L'HISTOIRE :
Les titres des dernières productions Disney laissent entendre un certain élan d’auto-critique de la part des studios de Tonton Walt : après s’être associés à des dinosaures en voie de disparition, ils reconnaissent leur indéniable mégalomanie (via l’excellent Kuzco) avant de se considérer, mais peut-être vont-ils un peu vite en besogne, comme un empire perdu. Allons, allons, pourquoi cet accès de défaitisme ? Certes, très nombreux sont ceux à avoir pointé du doigt les multiples plagiats opérés dans Atlantis, copies éhontées allant de Indiana Jones 3 à Stargate en passant par Princesse Mononoke et surtout la série japonaise Nadia et le Secret de l’Eau Bleue. On savait Disney prompte à piquer ses idées dans toutes les besaces, mais la coupe commence à déborder. Bon, il est vrai qu’on ne trouve jamais la moindre idée réellement novatrice dans cet Atlantis dont la source première d’inspiration reste, il faut le rappeler, ce bon Jules Verne décidément indémodable. En soi, c’est un sérieux handicape. Cependant, alors qu’il savait jadis (c’est-à-dire jusqu’à Aladin) nous surprendre par le traitement décalé ou raffiné de sujets usés jusqu’à la corde, le studio reconnaît enfin qu’il n’a plus rien de neuf à offrir dans le domaine du gros spectacle à engranger les millions et s’attelle, uniquement, à signer le meilleur produit possible. Il y parvient presque.
L’action est connue (expédition qui tourne mal, gentil héros sauveur, affreux traîtres et comparses sympas) mais bougrement bien conduite, menée avec rapidité (on regrette par endroits que les réalisateurs ne lèvent jamais le pied, allant jusqu’à couler au bout de 5 minutes un sous-marin à peine entrevu, dommage…), intégrant élégamment les images de synthèse selon la technique du Géant de fer, c’est-à-dire avec une homogénéité avec les personnages dessinés qui faisait cruellement défaut au Titan A.E. de Don Bluth. On se régale comme à un bon divertissement rempli de péripéties jouissives. Disney, qui s’adonne rarement à l’action pure (sauf si on considère le rythme effréné de Kuzco), prouve qu’il peut emballer un blockbuster Spielbergien avec les qualités graphiques propres au studio. Après, c’est à chacun ses goûts concernant le design étrangement carré des personnages…
Finalement, la principale force du film est aussi sa faiblesse : on y trouve aucune bestiole survoltée placée là exprès pour ne faire rire personne. Une première pour Disney, sauf à considérer que tous les protagonistes du film, à l’exception de la princesse Kida, sont des faire-valoirs, c’est-à-dire des seconds couteaux écrasés par l’ampleur incommensurable de l’enjeu, le destin d’une civilisation. Une approche narrative qui donne au film une coloration mystique et humaniste franchement ambitieuse, mais qui souligne aussi ses limites. A aucun moment le scénario ou la mise en scène ne parviennent à nous faire percevoir la portée véritable de cette mythologie d’Atlantis qui ne trouve pas ici un traitement à sa dimension. Bref, un chouette ‘’actioner’’ très bien emballé et parsemé de gags qui font mouche, mais qui rate le coche de l’aventure adulte. Un demi-succès.C'est le 19 mars que sortira le petit dernier de la maison Mickey. Loin derrière Shrek au box office, Atlantis fut un nouvel échec pour le studio. Disney serait-il définitivement perdu sans Pixar?- ...