autres.
Longtemps. Longtemps que l’on attendait – et qu’on n’espérait plus – le retour de Michele Soavi au cinéma. D’autant qu’à une heure de standardisation extrême, le temps des plaisirs coupables (les aficionados de The Church comprendront) semble a priori révolu. Que l’on se réjouisse : il n’en est rien. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, c’est l’un des maîtres du fantastique avec Mario Bava (qui a posé les us et coutumes du giallo) et Dario Argento (qui les a exploités jusque dans ses ultimes ressorts). Polyvalent (il a également une belle carrière d’acteur bis), Soavi cinéaste a toujours aimé instiller des univers torves et angoissants, injecter de la folie et de la démesure avec un style et une sensibilité propres, charrier l’humour et l’angoisse dans une même scène. Bref, pour peu qu’on soit fan de fantastique et Soavi s’inscrit sans peine comme une référence du cinéma de genre transalpin.



Après une myriade de téléfilms (Soavi a seulement arrêté le cinéma), le réalisateur italien émérite contribue avec une poignée de cinéastes actuels (Eros Pugglieli, Gabriele Salvatores, Michele Placido, Paolo Sorrentino) à redonner du sens à un cinéma italien qui s’affranchit de ses contraintes télévisuelles et n’a plus peur d’œuvrer dans la bonne pelloche. Dans cette ère de revival où quelques grands patronymes horrifiques font leur come-back (Tobe Hooper, George Romero…), Michele Soavi signe sans pose ni prétention une fable polardeuse qui jongle avec les genres et étrangle l’esprit de sérieux. Deux fois tant mieux.


Première constatation : en dépit de quelques envolées oniriques voire mystiques, Arrivederci amore, ciao, titre d’une chanson que l’on entend à plusieurs reprises dans le film et qui possède une résonance et une signification précises dans l’histoire, cherche des noises au réel et s’attache au parcours chaotique d’un homme dont la rédemption sera un échec. C’est un film étrange, sinueux, tordu, déroutant, presque malade, qui autopsie le mal sous toutes ses formes. En adaptant un roman de Massimo Carloto, Michele Soavi a pu puiser une substance adéquate et robuste. Il s’autorise de temps à autre quelques digressions qui devraient réjouir ceux qui affectionnent sa folie baroque. Ne serait-ce que dans la bande-son très eighties (Tears for Fears, Fine Young Cannibals…) et volontairement obsolète. Comme si tonton Soavi était resté coincé dans les années 80.

Ne le cachons pas : beaucoup de l’intérêt que l’on porte à ce film naît des improbables années d’attente – et de l’excitation qui en découle. Difficile dans ces conditions d’être impartial, surtout quand on porte au pinacle les premiers films de l’homme à la caméra tueuse (quelqu’un pour défendre Bloody Bird ?). Tous les éléments sont réunis pour satisfaire un public large. Accessoirement, il s’agit peut-être de son film le plus accessible colmaté de vrais beaux restes. Composé de parties disparates et presque déstabilisantes, comme pouvaient l’être en leur temps des films comme L’échelle de Jacob et The Crying Game (brassage des genres, personnage qui évolue dans différentes sphères, surprises et retournements en tous genres…), le fil narratif cherche sciemment à nous perdre mais cette impression vient essentiellement de l’atmosphère (on pense beaucoup à La fille de Solveig Nordung). En substance, tout a une cohérence : il suffit de se laisser submerger par les événements et d’adopter le point de vue du personnage principal.



Grosso modo, Soavi ne part pas à la quête du sensationnel ni même du rebondissement obligatoire. Il divulgue des informations dans de longs blocs de scènes souvent inspirées et se focalise sur des soubassements internes (qui manipule qui ?). Giorgio, le protagoniste pourri jusqu’à l’os, fréquente les milieux interlopes, n’a pas peur de se mettre en danger, use de son pouvoir pour commettre de basses manœuvres comme par exemple profiter d’une situation épineuse pour se taper une femme mariée ou prendre une commission sur les pourboires des strip-teaseuses. Mais il est constamment rattrapé par ses fautes et ses erreurs voire son passé (le prologue est à ce titre édifiant). Jusqu’à ce que le ton devienne volontairement amoral et amplifié par un dénouement malaisant. Alesso Boni maintient plutôt bien l’ambiguïté mais manque de charisme pour mettre en valeur toutes les ambivalences de son personnage. Face à lui, Michele Placido, réalisateur de l’épatant Romanzo Criminale, confère à son personnage de flic ripou une conviction si stupéfiante qu’il éclipse sans peine ses autres partenaires. Sa prestation, énorme, mérite à elle seule le déplacement mais elle appuie inconsciemment les failles d’un récit qui néglige par intermittences ses personnages secondaires et n’évite pas quelques invraisemblances dommageables.


La mise en scène est au diapason des situations : fonctionnelle et illustrative dans les scènes domestiques ; alerte et ultra-soignée dans les flash-backs, les enterloupes, les scènes bleutées de boîte à partouze proche de China Blue et les hallucinations psychiques. Par chance, Michele Soavi ne renie pourtant guère ses origines, châtie toute facilité, a le bon goût de s’amuser des choses horribles et de ne pas prendre ses situations au sérieux. Fort d’audaces et d’outrances que l’on goûte selon sa sensibilité, le cinéaste filme tout avec la même perversité : une fusillade, un semi-viol, un traquenard, une pute sur laquelle un client fume des rails de coke ou encore une femme mariée qui rampe sur le sol pour se tirer de son marasme existentiel. Détail qui tue : il va même jusqu’à adopter le point de vue d’une mouche pendant un procès. Preuve que Soavi ne manque pas d’humour ni de distanciation sur ce qu’il filme. Preuve bis du goût du réalisateur pour l’absurdité qui se cogne drôlement à la noirceur brute (se souvenir de la fin tétanisante de Dellamorte Dellamore en forme d’impasse, reprise du Tras el Cristal, de Agusti Villaronga).



Autant le dire illico : ce ne sera pas du goût de tout le monde mais dans plaisir coupable, il y a coupable. Les détails qui peuvent laisser perplexe sont carrément annihilés par un franc enthousiasme. Reste à savoir s’il sera partagé par ceux qui ne connaissent pas les précédentes œuvres du cinéaste : ils reluqueront sans doute l’objet avec moins de mansuétude. Si on tient tant à jouer au jeu des comparaisons tannantes avec les derniers Argento qui, il est vrai, n’ont rien de grands crus, le dernier Soavi – qui sort en salles et non directement en DVD (merci la Pan Européenne!) – demeure plus riche, étrange et stimulant que n’importe quel avatar. On sort de la salle heureux de constater que Soavi n’a rien perdu de sa singularité.

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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