La critique d'Excessif

3/5
bellamychabrolsok L'HISTOIRE :

Le commissaire Paul Bellamy débarque à Nîmes pour ses vacances annuelles, où il séjourne dans la maison de famille de sa femme Françoise. Celle-ci ne rêve que d'une chose : partir en croisière au bout du monde. Seulement Paul ne supporte pas les voyages. Il lui faut donc trouver une solution. C'est alors qu'un double prétexte vient le sauver de cette situation : tout d'abord l'arrivée inopinée de son demi-frère, Jacques, alcoolique et rêveur, puis l'apparition d'un mystérieux personnage qui lui réclame sa protection. Dans son désir empathique d'aider les uns et les autres, Paul se retrouve ainsi rapidement mêlé à diverses histoires, où il est question d'argent, de mensonges, mais aussi de meurtre. Une nouvelle enquête commence alors pour ce commissaire en vacances, secondé par sa propre épouse.

Nous prendrions bien un peu de rab.
Amateur de bons petits plats, Claude Chabrol réussit toujours à concocter de mains de maître des films certes inégaux, mais à la saveur toujours aussi appréciable. Son dernier né, Bellamy, ne déroge pas à la règle. D'apparence classique, le contenu se révèle finalement fort distrayant, soutenu par un scénario en béton armé et un casting haut-de-gamme. En somme, du très grand cinéma français !


Le réalisateur attendait cette rencontre depuis des lustres. Il a tourné avec les plus grands de son époque, de Jean Yanne à Philippe Noiret, en passant par Jean-Claude Brialy, Michel Serrault et Jean Poiret, sans oublier Jean-Paul Belmondo. Il lui en manquait encore un : Gérard Depardieu. C'est désormais chose faite. Chacun apporte donc à l'autre son talent et son savoir-faire sans le moindre relâchement. Ainsi, Chabrol ne quitte quasiment jamais son acteur du regard (par le biais de sa caméra), et filme avec magnificence sa carrure de plus en plus impressionnante. Depardieu se promène alors de décors en décors, alternant huis clos et paysages de grandes envergures.

 

Les répliques écrites par le cinéaste, avec l'aide de sa complice Odile Barski, sont d'une ciselure parfaite et l'acteur les joue avec une légèreté déconcertante, si bien que même les phrases les plus banales nous apparaissent souvent comme d'agréables mélodies. Face à lui, Chabrol oppose le génialissime Jacques Gamblin, dont la gentillesse et la douceur légendaires sont ici effacées au profit d'un personnage beaucoup plus sombre voire torturé. Cela n'enlève rien de son talent mais au contraire lui en apporte davantage, le comédien dévoilant de nouvelles facettes jusqu'ici inconnues ou si peu. Il réserve par ailleurs de nombreuses surprises tout au long du film. De la même façon, Clovis Cornillac surprend par un jeu moins outrancier qu'à l'accoutumée et se révèle largement à la hauteur dans le rôle du demi-frère. Sa "gueule" et son physique se situent dans une parfaite logique par rapport à Depardieu. Nous retrouvons enfin pour notre plus grand plaisir la comédienne Marie Bunel. Fidèle au cinéaste, elle tourne pour la quatrième fois sous sa direction, et forme avec notre "Gégé national" un couple d'une rare tendresse. Chabrol propose donc un sans-faute côté casting, et le confirme dans une direction d'acteurs à la limite de la perfection.

 

En découvrant ce Bellamy, beaucoup regretteront certainement le Chabrol de la "grande époque", celui-là même qui signa Le beau Serge, Que la bête meure, Le boucher, Poulet au vinaigre, Inspecteur Lavardin ou bien encore l'extraordinaire Masques. Il est vrai que l'homme a souvent tendance, depuis quelques années déjà, à se répéter et à perdre son ton, aussi bien acerbe qu'ironique, dans le traitement de ses sujets. Mais ici, le cinéaste se rapproche davantage de ses "polars" d'antan, alliant mystères, humour et émotion au sein d'une même intrigue. Nous ne pouvons donc qu'en être ravis, dans la mesure où ce mélange se montre toujours d'une extrême efficacité. Cependant, les anticonformistes (Dieu sait qu'ils sont nombreux et sévères vis-à-vis du cinéma français) risquent une fois de plus de crier au scandale. Il est vrai que Chabrol nous offre, comme à son habitude, une mise en scène "pépère", jonchée d'innombrables plans fixes et de tirades souvent très théâtrales. Mais tel est son style. Le réalisateur demeure avant tout un admirable conteur ; en fait, ce qui l'importe, c'est de raconter avec simplicité et clarté son histoire, comme si nous étions un témoin privilégié, invisibles mais présents dans chacune des séquences. Il ne prétend pas révolutionner l'Histoire du cinéma, simplement divertir et amener le spectateur à "enquêter" de lui-même sur de sombres faits divers. Finalement, c'est aussi ça le cinéma. Chabrol possède une manière de raconter qui lui est propre et il l'exploite de film en film, variant parfois quelques "ingrédients" ici ou là. On dit souvent qu'un bon cinéaste est un homme qui réalise continuellement le même film mais en essayant à chaque fois de l'améliorer. En ce sens, Claude Chabrol s'apparenterait presque à un grand, voire un très grand metteur en scène. Nous n'en doutions pas. Et ce ne sont pas ses rares accidents de parcours qui nous feront un jour penser le contraire. Quoi qu'il en soit, avec Bellamy, le maître réussit l'une de ses oeuvres les plus abouties. Mille mercis.

 

 

 

En résumé, vous prenez un Gérard Depardieu bien charnu, présentant une forme olympique, accompagné d'un Jacques Gamblin et d'un Clovis Cornillac assez relevés, le tout assaisonné "façon Chabrol", servi sur un scénario en or massif, et vous obtenez un plat au goût divin. Nous prendrions bien un peu de rab.


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Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

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    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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