Après une accalmie de presque trois ans, le cinéma de genre français à costumes revient en grandes pompes avec l'une des icônes hexagonales les plus populaires.
Le pacte des loups en a déçu quelques uns,
Vidocq a déçu tout le monde. Qu'en est-il de la version proposée par Jean Paul Salomé, à qui l'on doit le misérable
Belphégor, des aventures du célèbre gentleman cambrioleur ?
ARSENE LUPIN de Jean-Paul SaloméTout comme les trois films précédemment cités,
Arsène Lupin reflète une ambition évidente de transposer l'aventure moderne d'un héros boudé par les studios depuis trop longtemps. Salomé veut donner un maximum d'atouts à son film : décors grandioses, effets spéciaux spectaculaires (même si parfois pas très réussis) et un mélange complexe entre un scénario alambiqué et un dépouillement complet de son héros. Le film s'éloignant sensiblement de l'image qu'on avait du personnage, nous voici témoins des débuts du jeune homme se faisant les dents, alors qu'il n'est âgé que d'une vingtaine d'années, sur divers paquebots ou casinos, détroussant comtesses et princesses des mains comme du regard. Un exercice que les amateurs de bandits dotés de flegme apprécieront trop peu de temps... puisque après une vingtaine de minutes introductives assez efficaces, le film bascule dans une histoire étriquée, à la limite du bizarroïde et qui ne s'éclaircira jamais vraiment d'une manière convaincante. Entre l'homme mi-chair mi-acier, les métamorphoses physiques, l'hypnose et une "immortelle", version féminine de Dorian Gray, laissant des traces de son passage à travers l'histoire sur la plupart des tableaux du Louvre, le film surfe sur un surréalisme débordant trop sur un grand-guignol fantastique.
Romain Duris est ARSENE LUPINSi la recette fonctionne sur un
Le Pacte des loups, ici éparpillée sur un scénario beaucoup trop large, elle perd le spectateur au point de le laisser tomber de sommeil. A force de trop de personnages, trop d'événements, trop de révélations, retournements de situations, twists et autres complots, on finit par ne plus rien comprendre à une chasse au trésor pourtant très basique.
Un méli-mélo scénaristique vraiment regrettable d'autant plus que le réalisateur s'en sort plutôt bien quand il s'agit de mettre son histoire en images ne serait-ce que part sa photographie. En terme d'action, le film commence très fort avec un Nicky Naude, célèbre comédien-chorégraphe, en père Lupin, nous offrant une baston dont lui-seul à le secret luttant contre une gendarmerie elle aussi en grande forme (oublions les clones des
Brigades du tigre se battant comme Van Damme) avant de mourir quelques instants plus tard. Une mise en bouche qui ne sera jamais rattrapée par la suite puisque là encore, l'ambition de la réalisation n'est pas à son paroxysme, ne nous offrant que six ou sept séquences musclées mais d'une durée avoisinant les trente secondes. Une réelle frustration tant les situations étaient propices à des séquences homériques (combat entre deux wagons d'un train, fusillade au cœur d'un phare en destruction, etc.). Ici, elles sont malheureusement trop vites expédiées, et ce n'est pas la séquence finale, sur la célèbre Dent creuse et sentant l'incrustation à plein nez, qui rattrapera le coup. Un comble en comparaison d'une fin à rallonge interminable totalement dénuée de sens.
Romain Duris est ARSENE LUPIN Arsène Lupin version 2004 n'est ni une catastrophe, ni une réussite, car imprégné des mêmes qualités et défauts des films de genre français de ces dernières années, mais pêchant par un réel manque d'ambition. Un peps plus présent dans certaines séquences n'aurait pas été de luxe, et l'intrigue aurait mérité un traitement moins brouillon pour capter l'attention de son public. Une fois encore, dommage.
Kirstin Scott Thomas et Romain Duris dans ARSENE LUPIN de Jean-Paul Salomé