L'HISTOIRE : Un film-documentaire sur l'utopie de Bataville.Nous en sortons déçu, presque inculte
Metteur en scène de nombreux documentaires destinés pour les chaînes de télévision, tels que La Quatrième Génération, L'homme qui écoute ou bien encore Julia Kristeva, étrange étrangère, François Caillat réalise aujourd'hui son premier long métrage pour le cinéma, intitulé Bienvenue à Bataville. Présenté sous forme de "docu-fiction", le film se concentre sur l'histoire de Tomas Bata, "l'homme qui voulait chausser la Terre entière". En effet, en 1932, celui-ci décida de créer, au plein coeur de la Lorraine, dans une campagne isolée, à la fois une usine à chaussures et une ville ouvrière modèle. Ce sera Bataville ! 
En se fixant pour but théorique de produire la représentation d'une réalité, l'art du documentaire demeure un exercice des plus périlleux. Pour intéresser son public, il convient donc de trouver le sujet mais aussi la manière de l'évoquer. Le cinéaste se confie : "Dans Bienvenue à Bataville, j'ai voulu raconter l'histoire d'une bulle : un monde parfait, un système idéal, une utopie patronale dont l'âge d'or nous replonge dans les années 1950/60". Sur cette louable intention, François Caillat réussit à donner un ton mais aussi un point de vue. Il choisit alors de "ressusciter" Tomas Bata en lui offrant le rôle du narrateur. Nous voilà donc guidés tout au long du film par une voix rauque et imposante, celle du comédien Jean-Marie Galey. Dans un premier temps, elle fait appel aux véritables protagonistes et interroge donc les anciens ouvriers et autres habitants issus de Bataville. Ces derniers, véritables personnages à part entière, s'expriment avec vigueur, nostalgiques de cette époque aujourd'hui révolue. La palme revient à l'ancien directeur de l'usine, parlant avec passion et truculence, les yeux brillants d'émotion. A l'instar du titre, et sans aucune allusion au film de Dany Boon, les héros de cette incroyable histoire nous accueillent donc les bras grands ouverts et ne nous laissent pas d'autres choix que de les écouter avec un réel intérêt. 
Parallèlement, le metteur en scène alterne entre images d'archives (généralement photographiques), et reconstitutions d'évènements-clef. Pour cela, il se base sur la réalité mais s'en détourne aussitôt pour présenter une ambiance totalement factice, des couleurs aux décors en passant par le jeu de ses "personnages", le tout à l'image de Bataville. Nous nous retrouvons ainsi parfois plongés dans un étrange rêve, où tous les gens s'aiment, communiquent, et vivent main dans la main. En ce sens, et même si cela correspond à la représentation globale de ce qu'était Bataville, Caillat s'éloigne beaucoup trop du documentaire et ne réussit malheureusement pas à garder toute notre attention sur l'ensemble de son oeuvre. Par ailleurs, les séquences s'enchaînent difficilement entre elles et la plupart manquent généralement de rythme.
Plus grave encore, le long métrage se retrouve dénué de toute fin. Si la disparition de Bataville est évoquée, et ce, en toute logique, les raisons en demeurent, à travers ce film, mystérieuses. Bienvenue à Bataville semble donc s'adresser en priorité aux historiens, ou simplement aux survivants de cette "société idéale" à qui le réalisateur désire avant tout rendre hommage. L'intérêt de voir un tel sujet porté à l'écran se révèle donc ici mineur. Un vrai gâchis face au potentiel d'une histoire aussi incroyable.
François Caillat évoque donc un fait de notre Histoire avec légèreté et originalité. Mais en choisissant le point de vue de son créateur, Tomas Bata, le cinéaste n'évoque finalement qu'une infime partie de son sujet, et malgré tout l'intérêt que nous lui portions, nous en sortons déçu, presque inculte, avec une seule envie, celle de nous pencher sur la première encyclopédie venue, afin de combler nos lacunes mais aussi celles du film que nous aurions aimé plus complet. Ennuyeux, pour un documentaire...