L'HISTOIRE : Alors que la guerre fait rage en Bosnie, Danijel et Ajla se retrouvent dans des camps opposés malgré ce qu'ils ont vécu. Danijel est un soldat serbe et Ajla une prisonnière bosniaque retenue dans le camp qu'il surveille. Pourtant, avant le conflit, l'un et l'autre partageaient d'autres sentiments. C'était une autre vie, avant la barbarie, avant que cet affrontement ethnique violent ne prenne leur futur en otage. À nouveau face à face dans cet épouvantable contexte, leur relation devient complexe, ambiguë, incertaine. La guerre a miné leur lien. Voici leur histoire, bouleversante, écrasée par l'effroyable poids qu'une guerre fait peser sur des gens simples qu'aucun pouvoir politique ne semble vouloir sauver. Aux antipodes du glamour et de la démagogie. Qui l'eût cru ?
Il aurait été tellement plus simple d'être déconnectée de la réalité, de multiplier les afféteries visuelles, de choisir un casting sexy et de le faire parler en anglais. Seulement, Angelina Jolie n'est pas Madonna. Elle s'est identifiée à l'héroïne, peintre passionnée et opaque en plein déni de soi, écartelée entre élans passionnels et aventures romanesques. Le premier et le dernier plan apportent un contrepoint essentiel au bourbier des Balkans, en célébrant l'art comme force transcendante et en le distinguant comme seule activité humaine qui élève indifféremment celui qui le produit comme celui qui le reçoit. De toute évidence, Jolie a été coachée par son binôme de Brad Pitt, que l'on sait bon producteur exécutif, notamment sur le scénario échappant par ailleurs au débat politico-partisan. Subsistent quelques réserves : la seconde partie répète un peu trop ce que la première avait réussi à traduire sans effets et des longueurs alourdissent inutilement l'ensemble. Mais, à l'arrivée, du cinéma classique loin d'être honteux qui, par-dessus tout, respecte les langues et les valeurs culturelles.
Romain LE VERN
La presse se dispute sur Chronicle, Cheval de Guerre, Au pays du sang et du miel, Bullhead, La mer à boire, Sécurité rapprochée, Albert Nobbs, Portrait au crépuscule...