L'HISTOIRE : Surnommée BAARÌA par ses habitants, cette petite ville de la province de Palerme est le théâtre d'une saga familiale qui s'étend sur trois générations. Des années 30 aux années 80, de Cicco à son fils Peppino, et à son petit-fils Pietro, BAARÌA nous entraîne dans une odyssée peuplée de personnages habités par des passions et des utopies qui les imposent comme de véritables héros. À travers leurs amours, leurs rêves et leurs désillusions, cette fable drôle et nostalgique dresse le portrait d'une petite communauté sicilienne, microcosme où se joue une comédie humaine universelle.
Durant la période fasciste, sa condition de simple berger laisse à Cicco la liberté de s'adonner à ses passions : les livres, les poèmes épiques, les grands romans d'amour populaires. Son fils Peppino va être le témoin de la famine et des injustices perpétrées pendant la Seconde Guerre mondiale qui le pousseront à s'engager politiquement. À l'issue de la guerre, il rencontre la femme de sa vie. Mais Peppino est devenu communiste et tous s'opposent à leur union. Les amoureux sont pourtant bel et bien déterminés à vivre leur passion au grand jour...
Une reconstitution un peu vaine
Les connexions entre mafia, arrivée du fascisme et communisme sont noyées dans un verbiage qui dessert le propos. Les liens qui unissent la famille ont du mal à nous émouvoir dans Baaria. Il y même difficile d'identifier un message politique clair (celui de l'auteur autant que celui de Peppino). Pourtant l'image de la mafia présentée comme une machine à tuer est évacuée du film, un de ses atouts. Mais il n'en reste que des évocations politiques floues et des bribes revendicatives qui ne parviennent pas à faire sens, malgré leur redondance. Peppino est un réformiste un peu mou, trop tendre, une interruption dans un de ses discours ne masque même pas son manque de substance et de conviction. Une reconstitution un peu vaine donc dans lequel Giuseppe Tornatore parvient à déclarer sa flamme au cinéma qui a bercé son enfance. La réalisation, la photographie (qui rappelle Un long dimanche de fiancailles de Jean-Pierre Jeunet) sont de bonne facture, sans excès d'inventivité. La bande-son (Ennio Morricone revient comme une ritournelle) fonctionne toujours bien. Baaria n'a pas été injustement oublié du palmarès du festival de Venise, le film ne concrétise absolument pas les moyens colossaux déployés pour son élaboration. Une grosse déception.
Julien LOUBIERE
L'Agence tous risques a pris le meilleur démarrage des nouveautés à Paris avec près de 1.900 spectateurs aux premières séances.