L'HISTOIRE : Une banderole noire accrochée sous une fenêtre : "homme seul". Est-ce un cri du coeur, un appel au secours ? Les employés du bureau d'en face s'interrogent. Ils vont tenter de savoir de quoi il en retourne... Le même jour, au "square des francine", les amoureux, les solitaires, enfants, jeunes et plus âgés, une multitude de personnages se croisent. Plus tard, au magasin "Brico-dream", la valse des vendeurs et des clients. Les personnages des trois histoires se rencontrent. Des liens se tissent...
Une invitation à s'assoir et à observer le monde qui nous entoure.
Il est de ces metteurs en scène discrets mais efficaces. En quelques années, il a su imposer un style et une vision qui lui sont propres. Il a notamment adapté quelques classiques de la littérature française (Le Mystère de la Chambre Jaune, Le Parfum de la Dame en noir, d'après Gaston Leroux), et réalisé différentes « cartes postales » de notre beau pays (Liberté-Oléron, Paris, je t'aime). Aujourd'hui, Bruno Podalydès nous dévoile sa toute dernière réussite, Bancs Publics (Versailles rive droite), et poursuit ainsi une « saga urbaine » entamée en 1992 avec le court-métrage Versailles rive gauche. Mais bien plus qu'un hommage à la célèbre ville créée par Louis XIV, le cinéaste s'en sert avant tout comme d'une toile de fond pour y présenter une galerie de personnages atypiques.
Film d'auteur, au budget certainement restreint, Bancs Publics (Versailles rive droite) surprend tout d'abord par une affiche à faire rougir n'importe quel « blockbuster » français. Il nous est difficile de citer ici tous les acteurs participant, mais nommons simplement, parmi les plus « prestigieux », Chantal Lauby, Josiane Balasko, Benoît Poelvoorde, Michel Vuillermoz, Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus, Catherine Deneuve, Bruno Solo, Pierre Arditi, Julie Depardieu, Claude Rich, Michel Aumont, Elie Semoun, Nicole Garcia, Emmanuelle Devos, Vincent Elbaz, ou bien encore Mathieu Almaric ! Sachez donc qu'il ne s'agit là que d'une infime sélection et que vous n'êtes pas au bout de vos surprises tant la richesse du casting semble infinie... Fidèle à ses habitudes, le réalisateur en profite également pour faire une apparition, et a réservé un personnage de tout premier choix à son frère, l'excellent Denis Podalydès. Bien évidemment, l'intérêt du film ne se limite pas à cette incroyable réunion d'acteurs car, en ce sens, Astérix aux Jeux Olympiques serait un pur chef d'oeuvre. La force réelle de ce long-métrage est d'avoir su faire appel à de véritables comédiens, issus du théâtre ou du cinéma, connus ou moins connus, et de les avoir mélangés puis dirigés avec une extrême précision. Tous se révèlent d'une justesse parfaite, dans des rôles généralement écrits sur-mesure. Certes, il est parfois étonnant de découvrir quelques apparitions « gratuites », dont le sens nous échappe étrangement. Ainsi, que vient faire Thierry Lhermitte dans la peau d'un médecin battant tous les records de « figuration » pour un acteur aussi populaire ? Dix secondes à peine, c'est tout de même court... A vouloir impressionner par le biais d'un casting véritablement transcendant, le film de Bruno Podalydès frôle de temps à autre l'indigestion. Devons-nous pour autant lui en tenir rigueur ? En fait, le « problème » de ce long-métrage réside dans sa durée globale. Avec 110 minutes de pellicule, le réalisateur a prévu large. Trop, diront certains. Et seuls les cinéphiles les plus assidus prendront un malin plaisir à suivre de bout en bout cet incroyable délire. Certaines séquences auraient pu être raccourcies, voire supprimées, mais nous aurions tant perdu.
La plupart, pour ne pas dire toutes, regorgent en effet de dialogues hautement réfléchis et de trouvailles visuelles insensées. On pense surtout à la dernière partie du film dans laquelle Bruno Podalydès semble retrouver une âme d'enfant, en se laissant emporter par une imagination féérique, souvent burlesque, à l'intérieur d'un hypermarché spécialisé. Les employés y sont des clowns grimaçants, les clients y achètent des piles gigantesques, et certaines machines de démonstration s'emballent au point de tout détruire sur leur passage. Dès lors, le sujet principal devient presque secondaire, et la seule question est de savoir ce qui va réellement se passer dans la minute qui suit.
Pourtant, le « pitch » de base ne manque pas de singularité. Il apporte même un sens précis à cette suite d'évènements et leur sert donc de fil conducteur, ce qui permet de faire un lien entre chaque. Trois employées d'une société versaillaise aperçoivent de leur fenêtre une banderole accrochée à un balcon voisin, et sur laquelle est écrit « HOMME SEUL ». S'agit-il d'une « annonce matrimoniale » ? Ou d'un suicide en cours de préméditation... Toutes les possibilités sont envisagées. Et chaque homme, suspecté. L'auteur nous entraîne alors dans une sorte d'enquête sociale, à la découverte d'un petit quartier, sa vie, ses moeurs, ses habitants ou ses passants, à travers une entreprise, un parc, une rue, un magasin de bricolage, et enfin, un vieil immeuble. La construction peut paraître légèrement « plan-plan » dans son ensemble, et le rythme en subit parfois les conséquences. Mais très vite, on s'attache aux nombreux personnages, en espérant les retrouver plus tard, ainsi qu'à cet étrange univers, d'abord réaliste puis fantaisiste, à l'intérieur duquel les êtres évoluent finalement avec beaucoup d'insouciance.
Toute la réussite de ce film tient donc en ce point essentiel : Bruno Podalydès y décrit le quotidien de personnages familiers, qu'il s'agisse d'un voisin, d'un marchand ou d'un collègue, et tente de savoir ce qui se cache en chacun d'eux. Une oeuvre personnelle et donc originale, simple mais d'une richesse fascinante. Une invitation à s'assoir et à observer le monde qui nous entoure.
Gilles Botineau
LA CRITIQUE CONTRE
Après avoir dernièrement suivi les aventures de Rouletabille dans un diptyque amusant mais consensuel, Bruno Podalydès continue sur sa lancée des comédies tendres et burlesques dans ce Bancs Publics (Versailles rive droite), sorte de conclusion à ses Versailles rive gauche et Dieu seul me voit (Versaille chantiers). Ici, réunissant toute la crème du cinéma hexagonal et nous offrant le générique le plus ostentatoire de toute l’Histoire, le réalisateur tente de nous faire adhérer à un monde superficiel fait de stars et de petits récits de rien du tout, censés tracer le portrait des petites gens, des autres, de ceux qui passent dans la rue et que l’on oublie. Divisé en trois tableaux, et l’on épargnera le premier qui pourra éventuellement vous faire décrocher quelques sourires, l’ouvrage de Podalydès est une mise en abîme vertigineuse du vide... Ne filmant rien, ne racontant rien, laissant libre cours à une imagination de pacotille plus lourdingue que poétique, le cinéaste ne peut camoufler le vide qui se cache derrière ce parterre de comédiens. Tant de talents réunis pour une si misérable tentative artistique, le gachis est de taille...
Bancs Publics ne parvient à titiller notre curiosité que pour une seule et unique raison : son casting. C’est bien simple, si l’on enlève les noms qui se balladent ici et là, il ne reste rien ou trop peu... En effet, pour faire simple, Bancs Publics n’a strictement aucun intêret, au point même de se mordre la queue à plusieurs reprises, revenant sur des personnages qui, à la base, n’étaient déjà pas passionnants. Les récits des micro-métrages collés les uns aux autres ne se croisent jamais et sous couvert d’un fil rouge peu convaincant qui ne s’avère être qu’une plaisanterie, ne permettent pas une seule seconde aux personnages qui les peuplent d’exister.
Cet enchaînement agacant de petites histoires et d’idées farfelues qui se perdent en route est donc à l’image de toute la toile de fond du film : tout ça n’est qu’une énorme blague, ayant entraîné un facheux malentendu... On pensait avoir affaire à un film et il ne s’agit là que d’un oubli de cinéaste, celui de mettre en scène une histoire, de faire exister ses personnages et de ne pas se reposer sur des noms. Monté au petit bonheur la chance, sans aucune idée visuelle ou digne d’un épisode de sitcom à la française, Bancs Publics ne mérite pas que l’on s’y attarde. Avec des inconnus, le film serait passé inaperçu... Non, en fait, il ne se serait jamais fait. Et pour de bonnes raisons. C’est suffisant pour penser qu’il s’agit là d’un grotesque quiproquo. Nous étions venus pour voir du cinéma, c’est tout simplement du grand n’importe quoi.
Kevin Dutot
C'est déjà la 7ème édition du festival Paris Cinéma et il compte bien marquer les débuts de l'été parisien. Du 2 au 14 juillet prochain, les cinéphiles peuvent préparer leur pass, l'édition 2009 ne ...