1. >
  2. >
  3. >Critique Avida

Avida

La critique d'Excessif

0/5
avida_img1 L'HISTOIRE : Un sourd-muet et deux drogués à la kétamine ratent l'enlèvement du chien d'une milliardaire plantureuse. Elle en profite pour les forcer à réaliser ses dernières volontés.
Le premier exploit du duo Grolandais Benoît Delépine/Gustave Kervern, c'est d'être parvenu à parfaitement dérouter le spectateur le plus avisé avec Aaltra il y a deux ans, dans un magique pamphlet sur l'emmerdement sous toutes ses formes. D'une lenteur extrême, cette ode au cinéma du nord n'en restait pas moins cocasse, mais surtout un portait assez désopilant de chieurs de premier ordre. On se croyait ainsi préparé à tout. Mais non ! Avida repousse les limites de l'étrangeté dans une narration alambiquée au possible sur la captivité de l'animal qui repose en chacun de nous, et ajoute un énorme pavé à l'édifice de la planète ovni que les deux compères n'ont pas fini de faire tourner. Un OBNI même, avec un B comme bizarroïde !



AVIDA
Un film de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Avec Gustave Kervern, Velvet, Benoit Delepine, Eric Martin, Bouli Lanners, Albert Dupontel, Claude Chabrol, Philippe Vuillemin
Durée : 1h23
Sortie le 13 septembre 2006

Gus, un handicapé mental sourd muet, est baladé d'organismes en employeurs véreux divers pour tenter une insertion sociale. Devenant employé d'un zoo privé, il fera la rencontre de deux de ses collègues, camés à la kétamine, qui sont prêts à tout pour s'enrichir. Leur dernier plan : kidnapper le bichon d'une milliardaire plantureuse vivant dans le voisinage et demander une rançon en échange. Une organisation et une aventure chaotiques permettront néanmoins à Gus de s'épanouir et de trouver en lui une humanité qu'il ne soupçonnait pas…



Poursuivant la lancée du film précédent en imposant un titre qui pousserait l'amalgame vers une œuvre biélorusse-tchèquo-croate, Avida extrapole le conditionnement poussif de Aaltra vers un échelon supplémentaire pour épuiser le spectateur. Exercice déjà casse gueule dans le premier essai puisqu'il prenait purement et simplement le risque de perdre son public en cours de visionnage, l'ambiance est ici plombée de plus belle par un récit et une image plus sombres (les plages, paysages et routes d'Aaltra laissent ici place à de vilaines architectures plein cadre et une photographie plus contrastée), ainsi que par une volonté de cumuler les séquences faussement nonsensiques. Avant de les désamorcer par une structure de récit logique ou par un humour assez efficace. Car aussi dramatique – mais poétique - soit-elle, Avida est une comédie reposant sur le système nerveux de celui qui la regarde, nourri par l'impatience, la curiosité, la fascination avant d'être soudainement réveillé par une situation burlesque bien grasse mais pertinente. Sur la forme, on ne change donc pas une recette risquée qui tracera définitivement une frontière entre les adeptes et les autres, mais qui conserve toujours son petit effet.


Une mise en place pesante (la scène du cimetière d'armoires étant peut-être de trop) et étrangement nécessaire pour prendre le temps de consulter, avec un regard écarquillé, une galerie de portraits qu'on jurerait sortis d'un zoo là où justement le vrai zoo du film doit être le seul à transpirer la normalité. Et à force de jongler avec les faits établis naturels, Kervern et Delépine multiplient les élans de folie au point de défier littéralement les lois de chaîne alimentaire comme s'ils renversaient un échiquier. On ne sait plus qui mange quoi, quoi mange qui, et dans quel ordre croissant de réflexion placer cafards, chiens, homards, lions hommes ou femmes lorsque les zoophiles déblatèrent des diatribes à rallonge sur la place du chevreuil en société – génial Claude Chabrol roulant des yeux devant un catalogue d'anus d'animaux sauvages – ou lorsque les propres gardiens du zoo se shootent eux-mêmes à l'anesthésiant pour éléphant avant de jouer à la pétanque avec des chaises de jardin.


C'est un peu ça Avida. Une œuvre encore moins abordable qu'Aaltra, mais surtout un retour à l'état sauvage téléphoné par la plus stupide espèce existante qui soit : l'homo sapiens courant droit dans le mur sans le savoir à force de se forger un confort (on ne compte plus les morts stupides) et qui ne prend plus le temps de jeter un œil sur lui-même. C'est finalement ce que fera quand même le film, avec son long regard blafard communicatif, préférant l'apologique naïveté d'un sourd muet qui veut se couper la langue aux maisons high-tech contrôlées par télécommandes. Rien ne sert de s'enrichir, encore faut-il avoir le sens des valeurs…



Mag : plus d'actu sur Avida

Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience