La critique d'Excessif

5/5
Bedevilled de Jang Cheol-so L'HISTOIRE :

Hae-won est une belle trentenaire célibataire qui travaille dans une banque à Séoul. Elle mène une vie bien remplie jusqu'à ce qu'elle assiste à une tentative de meurtre. Au même moment, la situation se complique dans sa vie professionnelle et elle est forcée à prendre des vacances. Elle part à « Moodo », une petite île sous-développée, où, petite, elle était venue rendre visite à ses grands-parents et où elle s'était liée d'amitié avec une fille, Bok-nam. En arrivant sur l'île, Hae-won est choquée de voir tout le monde traiter Bok-nam comme une esclave. Etant quasiment la seule jeune fille sur l'île, elle est l'objet sexuel des hommes et une main d'œuvre gratuite pour les femmes. Elle supplie Hae-won de l'aider à s'échapper, mais Hae-won reste indifférente, ne voulant s'impliquer dans une situation compliquée...

Un premier film puissant où s’engloutissent tous les genres (fantastique, gore, slasher, burlesque, policier, érotisme).

A la manière du remake d'Im Song-Soo, Bedevilled rappelle l'influence de The Housemaid (1960) sur le cinéma coréen fantastique, non seulement pour l'histoire spectrale de vengeance mais aussi pour sa détermination à provoquer des émotions contradictoires, parfois dans une même séquence. Au lieu de se lancer dans le pari un peu inconscient d'en faire un remake, le jeune Cheol-soo Jang a préféré en tirer une alternative en modernisant la trame d'origine et en proposant une alliance sophistiquée pleine de stupre, de fureur, de lyrisme et de poésie. Le résultat est hallucinant, proche de ces productions dégénérées que l'on voyait dans les années 70, à une époque où l'on n'avait pas peur de transgresser des tabous ni même d'aborder de sujets essentiels sous les oripeaux du genre (en l'occurrence, le machisme et l'homophobie dans la Corée traditionaliste). A plusieurs reprises, Cheol-soo Jang cite un classique japonais (L'île nue, de Kaneto Shindo), dont il reprend quelques éléments dramaturgiques, et renvoie à L'île, de Kim Ki-Duk, sur lequel il a été assistant réalisateur. Au-delà des références, il ose jouer de toute une gamme d'effets en maintenant une intensité prodigieuse. En plus de la construction narrative solide, il projette une force surprenante qui s'exprime à travers un esthétisme très déterminé. Mais ce qui étonne n'est pas tant sa maîtrise de la rhétorique visuelle que son apparente capacité à manier avec la même aisance plusieurs formes d'expression très différentes.

 

Bedevilled de Jang Cheol-so

 

L'autre force de Bedevilled, c'est son montage elliptique qui maintient un rythme soutenu pendant près de deux heures, en allant à l'essentiel tout en faisant progresser le récit par paliers (de l'urbain au contexte insulaire, de personnage en personnage) avec à chaque fois l'impression de descendre un peu plus bas dans la sauvagerie, vers ce moment où l'horreur et l'état de survie permettent de relâcher les énergies et les pulsions primales. Ce qui est beau, c'est que Cheol-soo Jang ne force pas ses personnages nuancés et complexes, loin du manichéisme, à infléchir une logique au nom d'une morale progressiste plaquée et artificielle et leur laisse le temps nécessaire pour être ratrappés par le passé. Personne n'est innocent, surtout pas l'héroïne qui ne revient pas par hasard dans ce lieu fantomatique, à la fois solaire et abîmé, cerné par la nature et noir comme les souvenirs. Pendant longtemps, le spectateur peut avoir l'illusion qu'elle a un point de vue neutre sur la tragédie et qu'il peut s'identifier à elle dans la prise de position alors que la mise en scène dit exactement l'inverse. Fascinant et repoussant dans le même élan (certaines scènes sont à la limite du supportable), parcouru par une sorte de fièvre névrotique et d'horreur du soleil, Bedevilled peut s'aborder de multiples façons (s'agit-il d'un mauvais souvenir lié à l'enfance avec des démons qu'il faut exorciser à tout prix? Est-ce l'île qui catalyse toutes les tensions? Est-ce que la scène d'introduction est reponsable de ce traumatisme? Qui est qui?) mais, en aucun cas, il ne faut l'accoster avec une grille d'analyse cartésienne prémâchée. Il vaut mieux que ça, à tous les points de vue, il faut juste le voir pour le croire. Plus on y repense, plus il prend de la valeur.


Romain LE VERN

Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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