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Bangkok Dangerous

La critique d'Excessif

2/5
bangkok_dangerous_cinefr L'HISTOIRE : Joe, un tueur professionnel sans scrupules, atterrit à Bangkok afin d'exécuter quatre contrats pour le compte d'un chef mafieux nommé Surat. Il engage Kong, un pickpocket de rues comme intermédiaire, de façon à ne laisser aucune trace derrière lui. Mais alors qu'il a toujours évolué en solitaire, Joe prend le gamin sous son aile et s'engage dans une relation sentimentale avec une vendeuse locale sourde et muette. Petit à petit, Joe est gagné par la beauté capiteuse de Bangkok, au point de remettre en question son mode de vie, son isolement et la prudence qui lui a jusque-là permis de rester en vie.
Attention ! Le grand Nicolas Cage revient et il n’est pas content ! Pas content qu’on ne le prenne pas au sérieux, pas content qu’on se moque de ses projets et de son implantation capillaire. Dire que sa collaboration avec les frères Pang va arranger les choses serait un peu excessif mais une chose est certaine : Cage pourrait bien devenir le champion des vidéoclubs ! Explications.

BANGKOK DANGEROUS
Un film de Oxide Pang Chun, Danny Pang
Avec Nicolas Cage, James With, Charlie Yeung, Philip Waley, Shahkrit Yamnarm, Shaun Delaney, Panward Hemmanee, Dom Hetrakul
Durée : 1h38
Date de sortie : 27 août 2008

S’il y a bien un acteur au monde qui ne semble pas avoir froid aux yeux, il semble que ce soit ce brave et génial Nicolas Cage, interprète émérite et inimitable d’une multitude de rôles tous plus arrachés les uns que les autres. Si certains personnages lui colleront fatalement -et heureusement- à la peau, à l’image d’un Sailor dirigé par Lynch ou encore de ses prouesses pour De Palma (Snake Eyes), Scorsese (A tombeau ouvert), Coppola (Cotton Club) ou encore Scott (Les associés), c’est sans aucun doute sa performance dans le bouleversant Leaving Las Vegas qui le fit entrer au panthéon des comédiens de renom, ce qui lui vaudra un oscar. Cependant, ses interprétations sans faille dans le registre dramatique furent petit à petit éclipsées par un second pan de carrière plus tape-à-l’œil mais dans lequel il s’essaya aussi auprès d’un public moins demandant, tel un acteur éminemment bankable. Difficile de passer à côtés de gros popcorn movies que sont sa participation à des productions grandioses du gamin Bruckheimer (Les ailes de l’Enfer ou encore Rock), au thriller cabotin de Woo, jusqu’aux comédies familiales (The Weatherman ou encore Family Man). Et même lorsqu’il s’entêtera à se perdre dans des œuvres plus futiles que celles que son talent impulsif lui permet (60 secondes chrono, World trade center ou encore Windtalkers), il parviendra à se faire rappeler à l’oreille du spectateur attentif et patient avec de grands moments tel que Lord of War ou encore le très mauvais métrage dans lequel il faisait littéralement tache, son jeu ayant été rarement aussi précis (le définitivement mal foutu The Wickerman (2006) de Neil Labute)… Aussi même s’il s’est fait apprécier en relève light du mythique Indy avec ses épisodes de Benjamin Gates, il a fini par user l’indulgence du public qui fut anciennement totalement acquis à sa cause…

Fort d’une réputation sulfureuse et d’une impulsivité exceptionnelle, Nic Cage fait donc un peu ce qui lui plaît, au risque de décevoir, comme dans une perpétuelle tentative d’insoumission. S’il fonctionne à l’instinct et aux coups de cœur, il semble totalement accepter de se débarrasser du poids que représentent les attentes du public pour mieux se comporter en star incernable et inattendue, incarnant ainsi cette rock’n’roll attitude qu’il recherche tant depuis toujours (saccages de caravane à l’appui !). Ainsi, enchaînant les tournages tel un boulimique de sensations à la traque d’une véritable identité qu’il ne parvient pas à posséder, il accepte volontiers de se confronter au pire comme au meilleur, le pouvoir et l’argent aidant sa névrose géniale. Ayant déjà prouvé qu’il était capable de faire volontairement terrible (Capitaine Corelli, Ghost Rider…) mais aussi d’envies inattendues (Huit millimètres, Adaptation ou encore son cameo dans un court grindhouse de Rob Zombie), mais toujours avec une classe incontestable, l’acteur semble continuer sa parade invraisemblable. Totalement passionné par le film des frères Pang, Cage se paye donc littéralement l’œuvre elle-même qu’il aurait tant souhaité avoir. Ne pouvant intervenir sur la version de 1999, il embauche par la même occasion les deux Thaïlandais trop heureux de pouvoir continuer une carrière américaine suite à leur véritablement plat Les Messagers l’année dernière. Sans doute inconscient du potentiel relativement médiocre des frérots qui connurent leurs heures de gloire en pompant gentiment le style de Hideo Nakata, ce brave Nicolas se lâche littéralement et décide de devenir encore quelqu’un d’autre pour cette sombre histoire de tueur à gages solitaire en mission à Bangkok.


Pour convaincre et se faire oublier, il ajoute à son habituel relookage capillaire quelques accessoires que sont les doubles mentons, la bedaine et les chemises à fleur moches (et les fleurs, et les chemises). Habitué des transformations physiques extrémistes, il se grime donc en voyageur soi-disant lambda que l’on imaginerait bien plus attiré par le tourisme sexuel que par l’assassinat. Si le camouflage et l’infiltration marchent ici à merveille, il n’en sera pas autant du reste du métrage qui lorgnera toujours un peu plus vers la série B mal fichue, quand bien même les deux zouaves avaient eu un film entier pour répéter. L’acteur semble y croire jusqu’au bout et c’est finalement ce qui fait de la peine, personne n’étant dupe dans l’assistance qui a de plus en plus l’impression d’assister à un mauvais Steven Seagal. Là où l’axe dramatique aurait pu en intéresser quelques uns, c’est pourtant cet horrible manque qui va turlupiner : à quoi peut ressembler un Steven Seagal sans Steven Seagal ? La réponse vous étant légitime, nous nous attarderons donc plus en profondeur sur cette mise en scène à la limite de l’expérimentation puisque tentant en permanence d’être non narrative : si une évidence transparaît, et ce dès les premières images, c’est cette absence totale de vision et surtout d’un quelconque talent de conteurs chez les deux Thaïlandais qui appuient un peu plus une réputation qui n’était déjà pas flatteuse. Les deux artistes contemporains se plongent donc à corps perdus dans cette histoire que l’on ne suivra que pour épauler notre -ancienne- idole dans cette douloureuse démarche du nanar de bas étage qui va finalement se montrer absolument génial si on accepte de l’appréhender au quinzième degré.

Car prise avec du recul, cette nouvelle aventure de Cage dans l’univers Rock’n’roll devient passionnante : l’acteur qui possédait pourtant jusqu’à présent une palette d’expressions impressionnante, mal dirigé comme rarement, parvient à faire passer un Keanu Reeves> mollasson pour un excité nerveusement bien atteint. Apparaissant comme un être réellement fragilisé par la situation, il devient exceptionnel de l’observer dans les fringues beaufs d’un personnage dont la profondeur existentielle est résumée au retournement d’un tableau sur un mur. Heureusement, il est appelé à faire varier son quotidien et de sublimes scènes d’action seront pour l’occasion proposées au spectateur : difficile, voire impossible, de résister à une course poursuite de pirogues à dix kilomètres/heure, course exaltante se concluant par un duel embarcation/mobylette se terminant à la manière d’une bonne zèderie à la Dolph Lundgren, explosion et bras coupé à la carte… Comment ne pas apprécier alors d’assister à cette métamorphose improbable de Cage en acteur bis du pauvre, trop gras pour coller une ou deux tatanes ? Curiosité exceptionnelle où les idées fusent plus rapidement que les rares balles à l’image de cette bouleversante scène durant laquelle notre beau gosse aux cheveux gras et longs croira que sa bien-aimée l’a laissé tomber alors qu’elle court sur le trottoir pour l’appeler… chose impossible puisqu’elle est muette ! Des situations comme celle-ci, Bangkok Dangerous en possède au moins quinze mille ! Que demande aussi le peuple exigeant lorsque les frères Pang se proposent de faire notre éducation sentimentale au cours de trois séquences de danses traditionnelles sur podium par des aguicheuses bougeant leurs corps sur de la techno ringarde en provenance des pays de l’Est dont les paroles pourraient se résumer à « Push, baby ! Push, Push ! ».

Les amoureux du voyage seront donc conquis par cette visite accélérée d’un Bangkok peu ragoûtant mais au folklore passionnant : au détour d’une balade dans les marchés, vous croiserez sans doute l’éléphant domestique qui semble répondre en écho aux colombes de Woo. Sans compter sur ces boîtes de nuit surpeuplées, ces parcs où l’on peut flinguer à tout va, les pharmacies douteuses et les restaurants dans lesquels vous pourrez découvrir les plats locaux mais trop épicés ! Thaïlande, pays de tous les rêves ! Les Pang la décrivent avec un snobisme tel que votre futur voyage prévu là-bas risque bien d’être annulé… à l’image de votre place de cinéma dont vous ne savez plus quoi faire ! Pourtant que vous faut-il de plus : Nicolas Cage (au top de sa forme), de l’action (un petit peu), des situations incroyables (beaucoup), de l’avant-gardisme (énormément)… Bangkok Dangerous est donc un film à voir et à revoir entre potes et uniquement entre potes ! Le genre de film durant lequel le spectacle se joue autant dans la salle que sur la toile, tous les commentaires étant bon à entendre ! A l’exception peut-être des quelques secondes musicales qui, lorsqu’elles sont composées par Brian Tyler, sont réellement impressionnantes. Allez Nic ! Encore un petit effort et tu rejoints Christophe Lambert et Jean-Claude Van Damme en DTV !

Florent Kretz









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Total des votes : 3

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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