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Batman Begins

La critique d'Excessif

5/5
batmanbeginsteaserus06 L'HISTOIRE :

Comment un homme seul peut-il changer le monde ? Telle est la question qui hante Bruce Wayne depuis cette nuit tragique où ses parents furent abattus sous ses yeux, dans une ruelle de Gotham City. Torturé par un profond sentiment de colère et de culpabilité, le jeune héritier de cette richissime famille fuit Gotham pour un long et discret voyage à travers le monde. Le but de ses pérégrinations : sublimer sa soif de vengeance en trouvant de nouveaux moyens de lutter contre l'injustice. Durant cette quête, Bruce rencontre le mystérieux Ducard. Devenu son mentor, celui-ci l'initie aux disciplines physiques et mentales nécessaires à ses futurs combats. Bruce est bientôt invité à rejoindre la Ligue des Ombres, une puissante organisation subversive, adepte d'une justice expéditive, que dirige l'énigmatique Ra's Al Ghul.

La renaissance de Batman par Christopher Nolan.

Il y a suffisamment de promesses et d’enjeux dramatiques dans le Batman Begins de Christopher Nolan pour nourrir la substance de dix films actuels. Comme tous les films qui désarçonnent dès leur première lecture, celui-ci risque de laisser dubitatif jusqu’à ce qu’il rassemble les éléments au préalable isolés pour former un ensemble d’une cohérence flamboyante. Fragmenté en deux parties très distinctes (intimiste et spectaculaire), Batman Begins commence comme un drame poignant, rigoureux et introspectif pour s’achever sur vingt minutes apocalyptiques où le récit bifurque soudainement vers le fantastique sourd voire l’horreur. Auparavant, il passe par une impressionnante palette d’émotions et de sous-intrigues toutes parfaitement menées et regroupées. Quelque chose comme le croisement de plusieurs opus disparates qui n’ont a priori rien en commun. Quelque chose comme du grand cinéma.

 
Rassurons les plus inquiets : Christopher Nolan n’est heureusement pas un Joel Schumacher sarcastique dont le Batman et Robin avait coulé tout espoir de nouvel opus par sa médiocre facture. Surprise : en s'inspirant de Batman: Year One, comic-book de David Mazzucchelli et Frank Miller, Nolan reprend le mythe à son origine et évite de fait la déclinaison opportuniste ainsi que tous les pièges qui pendaient au bout de sa caméra. Ce n'était pas gagné d'avance. Les menus défauts de Batman Begins sont ensevelis dans l’édifice fictionnelle : interprétation binaire de Christian Bale ; répliques poussives de Goyer (se souvenir de Blade : trinity et ses tirades potaches)… Mais de ces anicroches, on s’en contrefout tant ils finissent par servir l'intensité de ce bloc généreux. Bale annonce le balbutiement de la vie schizophrène d’un héros en devenir et retranscrit de fait plus que bien sa part mythologique ; les punchlines insistantes finissent par aérer un récit claquemuré dans sa noirceur. De toute façon, le film ne se juge pas aux détails mais dans son intégralité. Et, dans son registre, il ridiculise la concurrence et répond à toutes les attentes. Mieux, les transcende pour se muer en objet filmique suprêmement personnel et divin, inquiétant et ludique, accessible et fiévreux.


Sur plus de deux heures, le rythme ne faiblit jamais parce que Nolan obéit aux lois de la gradation et non à celles du conformisme bon teint. Les premières minutes, aussi rudes que réalistes, peuvent laisser sceptique parce qu’elles contrastent gravement avec les autres opus de la série (plus d'hystérie, plus de fantaisie) et surtout plongent le spectateur dans une ambiance neurasthénique communicative. Choix qui s'exprime au détriment du bon déroulement de l'ensemble ? Heureusement, non. Comme dans tous les précédents Nolan, cinéaste au parcours phénoménal parti du rikiki (Following) au plus immense (ce Batman Begins), plus le film avance, plus il devient jouissif. Et à l’instar de ces récents Insomnia et Memento, la structure narrative découle d’une démarche artistique très subtile et déroutante qui tourne autour de son thème de prédilection, la manipulation dans tous ses états. Cela consiste à partir d’un protagoniste ambigu pour tendre vers d’autres personnages qui peuvent être des alliés ou des ennemis. La plupart du temps, ils masquent leurs intentions. C'est pourquoi Nolan appuie de manière incisive une réflexion sur l’être et le paraître dont la démonstration la plus éloquente voire hilarante reste la soirée où Bruce chasse ses invités dans le but d’affronter les démons à sa porte. A ce titre, les méchants bénéficient d’un traitement gratiné. Dans le rôle de l’épouvantail, Cillian Murphy (28 jours plus tard) n’évite pas le cabotinage mais s’inscrit dans la démesure d'un personnage dont les pouvoirs sont réellement flippants. Il ne restera nonobstant pas aussi marquant que Jack Nicholson en Joker, à l’inverse de la Batmobile, personnage à part entière, qui est au centre d’une course contre la montre anthologique.



La première partie, toute en flash-back, où les scènes initiatiques d’apprentissage se cognent aux réminiscences rustaudes, plonge dans le tohu-bohu mental d’un Bruce Wayne obsédé par deux peurs, celles de décevoir et de perdre. Elle montre surtout la difficulté de surmonter ses propres traumatismes et ainsi de se réconcilier avec la vie. La seconde, plus accessible mais pas nécessairement plus réussie, réunit tous les enjeux dramatiques et instille l’angoisse en profondeur, histoire d’amplifier les émotions. Profane en la matière mais incroyablement doué, Nolan n’a point à rougir de la comparaison avec un Sam Raimi. Son seul handicap se situe précisément là où le réalisateur des Spider-man excelle. Dans l’action pure et simple. Même si elles ne monopolisent pas l’intérêt (qui réside évidemment ailleurs), les scènes de baston surdécoupées sont d'une pertinence plus discutable. En revanche, le cinéaste anglais gagne des points dans l’architecture de Gotham City, cité corrompue jusqu’à l’os, diamétralement opposée à celle, plus gothique, de Tim Burton. En collant à la psychologie fragile de son personnage écrasé par la culpabilité (le père est à la fois responsable de son mal-être mais aussi une figure salvatrice), la mise en scène de Nolan reflète tous les dysfonctionnements intérieurs d’un individu qui va devoir apprendre à se battre seul et gérer cette solitude.


Batman à la sauce Nolan. Ou l'inverse ?

Mais ce n'est pas tout. En plus de séduire les aficionados du comic et de la saga, Batman Begins procure une jubilation extrême par sa simple distribution pléthorique qui regroupe foule d’acteurs (trop) rares et (si) brillants. Belle confirmation que la réussite ne pouvait être que collective ? Incontestablement... Autour de Christian Bale, on retrouve des seconds couteaux d’exception. C’est sans doute aussi pour cette raison que les personnages secondaires, tous passionnants, sont détaillés avec une minutie exemplaire et guère abandonnés pour peaufiner le portrait en demi-teintes de Bruce Wayne. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : Liam Neeson, Tom Wilkinson, Ken Watanabe, Morgan Freeman, Michael Caine et Rutger Hauer sont tous monstrueux. Surtout Rutger Hauer, acteur mésestimé au possible, dont la simple apparition dans le récent Sin City rappelait à quel point il est bon acteur. Presque inconsciemment, sa présence quasi-spectrale, le masque de l’épouvantail et la dimension horrifique des scènes finales renvoient aux ambiances de séries B et surtout aux zombies d’un certain George Romero.



Dans un bel exemple de collaboration, Nolan et Goyer effectuent une pierre deux coups : ils font renaître un mythe de ses cendres en retournant aux sources, conflits et peurs, en même temps qu’ils relancent plus solidement l’union Warner et DC Comics (douloureuse question : est-ce que Marvel doit commencer à se faire de souci ?). Certes, ce serait inutile de faire monter la pression au risque de générer des déceptions, mais l’intelligence du script et le brio de la mise en scène cimentent ce Batman Begins qui ne sombre à aucun moment dans les coutumes Hollywoodiennes. Objet orgasmique et insaisissable, énigme ténébreuse et évidente, un block-buster magnifique en forme de spirale, qui s'enroule sur lui-même pour mieux se déployer plus tard, et nous hanter dans toute sa splendeur entêtante.
Romain LE VERN

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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