1. >
  2. >
  3. >Critique Bataille A Seattle

Bataille à Seattle

La critique d'Excessif

4/5
batteseattle_affiche L'HISTOIRE : Lors de la réunion en 1999 de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, un groupe éclectique de manifestants, comprenant des activistes environnementaux, des docteurs, des anarchistes, des avocats, des terroristes économiques et des citoyens lambda, plongent la ville dans un état proche du chaos, et chassent l'OMC hors de la ville.
En 1999, de gigantesques manifestations se sont opposées à la tenue de la conférence de la toute-puissante Organisation Mondiale du Commerce à Seattle. Jamais l'opposition n'avait été aussi forte, aussi frontale et aussi violente...
Bataille à Seattle nous plonge au coeur de ces événements à travers le point de vue de plusieurs personnes, manifestants, policiers, délégués de l'OMC, médecins. Ces cinq jours qui ébranlèrent le monde et marquèrent spectaculairement la naissance d'un alter-mondialisme planétaire livrent enfin leurs secrets et leurs enjeux...
Le premier film de Stuart Townsend ne manque ni d'envie ni d'ambition. Il choisit de relater les faits s'étant produits fin Novembre 1999 avec la première réunion de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) sur le sol américain. L'OMC regroupe des observateurs et des membres. Les observateurs peuvent être des Etats en cours d'adhésion, des organisations internationales (FMI, Banque mondiale...). Ce qu'il faut retenir, pour aller à l'essentiel, c'est que l'OMC -telle une super-caste- peut donner des avis et sanctionner des politiques de pays alors même qu'aucun de ses membres n'a été élu plus ou moins directement par les peuples. Vu sous certains angles, l'OMC est dépeinte par certains comme l'une des entités les plus injustes qui soit.
Pour son premier film en tant que réalisateur, Stuart Townsend frappe fort et signe rien de moins qu'une authentique oeuvre engagée, enragée, dont les multiples points de vue abordés enrichissent durablement notre propre vision du monde. Le vaste récit se montre étonnamment fluide en se concentrant sur cinq jours décisifs qui ont marqué l'alter-mondialisme universel. A travers quatre personnages clés, le réalisateur nous transmet sa vision franche des évènements, son propre parcours ayant servi à l'écriture d'un script rare.

BATAILLE A SEATTLE
Un film de Stuart Townsend
Avec Andre Benjamin, Woody Harrelson, Martin Henderson, Ray Liotta, Michelle Rodriguez, Channing Tatum, Charlize Theron, Connie Nielsen, Jennifer Carpenter
Durée : 1h38
Date de sortie : 07 mai 2008


En 1999, de gigantesques manifestations se sont opposées à la tenue de la conférence de la toute-puissante Organisation Mondiale du Commerce à Seattle. Jamais l'opposition n'avait été aussi forte, aussi frontale et aussi violente...
Bataille à Seattle nous plonge au coeur de ces événements à travers le point de vue de plusieurs personnes, manifestants, policiers, délégués de l'OMC, médecins. Ces cinq jours qui ébranlèrent le monde et marquèrent spectaculairement la naissance d'un alter-mondialisme planétaire livrent enfin leurs secrets et leurs enjeux...

Le premier film de Stuart Townsend ne manque ni d'envie ni d'ambition. Il choisit de relater les faits s'étant produits fin Novembre 1999 avec la première réunion de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) sur le sol américain. L’OMC regroupe des observateurs et des membres. Les observateurs peuvent être des Etats en cours d'adhésion, des organisations internationales (FMI, Banque mondiale...). Ce qu'il faut retenir, pour aller à l'essentiel, c'est que l'OMC -telle une super-caste- peut donner des avis et sanctionner des politiques de pays alors même qu'aucun de ses membres n'a été élu plus ou moins directement par les peuples. Vu sous certains angles, l'OMC est dépeinte par certains comme l'une des entités les plus injustes qui soit.
L'histoire sélective de l'organisation nous est racontée dès le générique de début du film à grands renforts de phrases chocs, d'archives efficaces et de graphismes 3D adéquats. Ce préambule est salutaire à la bonne compréhension pour tous des événements de départ de la narration. Sans être compliquée outre mesure, l'histoire narrée ici mérite quelques précisions dès le départ. Les premiers plans du film nous présentent un groupe de manifestants montant une opération d'information sur une grue. L'exercice de haute voltige symbolise joliment les forces en présence. Suspendu à plusieurs centaines de mètres du sol, une bannière est déployée et vise à ouvrir les yeux des gens sur le monde d'aujourd'hui ; l'OMC et les « alters » visent les messages, la communication est bien entendu une arme pour les deux camps.


La manifestation initiale est prévue sans violence, il y a même la compréhension du maire de Seattle qui ne veut pas donner l'image d'une ville en état de siège. Malheureusement pour lui, les artères principales sont vite bloquées pour empêcher un maximum de participants du sommet de Seattle d'atteindre les salles de conférence. S'ajoute à ces éléments des détériorations matérielles causées dans le centre-ville par des anarchistes en marge du cortège. Ces situations cumulées vont forcer les autorités à recourir à la force d'où une montée de violence au niveau des deux camps. Mais la situation ne saurait se résumer au seul peuple des rues, au sein même de l'OMC, le personnage du docteur de Médecins Sans Frontières tente tant bien que mal de faire prendre conscience à ses congénères de la gravité de l'état du monde (africain essentiellement). Et ici se trouve l'une des forces du film. Celui-ci arrive pertinemment bien à montrer les conséquences ni bonnes ni mauvaises d'une action à l'origine sincère. En bloquant les accès aux conférences, les manifestants empêchent aussi aux participants de Médecins Sans Frontières d'assister aux réunions. De plus, les médias préfèrent de loin les images d'affrontements à celles issues des conférences humanitaires. Le message d'un homme de bonne foi trouve de fait nettement moins d'écho que prévu. Des exemples comme celui-ci jalonnent ponctuellement un récit haletant tout en nuances.


Mélangeant les images réelles d'archives avec les séquences purement fictionnelles (on pense à Bobby, de Estevez, Bloody Sunday, de Paul Greengrass ou bien Révélations, de Michael Mann, ont certainement été sources d'inspiration), le réalisateur arrive à augmenter l'impact purement narratif de son histoire. Opposant les actualités d’hier avec le film d'aujourd'hui, nous nous surprenons à avoir un autre souvenir des faits. Si les médias avaient eu à l'époque un point de vue orienté, à savoir celui des manifestations impressionnantes et parfois violentes, il n'a pas été question en 1999 de poser les questions sur les sommets de l'OMC, les motivations de ces milliers d'hommes et de femmes qui investirent les points névralgiques de toute une cité. Cette mobilisation en marqua l'une des plus importantes avec la contribution de groupes variés et importants (associations écologiques, groupe de travailleurs...). Pour ces raisons, on parle aussi de la naissance d'un alter-mondialisme médiatique.


Pour nous transmettre au mieux toute la puissance de ces cinq jours de lutte, le réalisateur recourt aux caméras portées avec longues focales. Les cadres serrés font des merveilles, et la véracité des faits pointe au détour de chaque plan. Projetant le spectateur au centre de la gigantesque manifestation en suivant le destin de trois personnages, l'oeuvre atteint son but ; toucher et faire réfléchir les spectateurs. Parmi les héros du film, nous trouvons Lou, jeune idéaliste dynamique incarnée par Michelle Rodriguez, Django (Andre Benjamin, connu pour officier au sein du groupe Outkast), défenseur écologique de la cause des tortues et Jay (Martin Henderson), leader modeste, ayant perdu son frère lors d'une opération de protection écologique quelques années plus tôt. Avec ces trois profils de base, l'histoire se déploie pleine de strates nuancées, refusant le moindre manichéisme sclérosant. La mise en scène capte l'urgence et l'instantané de situations évoluant à une vitesse folle. La bande son illustre les images sur le même tempo à base de rythmiques rapides et répétitives aux basses pénétrantes.


Avec sa forme idéale, ses acteurs au rythme juste, et son histoire simplement nécessaire, Bataille à Seattle démontre ô combien la dénonciation de ce qui ne tourne pas rond sur cette planète est vitale. Engagé ? Sans doute, mais au-delà de la moindre considération idéologico-politique, il est bien plus question ici d'opposer un contre-pouvoir aux organisations surpuissantes qui régissent certaines règles du commerce mondial. Si le fameux combat semble perdu d'avance face à un Goliath d'une taille gargantuesque, la résignation n'est pas de mise, le seul choix citoyen semble être la bataille, pacifique de préférence. Se taire est une hypocrisie. Et si l'opinion peut faire fléchir le géant du commerce alors le combat n'est pas inutile.
A la vue des temps dangereux que nous vivons, il devient urgent de replacer l'homme et son environnement avant la seule question du profit. Le film se fait l'admirable écho de cette idée, non sans quelques facilités vite oubliées au profit d'une oeuvre puissante et énergique, premier métrage d'un cinéaste dont on n’a sans doute pas fini d'entendre parler.

Vincent Martini



Mag : plus d'actu sur Bataille à Seattle

Le verdict des internautes

Total des votes : 9

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience