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Avant que j'oublie

La critique d'Excessif

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avant_que_j_oublie_cinefr L'HISTOIRE : Pierre, 58 ans, prisonnier de son passé, a de plus en plus de mal avec la solitude, avec le temps, avec le monde extérieur, a recourt à des psychotropes, s’enferme chez lui, seul lieu où il est le moins mal, dans l’attente d’une inspiration, n’arrive plus à écrire, a rendez-vous pour déjeuner avec son ami, une relation vieille de 30 ans, un ami qui fut un papa, une maman, une banque, l’ami ne viendra pas, Pierre se confronte à la police...à la famille, à la maladie...seul face à lui-même... se ressaisira avec humour et distance... croise chez son avocat un ami de bar...parlent de leur jeunesse, avec l’aide de son psyretrouve l’inspiration. Accompagné d’un gigolo, ira au bout de ses fantasmes.
Une tranche de la vie erratique de Pierre, homosexuel de 58 ans. Séropositif, écrivain en mal d'inspiration, Pierre a de plus en plus de difficultés à assumer sa vie, sa solitude, son passé et lui-même. Des retrouvailles avec d'anciens amis, et de nouvelles rencontres, lui permettront de se retrouver et d'aller au bout de ses fantasmes.

AVANT QUE J'OUBLIE
Un film de et avec Jacques Nolot
Durée : 1h48
Date de sortie : 17 Octobre 2007


Troisième volet d'une trilogie commencée avec L'arrière-pays et La chatte à deux têtes, Avant que j'oublie suit le personnage de Pierre, incarné par Jacques Nolot l'homme-orchestre : scénariste, acteur, réalisateur. A 58 ans, Pierre, l'ancien gigolo, est en pleine crise existentielle. Confronté à la mort de son protecteur Toutoune -qu'on ne voit pas, sinon de dos au début du film -, il doit aussi faire face à sa séropositivité, à l'angoisse du traitement, au manque d'inspiration. Car Pierre écrit. Ou plutôt n'écrit plus. Il va chez le psy, à la place. Il voit parfois un ami aussi déprimé que lui, avec lequel il échange quelques réflexions sur les gigolos, l'argent, et surenchérit sur la vacuité de l'existence. Alors, Pierre s'enferme chez lui, cherche l'inspiration, ne la trouve pas, ressasse de vieux souvenirs, hésite à prendre son traitement, passe quelques coups de fil, renonce.

Tout cela prend du temps. Tout est filmé en temps réel. « Avec sobriété », diront certains : une lumière que le réalisateur a voulu « clinique », beaucoup de silences, aucun gros plan, peu de mouvements de caméra. Et des plans fixes, beaucoup de plans fixes. Pierre regarde la télé, le spectateur aussi. Pierre va aux toilettes, la caméra l'attend, immobile. Pierre a manqué les infos, pas le spectateur. Pierre s'ennuie beaucoup, en fait. Le spectateur aussi. Au sujet d'Avant que j'oublie, Jacques Nolot déclare : « J'aurais souhaité davantage de plans séquences, de silence, de riens, mais je n'ai pas toujours eu l'argent et le temps pour les tourner. C'est mon seul regret. » Regret que le public ne saurait partager de manière unanime...


Alors, bien sûr, on peut saluer la froideur réaliste du film, sa crudité ; on peut disserter longtemps sur l'intérêt, par exemple, de filmer Pierre, son corps de 60 ans, nu. On peut sans doute aussi saluer une certaine justesse dans la manière dont les personnages sont dessinés, dans la cruauté banale de leurs parcours émaillés de rencontres, de sexe, mais finalement perclus de solitude. Certains trouveront sans doute sensible et profond ce portrait d'un homme, d'un artiste à l'automne de sa vie, angoissé, moralement fatigué, suicidaire par peur d'un déclin inéluctable. Il est cependant à réserver aux amateurs d'un rythme que l'on peut qualifier, selon son taux de résistance, de « lent » à « poussif », à ceux qui n'ont pas peur d'1h48 sans bande-son, hormis pour la séquence finale (ce qui, on en conviendra, ne donne que plus de force à l'accomplissement du fantasme de Pierre), et enfin à ceux pour qui un jeu d'acteurs dans l'ensemble hyper-théâtralisé n'est pas dérangeant au cinéma. Sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2007, le film de Jacques Nolot est représentatif de tous les clichés qui peuvent s'y attacher : on adore, ou on s'endort...

Julie Molina



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